‹ WaverleyChapitre 28 sur 231 · CHAPITRE XXYU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYU

« Ah ! je ne suis que l'enfant du caprice, se dit Waverley en fermant la porie desuu apparltmeiit qu il se mil à parcourir de ioug

en large, à grands pas. Fergus Mac-Ivor désire se marier avec Rose Bradwardine : que m'importe? je n'aime pas cette jeune fille. J'en fus aimé peut-être, mais j'ai rejeté sa tendresse simple , naturelle, touchante, pour me donner à une tille qui n'aimera jamais homme sur la terre, à moins que le Warwick, le faiseur de rois, ne revienne au monde... Et le baron ?... Je ne me serais pas soucié le moins du monde de sa baronie; l'affaire du nom n'aurait pas été une pierre d'achoppement. Le diable aurait pris ses landes stériles et tiré les ciiligœ (lu roi , que je ne m'en serais pas inquiété... Pauvre Rose, faite comme elle l'est pour le bonheur domesfique, pour les douces affections, pour cet échange d'attentions qui enchante la vie , elle est recherchée par Fergus Mac-Ivor. Fergus ne la traitera pas mal , j'en suis sûr; il en est incapable ; mais il la négligera au bout d'un mois; il sera trop occupé de soumettre un chef rival, de renverser quelque favori à la cour, d'ajouter à ses domaines une bruyère , ou un lac, d'incorporer à la tribu quelque nouvelle bande de vassaux, pour s'inquiéter de ce qu'elle fait, et si elle est heureuse.

Alors qu'un ver caché ronge les jeunes fleurs. Il fail pencher leur tige et ternit leurs couleurs • Et (lu ver de la tombe infaillible présa^'e , Nous verrons la pâleur sur ce charmant visage

Et le malheur de la plus charmante créature qui soit au monde aurait été prévenu si Edouard Waverley avait eu les yeux de Fergus. Sur ma parole, je me demande aujourd'hui comment j'ai pu trouver Flora plus belle, mais beaucoup plus belle que Rose. Elle est d'une taille plus noble , il est vrai , et ses manières sont moins timides; mais à beaucoup de gens miss Bradwardine parait plus naturelle ; à coup sûr Rose est la plus jeune. Je suis certain que Flora est mon aînée de deux ans. Je la regarderai bien attentivement ce soir. »

Sur cette résolution , 'Waverley alla prendre le thé chez une dame de qualité, attachée à la cause du Prétendant ; il y trouva , comme il s'y attendait, les deux amies. A son entrée , tout le momie fit un mouvement; mais Flora reprit aussitôt sa place et la conversation dans laquelle elle était engagée; Rose au contraire laissa impcrceptihletnent une petite place dans le cercle en retirant son siege, pour que Waverley pût en avancer un pour lui. « Décidément, ses manières sont plus engageantes , » se dit- il à lui-même. Une discussion littéraire s'engagea : on demandait laquelle de la langue gaélique ou de l'italienne était la plus harmonieuse et la plus favorable à la poésie : la prééminence du gaélique , qui partout ailleurs n'aurait probablement trouvé aucun défenseur , fut soutenue par sept dames des hautes terres, qui , en criant de toute la force de leurs poumons, accablèrent la compagnie de leurs exemjiles d'euphonie celtique. Flora , voyant les dames des basses terres sourire de ce singulier parallèle, donna quelques raisons pour montrer qu'il n'était pas absolument insoutenable ; mais Rose, quand on lui demanda son opinion, se prononça chaleureusement pour l'italien, qu'elle avait appris sous la direction de Waverley. cdille a l'oreille plus juste que Flora, se ditWaverley en lui-même. Je suppose que miss Mac-lvor entreprendra bientôt de comparer le barde de son clan à l'Arioste! »

L'assemblée se trouva indécise si l'on prierait Fergus de jouer de la. flûte, son instrumenl favori , ou si l'on inviterait Waverley à lire une pièce de Shakspeare. La maîtresse de la maison , avec la plus parfaite amabilité, se chargea de recueillir les suffrages , sous la conditio'n que celui dont les talents ne seraient pas mis à coiilribution ce soir-là, en ferait jouir la société le lendemain. Il se trouva que la voix de Rose devait décider la question, et elle d"-. manda la priorité pour la poésie. Flora, dont la règle invariable était de ne rien faire ni rien dire qui pùl paraître un encouragement pour Waverley, avait volé pour la musique, à coudilion que le baron prendrait son violon pour accompagner Fergus. <( Je vous félicite de votre goût, miss Mac-lvor, pensa Waverley, pendant qu'on lui cherchait un Shakspeare. J'en avais meilleure opinion à Glennaquoich, mais le baron n'est certainement pas un habile musicien , et Shakspeare mérite bien d'être écouté.» On choisit Romeo et Juliette ; Edouard en lut plusieurs scènes avec beaucoup de goût, de sensibilité, d'énergie. Toute la compagnie l'applaudit, quelques personnes versaient des larmes. Flora , à qui le drame était connu depuis longletnps, fut parmi les premières; Rose, pour qui l'œuvre était toute nouvelle, fut dans la seconde classe d'admirateurs. <(Elle est aussi plus sensible» , se dit encore Waverley.

