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CHAPITRE XXXI

Il était nuit quand ils arrivèrent dans la grande ville. Waverley, après avoir dit adieu à ses compagnons de voyage, fit plusieurs détours dans les rues, de peur d'éire suivi, puis monta dans une voiture de place, et se fil conduire à la maison du colonel Talbot, dans un des principaux quartiers de ^oue,^t. Ce gentilhomme, par la mort de plusieurs parents, avait, depuis son mariage, héiilé d'une fortune consider ibie ; il jouissait d'une grande iuiporlancc dans le monde politique, et menait ce qu'où appoUo

un grand train. Waverley eut d'abord quelque peine à se faire inlroduire. Eiilin on le conduisit dans un appartement où le colonel était à table ; lady Emilie, dont la charn^anle figure était encore pâle des suites de sa maladie, était placée en face de lui. Aussitôt qu'il entendit la voix de Waverley, M. Talbot se leva brusquement, et se jeta dans ses bras. — Franck Stanley, mon cher enfant^ comment vous portez-vous? Emilie, ma clière, c'est le jeune Stanley.

Le visage de la jeune femme se colora pendant qu'elle faisait à Waverley un accueil où la politesse se mêlait à la cordialité. Sa main tremblante 1 1 sa voix mal assurée montraient combien elle était émue et troublée. On rapporta le dîner. Pendant que Waverley prenait quelques rafraîchissements, le colonel reprit: — Je ni'élonne de vous voir ici, Franck ; les médecins m'ont du que l'air de Londres ne convenait pas à votre santé. Vous n'auriez pas dû vous y exposer; je n'en suis pas moins charmé de vous voir, et mon Emilie aussi ; mais je crains que nous ne puissions compter sur le plaisir de vous posséder longtemps. — Des affaires particulières nl'ont amené ici, murmura Waverley. — C'est ce que je suppose; mais je ne vous permettrai |ias d'y faire un long séjour. Spontoon, dit-il à un vieux domestique sans livrée, à la tournure militaire, emportez cette valise ; vous viendrez vous-même si je sonne ; qu'aucun autre de mes gens ne s'avise de nous déranger ; j'ai à parler d'affaires avec mon neveu.

Quand les domestiques se furent retirés: — Au nom du ciel, Waverley, ajouta-t-il, quelle affaire vous amène à Londres? votre vie n'y est piisen sûreté. — Cher monsieur Waverley, dit lady Emilie, vous à qui je ne pourrai jamais témoigner toute m'a reconnaissance, comment avez-vous commis une telle imprudence ? — Mon père... mon oncle... cet article... 11 présenta la gazette au colonel Talbot. — Je voudrais que les coquins fussent condamnés à être écrasés sous leurs presses! dit le colonel. Je pense qu'il ne se publie pas moins de douze de ces gazettes à Londres; il n'est pas étonnant qu'ils soient obligés d'iinenttrdes mensonges pour procurer le débit de leurs feuilles. Cependant, mon cher Edouard, il est vrai que vous avez perdu votre père; mais quant à cet embellissement, ajouté par le rédacteur, que le chagrin des poursuites dirigées contre lui est la cause de sa mort, la vérité est que monsieur Richard Waverley, dan> toute cette affaire, a montré la plus grande indifférence sur voire sort et sur celui de votre oncle. — Et mon oncle, mon cher oncle? — Hors de danger, toui-à-fait hors de danger. 11 est vrai, ajouta-t-il en regardant la date du journal, que vers cette époque il courut un bruit ridicule, mais absolument faux. Sir Fverard est reparti pour Waverley-Honour, n'ayant plus d'inquiétude qu'à votre sujet. .Mais vous-même vous éies en péril.... votre nom est sur toutes les listes; des mandats d'arrêts sont lancés contre vous Comment et depuis quand êtes-vous arrivé à

Londres?

Edouard raconta en détail son histoire; il supprima seulement sa querelle avec Fergus; étant lui-même plein d'attachemeiii pour les montagnards, il ne voulait pas confirmer 1 antipathie du colonel contre eux. — Etes-vous sûr d'avoir bien reconnu le valet de votre ami Glen... parmi les morts à Clifton. — Parfaitement sûr. — Alors ce petit enfant du diable a fait un vol à la potence. Mais vous, Edouard , je «ouhaite que vous retourniez dans le Cumberland , et je voudrais plus encore que vous n'eu fussiez jamais sorti ; car il y a un embargo dans tous les ports, et l'on fait ici les recherches les plus actives. La langue de celte maudite femme ira comme un moulin, jusqu'à ce qu'elle ait découvert que le capitaine Butler est un personnage suppcsé. — Connaissez-vous dune ma compagne de voyage? — Son mari a été mon sergeni-major pendant six ans; c était une veuve ae bonne humeur, avec un peu d'argent devant elle... il l'épousa... Lui, était un bon garçon , et nullement mélancolique non plus. Je vais envoyer Spontoon pour savoir ce qu'elle est devenue; demain matin vous serez indisposé, et vous garderez la chambre pour vous remettre de vos fatigues ; lady Emilie sera votre garde-malade ; Spontoon et moi nous vous servirons. Vous portez le nom d'un de uies plus proches parents qu'aucun de mes gens n'a encore vu, excepté Spontoon : ainsi vous pouvez être tranquille. Je vous eu prie , dites le plus tôt possible que vous vous sentez la tète brûlante, pour que lady Emilie et moi nous vous enjoignions de vous mettre au lit; et vou>, ma chère Emilie, voulez-vous ordonner qu'on prépare un appartement pour Franck Stanley, avec toutes les précautions nécessaires pour un malade?

Le lendemain , le colonel alla faire visite à son hôte. — J'ai, lui dit-il , quelques bonnes nouvelles à vous apprendre. Votre réputation est maintenant sans reproche ! J'ai reçu , à cet égard , des lettres d'un am> bien zélé pour vos intérêts , votre miuistre écossais Morton. Votre connai>sdiice , l'honnête Donald de la caverne, est à la fin tombé au pouvoir des Philistins; il emmenait les bestiaux d'un propriétaire nommé Rillan... — Killaucurtit? — Précisément! Cet homme est ce qu'il paraît, avait demandé un détachement de soldats pour la protection de sa ferme. Donald , qui ne savait pas cela, mit sa teie d:;ns la gueule du lion; sa bande lut taillée eu pièces, et lui-même fait prisonnier. Ayant été condamné à mort.