La conversation s'établit sur l'intrigue de la pièce et sur les caractères; Fergus déclara que le seul qui méritât des éloges, comme celui d'un homme élégant et spirituel , c'était le rôle de Mercutio. — Je ne saurais, dit-il, parfaitement comprendre toutes les finesses surannées de son langage; mais ce devait être un fort aimable cavalier, d'après les idées de son temps. — C'est une honte, dit renseigné Maccombich , qui avait l'habitude de suivre son colonel partout, que ce Tibbert, ou Taggart (Tibaldo), n'importe comme vous l'appelez, attaque un gentilhommequand celui-ci etaitdéjà enoa'.'i^ il:ii'- un conib.it avic un autre. ° Les uauies, comme ou le peu^e bien, se déclarèrent hautement

en faveur de Rnméo; mais cette opinion ne passa pas sans contPstHtion. La maîtresse de la maison et quelques autres dames lui renrochaient sévèrement la légèreté avec laquelle il transporte ses alTectioiis de Rosalinde à Juliette. Flora garda le sUence jusqu'à ce qu'on l'eût pressée vivement de donner son opinion; elle réondit l'or.-, qu'elli; ne voyait là rien de contraire à la nature, mais qu'elle > apercevait pliilôt nu signe du génie du poète. — Il nous représente Roméo , dit-elle , comme un jeune homme facile à s'enflammer ; son ardi iir s'adresse d'abord à une lemme qui ne peut le payer de retour; c'ost ce qu'il nous dit à plusieurs reprises : « Ne craignant ni l'amour ni son arc enfantin. » Et plus loin : « Elle abjura dès lors lout amour. « Comme il était impossible que la passion de Roméo, en le supposant un homme raisonnable, subsistât sans espérance, le poète , avec une habileté merveilleuse , a choisi le moment où il est réduit au désespoir pour otfiir àses regards un être plus accompli que celui dont il vient d'essuyer les refus , un être surtout qui est disposé à mieux répondre à sa tendresse. Je ne connais pas de situation plus habilement calculée pour exciter l'ardeur de Roméo que ce passage soudain d'une mélancolie profonde à cet élat de ravissement où il s'écrie ;

Ma foi ! que le chagrin fasse ce qu'il pourra!

Ponrrait-il résister à la joie imprévue

Dont en un seul instant vient m'enivrer sa vue.

— Bon Dieu , miss Mac-Ivor, dit une jeune dame de qualité , entendez-vous dépouiller notre sexe de ses prérogatives? voulez vous nous persuader que l'amour ne peut se fixer sans espérance, et que l'amant a le droitd'ètre inconstant si la personne aintée est cruelle? ri donc ! je ne me serais pas attendue à cela de votre part. — Un amant, ma chère lady Betty, répliqua Flora, peut persévérer dans sa passion malgré les circonstances les plus décourageantes. L'amour peut résister aux orages des caprices et des rigueurs; mais il se glace à la température d'une froideur raisonnée. C'nelque puissante que soit l'attraction de vos charmes, croyez-moi, ne faites jamais l'expérience d'une pareille froideur sur un amant dont vous estimeriez la tendresse. L'amour, pour subsister, a besoin au moins d'un faible espoir. — C'est justement, dit Evan , comme la jument de Duncan Mac-Girdie , si vous excusez, mesdames, cette comparai.son : il voulait l'hiibiluer à se passer de manger; et le jour où il en était venu à ne lui plus donner qu'une petite .poignée de paille, la pauvre bête mourut.

L'exemple cité par Evan fit rire la compagnie, et la conversation changea de sujet. Quand on se fat séparé, et qu'Edouard fut revenu chez lui, réfléchissant sur les jiropos de Flora : « Je n'aimerai pas davantage ma Rosalinde, s'ccria-t-il ; elle m'y a clairement invité. Je le déclarerai à son frère, et ne pousserai pas plus loin mes prétentions à .sa main. Mais une Juliette!... Seraii-il loyal d'aller sur les brisées de Fergus... quoiqu'il ne puisse jamais réussir? Et quand même il en résulterait quelque brouille ; eh bien ! alors comme alors. » Et avec cett(' résolution de se laisser guider par les circon~ stances, notre héros s'abandonna au sommeil.

Si mes belles lectrices venaient à penser que la légèreté de notre héros en amour est absolument impardonnable , je dois leur rappeler (|ue tous ses chagrins et tous ses embarras ne provenaient pas de cette source. 11 y avait des jours entiers où Waverlev ne pen.sait ni à Flora ni à Rose Bradwardine : c'est qu'alors il réfléchissait tristement sur le sort des habitants du château de W;:verley et sur l'issue incertaine de la guerre civile. Le colonel Talbit discutait souvent avec lui la justice de la cause qu'il avait embrassée : — Non, lui disait-il , qu'il vous .soit possible de l'abandonner pour le moment; arrive que pourra . vous devez être fidèle à votre serment. Mais reconnaissez que le bon droit n'est pas de votre côté ; que vous combattez contre les intérêts véritables de votre pays; et qu'enfin il faudra bien songer à vous retirer avant que la boule de neige ne fonde.

Dansées discussions politiques, Waveiley fiii'ail valoir les arguments ordinaires de son parti. Mais il ne savait trop que répondre quand le colonel l'engageait à comparer Us forces des insurgés avec celles (|ui .s'assemblaient pour la défense du gouvernement. A cette observation , Waverley n'avait qu'une réponse : « Plus la causeqiie j'ai embras.sée est périlleuse , plus il y aurait de honte à la deserter. • A son tour, par cette réflexion, il réduisait le colonel Talbot au silence, et la conversation changeait de sujet. Un soir, après une longue discussion de celle nature , les deux amis s'étaient sépares, et notre héros s'était couché ; sur le minuit, il l'ut réveillé par le bruit d'un geniis.st,nient étoiifré. Surpris, il prêta l'oreille : le bruit Tenait de la chambre du colonel Talbot , qui n'était séparée de la sienne qui: par une cloison avec une porte de communication. Waverley s approcha de cette porte, et entendit distinctement quclqms profonds snupirs. Quelle en pouvait être la cause? a Le colonel, se dil-il , quand il m'a quitté, paraissait dans son élat onlinaire; il fcut qu il se soit trouvé tout à ciuip indisposé, n Frappé de cette réfltikion. Il ouvre tout douc'-.ment la porte de cunniuiiicalion , et aperçoit le colonel en robe de ctwmtire, assin devant uue tablt> sur

laquelle étaient une lettre et un portrait. M. Talbot leva la tète brusquement: Edouard, ne sachant s'il devait avancer ou se retirer, vit que les joues du prisonnier étaient toutes couvertes de larmes. Honteux d'avoir été surpris dans une si vive émotion, Talbot se leva d'un air mécontent et dit d'un ton de reproche : — Je pensai» , monsieur Waverley, que dans mon propre appartement, et à une telle heure, tout prisonnier que je suis , je n'avais pas à redouter une pareille... — Indiscretion. . Ne prononcez pas ce mot, colonel Talbot. J'ai entendu que votre respiration était gênée, j'ai craint que vous ne fussiez malade , cela seul a pu me décider à pénétrer chez vous. — Je me porte bien , parfaitement bien. — Mais vous avez des chagrins: ne peut-on rien f.iire pour les adoucir? — Rien, monsieur Waverley. Seulement je pensais à de tristes nouvelles que j'ai reçues d'Angleterre. — Bon Dieu! mon oncle! — Non ; c'est un chagrin qui ne concerne que moi seul. Je suis honteux que vous m'ayez surpris dans un pareil moment d'abattement; mais il faut quelquefois donner carrière à la douleur, afin de la supporter ensuite avec plus de fermeté. J'aurais voulu vous cacher cela, car je pense que vous en serez affligé , et vous ne pouvez rien pour me consoler. Je vois que vous êtes inquiet vous-même; d'ailleuis je hais le mystère ; lisez cette lettre.

Elle était de la sœur du colonel, et conçue en ces termes :

« J'ai reçu , mon très cher frère, votre lettre par Hodges. Sir E. W. et M. R. sonttouiours en liberté, maison ne leur a pas permis de quitter Londres. Je voudrais pouvoir vous donner des nouvelles satisfaisantes de toute la famille; mais le récit de la funeste affaire de Preston est arrivé ici avec cette effroyable addition que vous étiez au nombre des morts. Vous savez quel était létal de santé de lady Emilie quand votre amitié pour sir E. vous appela loin d'elle. Elle fut très péniblement affectée de la nouvelle de la rébellion ; mais elle s'arma de courage comme il convenait , disait-elle , à votre femme et par amour pour l'héritier qu'elle devait bientôt vous donner et que si longtemps vous aviez inutilement espéré. Hélas! mon cher frère, ces espérances sont maintenant évanouies, malgré toutes mes précautions, la funeste nouvelle de la défaite lui fut annoncée sans qu'elle y fût préparée. Elle se trouva mal et le pauvre enfant survécut à peine quelques instants à sa naissance. Plut à Dieu que ce fût là tout! Mai-; bien que, depuis votre lettre qui a démmti la plus horrible partie de la nouvelle , elle soit beaucoup mieux , cependant le docteur appr^hemie, je regrette d'être forcée de vous le dire, qu'il ne résulte de graves, de périlleuses conséquences pour sa santé, de l'incertitude où elle restera nécessairement encore pendant quelque temps sur votre sort, d'autant plus qu'elle se fait une idée effrayante de la férocité des ennemis qui vous retiennent prisonnier. Tâchez donc, mon cher frère, aussitôt celte lettre reçue, tâchez d'obtenir votre liberté sur parole, ou moyennant rançou ; ne négligez rien pour cela. Je n'ai point exagéré l'état alarmant de la sinte de lady Emilie; mais je n'ai pas dû... je n'ai pas osé vous dissimuler la vérité... Pour toujours, mon cher Philippe, votre affectionnée sœur,

« Ltcï Talbot. »

Edouard, après avoir lu cette lettre, demeura immobile ; il était évident que si le colonel se trouvait dans cette cruelle position, c'était par suite du voyage qu'il avait entrepris à sa recheiche. Le malheur déjà consommé était grand; car le colonel Talbot et lady" Emilie, longtemps sans enfants, s'étaient livrés avec ravissement à l'espérance qui venait de leur être ravie. Ce n'était pourtant rien au prix du malheur non encore accompli, mais possible, mais imminent; et Edouard se regardait comme la cause de l'un et de l'autre. Avant qu'il fût assez maître de lui pour pouvoir parler, le colonel Talbot avait repris les manières calmes et froides qui lui étaient ordinaires, mais le trouble de ses regards faisait assez voir l'horrible agitation de son esprit. — C'est une femme, mon jeune ami, pour laquelle il est pardonnable même à un soldat de pleurer. (Eu parlant ainsi, il lui présenta une miniature où Edou ird aperçut des traits qui justifiaient pleinement cet éloge.) Et pourtant Dieu sait que vous ne voyez ici que la plus faible partie des charmes qu'elle possède... Qu'elle possédait, dois je dire peut-être... Mais que la volonté du ciel s'accomplisse!... - Cidonel, il faut partir... partir à l'instant pour la sauver ! Il n'est pas... il no peut pas être trop lard. — Partir comme cela? Je suis prisonnier sur parole ! — Je suis votre gardien... Je vous rends votre pandr... if. répondrai pour vous. — Vous agiriez contre votre devoir; el moi, je ne pourrais, .sans manquer a l'honneur, me croire dégagé par v.ms de ma parole... — J'en ré]iondr.ii sur ma tête, s'il le f.iul. J'ai été la cause infortunée de la nioi l de votre enfant; ne faites pas que je .-ois l'as.sassin de votre fi'iiime. — Non, mon cher Edouard, ilit b; colonel en lui p;enart alfeclneusemenl la main, vous ne mentez aucun ic|iroelie ; et, si depuis deux jours je vous cachais ces malheurs domestiques, c'était de crainte qu'un excès de sensibilité ne vous portât à vous les imputer à vous-même. A peine saviez-vous que je fusse au inonde,