deux ecclésiastiques se disputèrent l'honneur de l'assister dans ses derniers moments, un prêtre catholique et votre ami M. Morton. Il repoussa le catholique, et le soin de convertir ce pécheur endurci échutà M. Morton, qui , j'ose le dire, s'en acquitta avec un zèle admirable ; quoique après tout je ne suppose pas qu'il soit parvenu à faire de Donald un bien bon chrétien. Cependant il fit l'aveu devant un magistrat, un certain major Melville , qui m'a l'air d'un fort honnête homme, mais rigide et pointilleux, de toute son intrigue avec Houghton, expliquant en détail comment elle avait été poussée et conduite, et vous déchargeant d'y avoir pris la moindre part. 11 raconta aussi qu'il vous avait délivré des mains de la milice, et qu'il vous avait envoyé par l'ordre du Pré... , du Chevalier, veux-je dire, connue prisonnier à Donne, d'où il avait appris que vous aviez été coniliiil , toujours prisonnier, à Edimbourg. Ce sont là des dé- .tails qui ne peuvent que parler eu votre faveur. Il fit entendre qu'il avait reçu la commission de vous délivrer et de veiller à votre sûreté, et qu'il en avait été récompensé; mais il ne voulut jamais dire par qui, alléguant qu'il ne s'était pas fait scrupule de violer tous les serments ordinaires pour contenter Jl. Morton , mais que dans ce cas on lui avait fait promettre le silence sur la pointe de son dirck , ce qui, à ce qu'il parait, constituait, selon lui, une obligation inviolable. — Eh ! que lui est-il arrivé? — Après que les rebelles ont eu levé le siège de Siirliug, on l'a pendu daus cette ville, en compagnie de son lieutenant et de quatre autres bandits; on lui a fait l'honneur d'une potence plus haute que les autres. — Soit. Je n'ai de raison ni pour m'affliger ni pour me réjouir de sa mort : il m'a fait à la fois beaucoup de mal et beaucoup de bien. — An moins ses aveux vousseront d'une grande utilité , ils détruiront les soupçons qui aggravaient l'accusation portée contre vous, et qui lui donnaient un caractère différent de celle qui plane sur tant d'infortunés gentilshommes qui ont porté ou portent encore les armes contre le gouvernement légitime. Leur faute provient d'un devoueuienl mal éclaié, et peut par conséquent être considérée comme un malheur Maisquand les coupables sont si nombreux, la clémence est assurée à la majeure partie; je ne doute pas que ie ne parvienne à obtenir votre pardon , pourvu que vous vous teniez à l'abri des griffes de la justice jusqu'à ce qu'elle ait choisi et frappé ses victimes : les premiers venus sont les premiers servis. D'ailleurs, le gouvernement, en ce moment, désire intimider les jacobites, et parmi eux il trouve peu d hommes considérables dont le châtiment puisse servir d'exemple. C'est une disposition vindicative et pollronne qui ne durera pas longtemps, car de tous les peuples, le moins sanguinaire c'est le peuple anglais : mais elle existe pour le moment, et il faut vous tenir à l'écart.

Eu ce moment entra Spontoon , l'air inquiet et affairé. Par le moyen de ses amis du régiment, il avait découvert mistriss Nosebag ; il l'avait trwuvee pleiue de colère , s'iigitant, criant contre un imposteur, dont elle veuait de découvrir la fourberie , et qui avait Voyage avec elle, sous le nom du capitaine Butler des dragons de Gardiner. Elle allait en dé|ioser chez le magistrat pour le faire arrêter, comme un émissaire du Prétendant; mais Spontoon, rusé connue un vieux soldat, et feignant d'approuver fortement sa résolution, avait trouvé moyen d'en retarder l'accomplissement. Cependant il n'y avait pas de temps à perdre : les propos de cette folle feraient probablement découvrir que le prétendu capitaine Butler était Waverley , découverte dangereuse pour Edouard , po'ir son oncle et même pour le colonel Talbot. Où fallait-il se réfugier? telle était malmenant la question. — En Ecosse, dit Edouard, — Eu Ecosse! s'eciia le colonel; et pourquoi? ce n'est pas pour vous joindre une seconde fois aux rebelles , j'espère? — Non. J'ai considère ma campagne comme lime du uioinentoù , malgré tous mes efforts ,. il m'a ete impossib.e de rejoindre mes compagnons ; et maintenant, toutes les nouvelles s'accordent à dire qu'us vout tenir tout l'hiver daus les montagnes, où des partisans comme moi leur seraient plus à charge qu utiles. Suis doute ils ne prolongent la guerre qu'alin de donner au prince le temps de s'échapper , et de pouvoir eulrer en arrangement pour eux-mêmes. D ailleurs, colonel, s'il faut vous contesber la venté, au ri.^que de me taire tort daus voire opiuiou, je suis projondément dégoûté du métier de la guerre. — De la guerre ! et qu'avez-vous donc vu? une ou deux escarmouches. Ah ! si vous aviez vu la guerre eu grand; soixante , cent mille hommes en bataille, de chaque côté ! — Je n'en suis pas curieux , colonel. Les troupes avec leurs panaches, les combats, la mêlée, m'enci:auteiit daus les descriptions des poètes ; mais marcher pendant la nuit, se priver de sommeil, coucher à la belle étoile pendant l'hiver, et beaucoup d'autres accompagnements du glorieux metier des armes, ne sont aucunement de mou goût dans la pratique, yuant aux coups, j'en ai eu tout mon saoul à Clifton, où, dix lois , je u échappai que par miracle. Et vous-même, je pense que... H n'usa pas achever. — J'en ai reçu suflisamnient à Prestou , voulez-vous dire ? répondit le colonel en riaut; mais c'est ma vocation. — Ce u'est pas la mienne, et puisque j'ai remis honorablemeut dans le fourreau lepec que je n'avais urée que comme volontaire, je me contente de cet'essai de la vie des camps. — Je suis cbarnié de vous voir daus de tels sentiments ; mais qu'irez-vous faire daus leNordî