i quand je (juittai l'Angieleire pour me nnltre à votre recherche.

i C'est, Dieu le sait, une aïstz lourde respuusabilité pour l'houjuie de

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

romlre coniiite lios coiisoquencos prévues et nécessaires de ses actions... Pour leurs suites indirectes et éloignées, l'Etre souverainement bon et (Hiissant, qui seul prévoit l'enehainement dr's choses humaines, n'a ptis ordonné que ses faibles créatures en fussent responsables.— Mais, répondit Waverley avec beaucoup d'émotion, si vous n'aviez pas quitté lady Emi ie dans la situation la plus intére.ssante pour un mari, pour vous mettre à la poursuite d'un... — Je n'ai fait que mon devoir, reprit le colonel avec calme, et je ne le regrette pas, je ne dois pas le regretter. Si le sentier de la reconnaissance était toujours uni et facile, il y aurait peu de mérite à ne pas s'en écarter; mais nos devoirs sont souvent en contradiction avec nos intérêts, nos plus saintes affections même. Ce sont là les épreuves de la vie; et quoique celle-ci ne soit pas la moins cruelle (des larmes roulèrent malgré lui dans ses veux), cependant ce n'est pas la prennère à laquelle le sort m'ait soumis; mais nous parlerons de cela demain matin, dit-il en serrant avec force la main de Waverley. Bonne nuit! tâchez de lout oublier pendant quelques heures. Il fait jour à six heures, je crois, et il est maintenant deux heures passées. Bonne nuit !

Edouard se retira sans trouver un mot pour lui répondre.

CH.\P1TRE XXVill.

Le lendemain matin, quand le colonel descendit dans la salle où il déjeunait chaque jour avec son ami, il apprit du domestique de Waverley que noire héros était sorti de très bonne heure, et qu'il n'était pas encore de ritour. La matinée était fort avancée quand Edouard rentra. Il arriva hors d'haleine, mais avec un air de joie qui surprit le colonel Talbot. — Voilà, dit-il en jetant un jiapier sur la table, voilà mon travail delà matinée... Alick, faites les paquetsdu colonel, dépèchez-vous!

Le colonel, étonné, examina le papier. C'était un sauf-conduit du prince pour le colonel Talbot, libre de se rendre à Leith ou à tout autre port au pouvoir des troupesde Son Altesse Royale, et de s'y embarquer pour l'Angleterre, ou pour toute autre destination, selon le bon plaisir du colonel, sousla seule condition qu'il donnerait sa parole de ne pas porter les armes contre les Stuarts avant un an de date.

— Au nom de Dieu, dit !e colonel les yeux élincelants dejoie, comment avez-vous obtenu cela? — Je me suis présenté au lever du

Îirince, d'aussi bonne heure que possible : il était déjà parti pour aler visiter le camp de Duddingston. Je l'y ai suivi; j'ai demandé une audience, il me l'a immédiatement accordée... Mais je ne vous dis pas un mot. que je ne vous voie faire vos paquets — Avant de savoir si je peux user de ce passeport, et comment vous l'avez obtenu?..

— Oh! sovez persuadé que tout est en règle... Maintenant que je vous vois occupé, je continue. Quand je prononçai votre nom, ses yenx s'enllammèrent comme les vôtres il y a deux minutes. « A-til montré, me demanda-t-il avec vivacité, des sentiments favorables à notre cause? — Pas le moins du monde, et l'on ne peut concevoir aucune espérance à cet égard. » U changea de visage. Je demandai votre liberté. « Impossible !» me répondit-il. L'importance attachée à votre personne, conmie l'ami et le confident de tel ou tel personnage, rendait à ses yeux ma demande extravagante. Je lui racontai mon histoire et la vôtre, et je lesupp iai de juger quels devaient être mes sentiments, d'après les siens propres. Le prince a un cœur, colonel Talbot, un cœur généreux, quoi que vous en puissiez dire. Il prit un morceau de pai)ier, et écrivit le sauf-conduit de sa propre main. « Je ne soumettrai point celte affaire à mon conseil, dit-il; il m'im pécherait de suivre l'inspiratiou de mon cœur. Je ne puis souffrir qu'un ami tel que vous soit responsable d'un nouveau malheur dans la famille du colonel Talbot, je ne veux pas non |ilus retenir un brave ennemi prisonnier dans de telles circonstances. D'ailleurs, ajouta-t-il, je me justiherai devant mes prudents conseillers, en leur représentant le bon efTet que produira cet exemple de douceur sur l'esprit des grandes familles anglaises auxquelles le colonel Talbotest allié.»— Ici, dit le colonel, le [lulilique s'est trahi. — Soit. Mais le fils de roi a conclu : « Prenez ce saul'-conduit, j y ai mis une condition pour la forme. Si le colonel a quelque objiMUiou à faire contre cette condition, laissez-le partir sans aucun engagement. Je suis venu ici pour faire la guerre aux hommes, et non pour désoler et tuer les femmes.» — Je n'aurais jamais cru que je dusse avoir tant d obligation au fils du Prétendant. — Au prince, dit Waverley en riant. — Au Chevalier, répliqua le cobjiiel; c'est un excellent nom de voyage, duquel nous pouvons, vous et moi, nous servir. Ne vous a-t-il rien dit de plus? — Il m'a seulement demandé s'il y avait quelque autre chose qu'il put faire pour moi. Et quand je lui eus répondu que non, il me secoua la main, en disant qu il souhaiterait bien que tous ses partisans fussent aussi peu exigeants ; car des gens que je connaissais fort bien lui demandaient non-seulement tout ce qu'il pouvait leur accorder, mais des choses même qui n'étaient ni en son [louvoir, ni au pouvoir du plus grand .souverain de la terre. «En vérité, ajoula-t-il, jamais prince ne parut à ses sujets si sem-

blable à un Dieu, à en juger au moins par les di'mandes extravagantes qu'ils m'adressent chaque jour. n-Le pauvre jeune liomiin' ! je crois qu'il commence à sentir lesdUlicultésde sa situation ! N'importe, monsieur Waverley, ce que vous venez de fiire pour moi est plus qu'un service d'ami, et ne sera jamais oublié tant que Philippe TaUiot aura un cœur. Ma vie... non, c'est Emilie qui vous remerciera : cinquante vies ne m'acquitteraient pas envers vous. Je n'hésite pas à vous donner ma parole, comme le désire le prince. La voici, ajouta-t-il en lui présentant un papier qu'il venait d'écrire; et maintenant comment parlirai-je? — J ai pourvu à tout; vos bagages sont prêts, mes chevaux vous attendent, et une barque a été retenue, avec la i>ermission du prince, pour vous conduire à bord de la frégate le Renard. J'ai envoyé à cet effet un messager à Leith. — Tout cela s'arrange pour le mieux; le capitaine Beaver est mon ami particulier; il me débarquera à Berwick ou à Shields, d'où je me rendrai en poste à Londres. Remettez-moi le paquet de lettres que vous avez recouvré parle moyen de votre miss Beau Lean ; je trouverai peut-être occasion de les produire utilement pour vous. Mais j'aperçois votre ami des Highlands, Glen..., je ne puis me rappeler son nom barbare, et son officier d'ordonnance avec lui... il ne serait pas convenable de dire son sicaire, je pense. Voyez de quel pas il s'avance, comme si le monde entier lui appartenait, avec son bonnet sur l'oreille et son plaid bouffant sur sa poitrine. J'aurais grand plaisir à me rencontrer avec ce jeune homme, si je n'avais pas maintenant les mains liées; je rabattrais sou orgueil ou il rabattrait le mien. — Allons donc, colonel Talbot, vous devenez furieux à la vue d'un tartan, comme le taureau, à ce qu'on dit, à la vue de l'écarlate.Vous ressemblez à Fergus: vous êtes aussi injuste dans vos préjugés nationaux que lui dans les siens.

La dernière partie de cette conversation avait lieu dans la rue. Quand ils passèrent auprès du chef, le colonel et lui échangèrent un salut froid et cérémonieux, comme deux duellistes qui se rencontrent sur le terrain. H était évident qu'ils ressentaient l'un pour l'autre une aversion réciproque. — Je n'ai jamais vu le brigand à flguie refrognée qui le suit comme un barbet, dit le colonel après être monté a cheval, sans me rappeler les vers que j'ai entendus quelque part, au théâtre peut-être ;

Bertram, morne et rêveur, le suit comme à la piste; Tel un démon poursuit le sorcier pâle et triste . Pour unique salaire exigeant de l'emploi.

— Je vous assure, colonel, que vous jugez trop sévèrement les Highlandais. — Pas du tout. Je les juge comme il faut les juger; je n'en rabattrai pas un lola. Qu'ils restent dans leurs montagnes sauvages, qu'ils soient fiers comme des princes, arrogants comme des empereurs; qu'ils accrochent, si tel est leur plaisir, leur bonnet aux cornes de la lune; mais quelle affaire ont-ils dans un jiays où l'on porte des culottes, et où l'on parle un langage intelligible". J'ai plaint le Pr..., je veux dire le Chevalier, d'avoir autour de lui de pareils bandits. Ah! ilsapprennentleurmétierde bonne heure. Ilya une espèce de diablotin, un diable en apprentissage, que. votre ami Glena... Glenamuck, traine quelquefois à sa suite. A le voir, il a quinze ans; mais pour la méchanceté et la malice, il en a cent L'autre jour il jouait au palet dans la rue; un monsieur qui avait l'air assez distingue vint à passer, un palet lui frapjia la jambe ; et ce gentleman leva sa canne; aussitôt notre jeune bravo tire son pistolet, et si un Gare l'eau ! prononcé d'une fenêtre au-dessus, n'eût mis les partis en fuite, ce pauvre monsieur aurait perdu la vie par bs mains de ce petit démon. — Une fois à Londres, quel beau porirait vous allez l'aire de l'Ecosse, colonel Talbot' — Oti ! le juge de pi:x Shallow m'en évitera la peine. « Des déserts, des désert-, tous des gueux, tous des gueux ; un air pur à la vente, lui fait dire Shakespeare, mais seulement quand vous venez de sortir d'Edimbourg et que vous n'êtes pas encore entré à Leith, > comme nous en ce moment.