Premièrement , quelques ports de la côte orientale d'Ecosse sont

encore au pouvoir des amis du prince ; si je parviens à en gagner un, je pourrai aisément m'embarquer pour le continent. — Bm! Votre seconde raison? — Mais, à vous dire la vérité, il y a en Ecosse une personne de qui mon bonheur dépend plus que je ne l'avais cru jusqu'à présent, et sur le sort de laquelle je suis fort inquiet. — Emilie avait donc rai<;on ; il y avait, au fond de tout cela, une affaire d'amour. Et laquelle de ces deux charmantes Ecossaises est la beauté préférée? ce n'est pas miss Glen... , jVspère? — Non.

— Ah ! passe pour l'autre. La simplicité peut se corriger, mais la morgue et la prétention, jamais. Je crois que cela ne déplaira pas à sir Everard , d'après ce qu'il m'a dit quand je plaisantais devant lui là-dessus. Se\ilement j'espère que le baron, si assommant avec son jargon prétentieux, son tabac , son latin , ses histoires à faire dormir debout concernant le duc de Berwick, croira nécessaire à sa sûreté d'aller résider en pays étranger. Quant à sa fille, je ne vois aucun obstacle ; sir Everard a grande opinion du père de votre Rose des bois et de la noblesse de sa famille, et il désire ardemment de vous voir marié et établi, tant pour vous que pour les trois hermines passant. Au reste, je vous ferai connaître plus positivement sa manière de penser là-des^^us, puisque vous n'êtes pas en correspondance avec lui pour le présent. Je ne tarderai pas à vous rejoindre en Ecosse. — Vraiment! Et pour quel motif pensez-vous retourner en Ecosse? Ce ne sont pas les tendres souvenirs que vous avez conservés du pays des montagnes et des torrents, je, le crains bien?

— Non, sur mon honneur; mais la santé d'Erailif^est maintenant, grâce au ciel . rétablie , et , pour vous dire la vérité, j'ai quelque espérance de conclure heureusement une affaire que j'ai maintenant bien à cœur de terminer, si je puis obtenir une «ottevue personnelle avec Son Altesse Royale, le commandant en airef: le Duc a de la bienveillance pour moi , et je rends grâces à Diftu d'avoir excité cette bienveillance par quelques services. Je vais maintenant sortir une heure ou d'ux, afin de tout régler pour voire départ. Votre liberté ne s'éteml que jusiju'à la piece voisine , le parloir de lady Emilie, où vous la trouverez quand vous serez disposé à faire de la musique, à lire ou à causer. Nous avons pris nos précautions pour qu'il n'y vienne aucun domestique, excepté Spontoon, qui est fidèle comme l'acier.

Environ deux heures après, le colonel rentra et trouva son jeune ami en conversation avec lady Emilie, déjà charmée de ses manières et de son entretien : Wavcrioy goûtait le plaisir de se retrouver dans la société de personnes de .son rang, plaisir dont il avait été privé depuis longtemps. — Ecoutez mes arrangements, dit le colonel ; car nous n'avons pas de temps à perdre. Le jeune homme que voici, Edouard Waverley, autrement dit Williams, autrement le capitaine Butler, continuera d'être sous son quatrième nom, Francis Stanley, mon neveu : il partira demain pour le nord; ma voiture le conduirajusqu'au second relais. Là, il trouvera Sponloon, et ils prendront des chevaux de poste jusqu'à Huntingilon ; la présence de Spontoon, bien connu sur la route pour être à mon service, éloignera tous les soupçons. A Huntingdon, vous trouverez le vrai Francis Stanley ; c'est un éluiliant de l'université de Cambridge. Il y a quelque temps, n'étant pas sûr que la santé d'Emilie me permit d'aller en Ecosse, l'ai procuré à ce jeune homme un passeport de la secrétairerie d'Etat, pour qu'il fil le voyage à ma place. Comme i! devait princifialeuienl vous chercher, son voyage serait maintenant sans objet. Il connaît voire histoire; vous dînerez eusemble à lluutingilm ; et peut-être en réunissaiit vos lumières, vous trouverez quelque moyen de continuer ce voyage vers le nord, sans danger, ou au moins le plus sûrement possible; et maintenant, ajouta-t-i! en tirant un portefeuille de maroquin, permettez-moi lie vous mettre en fonds pour la campagne. — Je suis confus, mon cher colonel. — En toute occasion, ma bourse est à votre disposition; mais cet argent est à vous. Votre père, prévoyant le cas où voussericz frappé de i unfiscation, m'a laissé ce dépôt pour vous. Ainsi vous possédez IS, 000 livres, indépendamment de votre mai.son de Brercvood-Lodge, une fort jolie fortune, je vous assure. Voici des billets pour 200 livres. Une somme plus considérable vous sera expédiée, ou des traites sur les pays étrangers, sitôt que vous en manifesterez le désir.

Waverley, se trouvant toul-à-coup à la tète de cette fortune, sa première pensée fut d'en profiter pour écrire au fermier Jobson, en le priant d'accepter une coupe d'argent, de la pari de son ami Williams, qui n'avait pas oublié la nuil du )8 déc(!mbre. Il le priailen même temps de conserver soigueusemeul son tartan et ses autres habiLs de montagnard, particulièrement ses armes, curieuses en elles-mêmes, mais auxquelles l'amitié du donateur donnait, à ses yeux, un prix ini'slimable. Lady Emilie se chargea de faire l'acquisilion de quelque objet de nature à plaire au goût de inistriss Williams ; et le colonel, qui était un grand amateur de l'agriculture, promit d'envoyer au patriarche de l'UUwaler un excellent attelage de chevaux. VVaverley passa à Londres une heureuse journée; il ▼oyagca de la manière projetée, et trouva Francis Stanley à Huntingdon. Les deux jeunes gens eurent fait connaissance en une minute — Je devine l'cuignie de mon oncle, dit Stanley. Lu vieux

soldat, malgré toute sa prudente réserve, n'avait pas besoin deiahi de détours pour me dire de vous remettre le passe-port dont je n'aî pas besoin : mais si la chose était découverte plus tard, ce serait l'équipée d'un jeune étudiant de Cambridge : cela ne tire pas à conséquence. Vous êtes donc Francis Stanley, avec ce passe-port.

En effet, la précaution du colonel épargna à Edouard beaucoup de difficultés et d'embarras, dans le cours d>> son voyage; aussi il n'hésitait pas à s'en .servir à chaque occasion, surtout parce qu'il avait mis de côté toute préoccupation politique; il n'aurait pu être accusé de pratiquer des machinations contre le gouverneinenl. ert voyageant sous la protection d'un passe-port de la secrétairerie d'Etai. La journée se passa gaîment à Huntingdon. Le ieune étudiant était fort curieux de connaiire les campagnes d'Edouard et les mœurs des Highiandais; Edouard fut obligé, pour lui complaire, de siffler un pibrorh, et de chanter une chanson highlanftaise. Le lendemain Stanley accompagna son nouvel amijusqu'à la première poste et se sépara de lui avec regret.