Ils arrivèrent bientôt au port. — Adieu, colonel, dit Waverley : puissiez-vous trouver toutes choses où vous le souhaitez! Peut-être nous revenons-nous plus tôt que vous ne l'attendez : il est question d'entrer immédiatement en Angleterre. — Ne me parlez pas de cela, répliqua le colonel. Je ne veux pas emporter de nouvelles sur vos futures opérations. — Alors, tout simplement, adieu. Dites tout ce qu'il est possible de tendre et d'affectueux à sir Everard et à ma tante Rachel; serrez-les pour moi dans vos bras avec le plus d'amitié que vous pourrez; parlez de moi avec toute lindulgenceque vous permettra votre conscience : et encore une fois, auieu. — Adieu, mou cher Waverley, adieu. Mille, dix mille remerciements pour vos généreux procédés. Tirez-vous delà bagarre à la premiere occasion, dépenserai toujours a vous avec reconnaissance; et ma plus sévère censure sera de dire : « Que diable allait-il faire dans celte galère (en français dans le texte?) »

Enlin ils se séparèrent, le colonel Talbol pour monter dans le canot, Waverley pour regagner Edimbourg.

Pour ne pas empiéter sur le domaine de l'histoire, nous nous bornerons ici à rappeler qu'au commencement de novembre, ie jeune Chevalier, à la tète de six mille hommes tout au plus, se ré-

WAVER LEY.

>olutà tout risquer, en poussant une pointe sur le centre de TAni^leterre, quoiqu'il n ignorât pas les redoulnhles préparatifs qu'on avait faits pour le recevoir. Il partit pour celte croisade dans une saison qui l'aurait rendue impos-ible à toute antre armée, mais qui itonnait à ses inlréiùdes montagnards un avantage ree4 sur des troupes moins endurcies. Pour échapper à des forées supérieuies leunies sur la frontière, et commandées par le feld-maréchal Wade, '"armée du Prétendant assiégea et prit Car lisle, aussitôt, et après elle continua sa marche audacieuse vers le sud. Comme le regiment du colonel Mac-lvorniiichait à l'avant-gardedes montagnards, lui el Waverley, qui maintenant supi ortait la latigne comme un Highiandais et commençait à parler un [leu le gaélique, se tenaient constamment à la tète de la colonne. Fergus, qui n'était ([ue feu et qu'audace, se croyant, les armes à la mainjeiiétat de tenir tète à tout l'univers, ne calculait rien, sinon que chaque pas le rapiirochait de Londres. 11 ne demandait, n'atieiidait, ne désirait aucune autre force que celle des clans, pour replacer les Stuarts sur le trône. Quand, par hasard, quelques nouveaux (uirtisans venaient se ranger sous l'étendard du prince, il les considérait comme de nouveaux prétendants aux faveurs du futur monarque, lesquels diminueraient d'aut.int la gratitude et les recompenses à répartir entre lui et ses compatriotes des montagnes. Eilouard pensait différemment. 11 ne put s'empêcher d'ohservei que dans les villes nii ils pruclamaient Jacques 111, pas un homme ne répondait : « Que. Dieu le bénisse! » La po^uilace demeurait étonnée, silencieuse ; elle laissait faire, regardait, fniulait; mais elle ne s'abandonnait pas même à ce goût pour le tumulte qui la porte, en tout tt-raps, à pousser des acclaniaiions, poiir le s<-ul plaisir d'exercer sa voix harmonieuse. On avait fait croire aux Jacobites que les comtés du nord -ouest abondaient en gentilshommes tenanciers puissants, intréfiides, dévoués à la cause de la rose blanche. M,us de l'ait, ils en rencontrèrent fort peu. Les uns avaient abaiidoniié leiiis châteaux; d'autres se faisaient passer Iiour malades, d'autres enfin se remettaient entre les mains du gouvernement, pour jirevciiir les soupçons : parmi leiix qui restaient, les ignorants étaient frappes d'un étonnement mêlé d'horreur par lapparejice sauvage, la langue inintelligible, l'accoutrement bizarre <l''s clans écossais. Aux jeux des plus sensés, le petit nombre des jacobiles, leur manque de discipline, la pauvreté de leur équipement, étaient des augures inlaillibles de la fin désastreu^e de cette tenUitive hardie. Ceux qui .se joignaient à l'armée du prince étaient de vieux royalistes que la ferveur de leurs [irincipes |)olitiques aveuglait sur l'avenir, ou que leur fortune détruite engageait a se risquer dans une entreprise désespérée. Le baron de Hradwardiiie, inierrogé sur ce qu'il pensait de ces recrues, prit lentement sa prise de tabac, et repondit Ircidemenl qu'il ne pouvait en avoir bonne opinion : — Us ressemblent exactement à ceux qui vinrent se joindre au roi bavid dans la caverne d'Adullam, cest-à-diie des i-'ens niiseiables, des gens endettés, des gens mécontents ; ce que la \ ulgale ex(jrime en les appelant : a Ceux (jui tout dans l'amertume du cœur. . Sans doute ils feront merveil e de leurs mains; et il en • ^l Certes besoin, car j ai vu bien des gens qui nous lançaient îles

gard» sinistres.

Aucune de ces réflexions ne touchait Fergus. 11 s'extasiait sur la lieaule, la richesse du pays, et sur l'admirable situation des châteaux qu'on apercevait de la toute : — Le château de VVaverley estil aussi beau que celni-là, Edouard? — De moitié plus grand. — Le parc de votre oncle est-il aussi vaste que celui-ci? — Trois l'ois plus; c'est plutôt une loiet qu'un paie. — Flira sera une heureuse lemrae. — J espère que raiss Mac-lvor aura pour être heureuse beancoupde raisons iiidi pendantes du manoir de Waverley.— Je l'espère C'.iuiin; vous. Mais posséder un semblable domaine sera une fort jo- •"■ aildiliuuau reste. — Une addition dont elle, aura, j'espère, bien •■ ■> moyens de se passer, sans trop s'en apercuv<nr. — Comment? dit

' igus s'ariétant brusi|ucnieiit et regardant Waverley en face.

Miiinent dois-je 1 entendre, monsieur Waverley?... ai-je eu l'a-

inugB de bien saisir vos paroles? — Eliej sont assez claires, ce me

iiible, tergus. — L)ois-je comprendre que vous ne desirez plus mon .. lai'te et, la main de ma ^u;u^? — Volie sœur m a <lefeiidii de pré-

lulie a l'une el à l'aulre ; et i-lle a eniployi; à cet ell'et toutes les : |•■>^oulce^ qu'ont les daines pour repousser des pi éten lions qui leur deplaitcni. — Je u'ai jamais vu, répondit le chef, qu'une jeune fille congédiai un prétendant, el que celui-ci se letiràt, ijuaiid sa reclieithe avait etc appiuuvee par le tuteur de la dauie, sans en préteuir ce lutcur et lui donner moyen de senleudie là-dessus avec W pupille. Vous ne comptiez pas, j espère, que ma sœur vous toni- Mraii Oaiit la bouche cumiue une pfune niùre, des votre première ?*•'*''•=• — Uuaiil au droit de iniss Flora pnnr congédier un préten- <iAiU, c eal un point que vmus discuterez avec elle, el sur lequel je nie tais, ne coiinais.-aiil point les coutumes des Highlands .i cet étsard. Pour mon druil, a moi, de me soumettre à lanét qu'elle a prononce, sans en appeler a voire autorité supérieure, je tous dirai smipluiiienl, el sans idtiai.sser la beauté et lis prrfeclions inconteslaliies Ue Qjiss .Mac-lvor, que je n'accepterdis pas la main dun ange, a>i<c uu empire pour dot, si je la devais aux importunités de ses parous tl de ses tuteurs, et non pas à son choix libre, à sa seule in-

. clination. — Un ange avec un empire pour dot, répéta Fergus d'un ton d'ironie amère; il n'est pas vraisemblable qu'on se tourmente beaucoup pour faire accepter un semblable parti à un... à un esquire du comté de... Mais, monsieur Waverhy, si Flora Mac-lvor n'a pas un empire pour dot, elle est ma sœur; "et cela doit suffire au moins pour qu'on ne se permette avec elle au ■un procédé qui pourrait ressembler à de la légèreté. — Elle est Flora Mac-lvor, répondit Edon.ird dun ion ferme, et si j'étais capable de traiter aucune femme avec légèreté, ce seul titre la rendrait plus respectable à mes yeux qu'aucun autre.

Le front du chef prit sa teinte la plus sombre, mais Edouard était trop indigné de son ton arrogant (loiir détourner par aucune concession I orage près d'éclater. Us sétaient arrêtés depuis la fin dece court dialogue; Fergus semblait prêta lancer quelque chose de plus violent; mais par un pénible ( fforl sur lui-même, il se retint, détourna la tête, et se mit à marcher, dans un sombre .silence. Comme ils avaient jusqiie-làmaiché ensemble, 1 nu auprès de l'autre, Waverley continua aussi de s'avancer sur la même ligne, mais silencieux comi!ie Fergus, et bien déterminé à laisser au chieftain le soin de rf prendre sa bonne humeur, quand il lui plairait, sans ce-, der lui-même un pouce de sa dignité. Après qu'ils eurent marché envinin un mille dans ces dispositions peu amicales, Fergus reprit

l'entretien d'un ton bien difTerent Je crois que j'ai été un peu

trop vif, mon cher Edouaid, mais vous m'avez provoqué par votre défaut de connaissance du monde. Vous vous êtes pique de quelque pruderie de Flora, ou peut-être de ses idées de loyauté exallee; el maintenant, comme un enfant, vous vousdépitez contre le joujou que vous demandiez en pleurant, et vous me battez, moi, votre fidèle gaidien, parce que je n ai pas le bras assez long pour le prendre à Edimbourg et vous le donner ici. Assiiiémeut,si je manquais de moderation, la mortification de perdre l'alliance d'un homme comme vous, sans savoir comment m pimrquoi, après que cet arrangrnient de famille a été le sujet de toutes les «onversations dans les hautes et dans les basses terres, une pareille mortification suffirait bien pour exciter dans mon cœur un terrible resseiitimeii t. Mais en tout état de cause, j'écrirai à Edimbourg; je remettrai vos affaires en bon train ; c'e.>t-à-dire, si vous le désirez ; et en vérité, je ne puis croire que votre atlacheiiient pour Flora, attachement dont vous m'avez .-ouvent fait confidence, ait pu cesser si subitement. —Colonel Maclvor, répondit Waverlej qui ne voulait plus se laisser entraîner dans une all'aire qu il avait considérée froidement età laquelle il avait renoncé je suis pénètre de la valeur de vus bons offices; et ceriainemenl' votre zèle a me servir dans une circonstance pareille me fait le plus grand honneur; mais comme niiss Mnc-lvor s'est déterminée contre moi volontairement, librement, que toutes mes attentions à Edimbourg ont été reçues par elle avec plus que de la froideur, je ne puis, par consideration pour elle comme pour moi-même, consentir qu'on la tounnente encore à ce sujet. \ous avez vu sur quel pied jetais avec luiss Mac-lvor,- et vous auriez pu comprendre tout cela de vous-même. Si j'avais cru qu'il en lui autrement, j'aurais eu avec vous une explication moins tardive; mais j'avais une répugnance naturelle à entamer un sujet pénible pour tous deux. — Fort bien, monsieur Waverley, répoiidii Fergus avec hauteur. Tout est dit. Je n'ai besoin de solliciter ma sœur en faveur de personne au monde.— El moi, je n'ai nul besoin d'attendre deux refus de la même femme, répondit Edouard sur le même ton — Néanmoins continua le chef sans l'aire ullention à cette réplique, je prendrai des informations; je saurai ce que ma sœur pense de tout cela : nous verrons .si la chose doit en rester là. —Au sujet de ces informations, dit Waverley, vous ferez ce que vous jugerez à propos. Il est im|iossilile, j'en suis convaincu, que miss .Mac-lvor change de manière de voir; mais si la chose arrivait, niadetermination, à moi n'eu resterait pas moins invariable. Je ne fais cette remarque que [lOiir prévenir dorénavant toute espèce de nialeniendu.

En ce moineiit, Mac-lvor aurait de grand cœur terminé la querelle, l'ei'te ou le pistolet a la main : ses yeux etincelaienl, il toisait Edouard des yeux à la tète, comme pour choi.sir le lieu où II faudrait viser el le frapper à mort. Mais le Co^le de l'honneur ne permet pas d appeler uu homme sur le terrain, parce qu'il refuse ,],' faire la cour a une feuinie de votre famille, qui a déjà rejeté ses pretentious. Fergus lut doue contraint de dévorer son affront supposé, jusqu'à ce que le tempset laforliine, qu'il se promettait (l'épier avec la plus grande alieiition, lui offi issent une occasion de se venger. Le domestique de Waverley conduisait toujours |iour lui un chevai sellé, à lanière-garde du régiment, quoique son maître le montât fori rarement. Mais maintenant, irrite au dernier point de la coniluitc insolente el déraisonnable de son ancien ami, Edouard laissa filer la troupe, el reprit sa monture, assez résolu à rejoindre le baron de liradwardine, el à lui demander la permission de servir comme volontaire sous ses ordres au lieu d'obéir à ceux de Mac-lvor.

J'ai. rais lait une belle allaire, pensa-t-il quand il futàcheval, de m'ullier de si près à ce parfait modèle d'orgueil, d'amour-propre el de violence. Un colonel! en venté, on dirait un généralissime. Un petit chef de trois àqualre cents hommes! Son arrogance suffirait, el de reste, au kliaii de Tarlarie, au grand Turc, au grand Mo(;ol!

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

Quand Flora serait un ange, il faudrait se résoudre à prendre pour beau-frère un second Lucifer d'ambition et d'emportement.

Le baron, dont l'érudition (comme les proverbes de Sancho dans la Sierra-Morenal menaçait de se rouiller faute d'exercice, accepta l'offre de Waverley, charmé d'avoir un auditeur avec qui il pût entamer de savantesdiscussions. Ce brave gentilhomme essïija pourtant d'opérer une reconciliation entre les deux anciens amis. Fergus l'écouta froidement, et lui fit une réponse respectueuse mais négative ; quant à Waverley, le baron ne voyait pas de motif pour qu'il fit des avances de son côlé. Le baron conta tout au prince; celui-ci, jaloux de prévenir les querelles dans sa petite armée, déclara qu'il ferait lui-même des remontrances au colonel Mac-lvor sur sa conduite déraisounable. Mais dans la précipitation d'une marche rapide, un ou deux jours se passèrent sans qu'il trouvât l'occasion d'interposer sa médiation, comme il en avait le projet. Cependant Waverley mettait à prolit l'instruction militaire qu'il avait puisée au régiment de Gardiner; il assistait le baron, dans son commandement, en qualité d'adjudant. « Parmi les aveugles, les borgnes sont rois, » dit le proverbe français. La cavalerie, composée principalement de gentilshommes des basses terres, de leurs fermiers, de leurs domestiques, conçut une haute idée des talents de Waverley, et un grand attachement pour sa personne. Cela venait en partie du plaisir qu'ils avaient ressenti en voyant un Anglais de distinction abandonner les Highlaudais pour servir parmi eux; car il y avait une inimitié secrète entre la cavalerie et l'infanterie, nonseulement à cause de la différence des services, mais aussi parce que la plupart des gentilshommes des fiontières avaient eu, à une époque ou à une autre, des querelles avec les tribus de leur voisinage, et que tous voyaient avec jalousie les prétentions avouées desHighlandaisàètre regardés comme les seuls braves et les seuls utiles.

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