Waverley, voyageant en poste, à franc étrier, selon l'usage de cette époque, atteignit sans encombre les frontières d'Ecosse. Ce fut là qu'il apprit des nouvelles de la bataille décisive de Culloden. Il s'y attendaitdepuis longtemps, quoique le succès de Falkirk eût jeté quelque éclat sur les armes du Chevalier Ce triste événement l'afftcta profondément. Ce prince si généreux, si aimable, si brave, était alors fugitif, et sa tête mise à prix; sps partisans, si courageux, si enthousiastes, si dévoués, étaient tués, emprisonnés ou eJTOs. Qu'était devenu maintenant le fier et exalté Fergus, si toutefois il avait survécu à l'affaire de Clifton? Et le bon, l'honnête baron de BraHwardine? Et Rose, tt Flora, appuyées naeuères sur ces colonnes maintenant renversées, où étaient-elles? dans quelle malheureuse position ne les avait point jetées la perte de leurs protecteurs naturels? Edouard songeait à Flora avec une affection fraternelle; mais il éprouvait iiour Rni;e un sentiment plus tendre et plus vif. Il était peut-être destiné à remplacer les appuis que ces deux jeunes femmes avaient perdus. Asile par ces pensées, il hâta encore son voyage. Arrivé à Edimbourg, où ses recherthes devaient nécessairement commencer, il sentit toute la difficulté de sa position. Un grand nombre des habitants de cette ville l'avaient vu, l'avaient connu sous le nom d'Edouard Waverley; comment pourraitil donc se servir d'un passe-port qui portail celui de Francis Stanley? Cependant il ne pouvait .se dispenser d'attendre un jour ou deux une lettre du cobmel Talbot, et de lui laisser son adresse, sous son faux nom, à un endroit dont ils étaient convenus Pour porter ce pli, il sortit vers la brune, par les rues bien connues, évitant avec .soin fous les regards : mais ce fut en vain. Une des premières personnes qu'il rencontra le reconnut : c'était mistriss Flockhart, la joyeuse hôtesse de Fergus Mac-Ivor. — Que Dieu vous conduise, monsieur Waverley, est-ce vous? Oh! n'ayez pas peur de moi. Je suis incapable de trahir un gentilhomme dans la position où vous êtes... Le bonheur n'a qu'un jour. Hélas!... que les choses sont changées! (jue le colonel Mac-Ivor et vous, vous étiez joyeux dans notre maison !

Et la bonne veuve répandit quelques larmes. Comme il n'était pas possible de se cacher de mistriss Flockhart, Waverley la reconnut de bonne grâce et lui avoua le danger de sa situation pré.sente.

— Voilà qu'il fait déjà nuit, monsieur; vous allez venir chez nous prendre une tasse de thé, et si vous voulez coucher dans la petite chambre, je prendrai soin que vous n'y soyez point troublé, et personne ne vous reconnaîtra. Kale et Matty, mes deux servantes, sont parties avec deux dragons du régiment d'Hawley, et j'en ai deux nouvelles à leur place.

Waverley accepta cette invitation, et retint son logement pour une nuit ou deux, persuadé qu'il serait plus en sûreté dans la maison do celle honnête créature que partout ailleurs. Quand il entra dans le parloir, son cœur se gonfla en voyant le bonnet de Fergus, " avec la cocarde blanche, suspendu à côté du petit miroir. Mistriss Flockhart remarqua la direction des regards de Waverley : — Oui, dit-elle en soupirant, le pauvre colonel en avait aclnlé un neuf, la' veille du jour où ils partirent. Je ne veux pas laisser gâter celui-ci ; je le brosse tous les jours moi-inèine; quand je le regarde , je crois encore l'entendre crieràCallum de lui apportiTson bonnet, comme il avait coutume de faire quand il allait sortir... C'est bien triste... Les voisins m'appellent jacobite;.. mais qu'ils disent ce qu'ils voudront..., je suis sûre que ce n'était pas pour cela... Mais c'était le plus aimable, le miilleurgcntilhommequi fui jamais, et le mieux fait .. Ah! savcz-vous, monsieur, quand il .sera mis en jugement?

— En jugement! bon Dieu! Mais où esl-ildonc? — Au nom du ciel! ne le savez-vous pas? Le pauvre Diigald Mahoiiy vint ici il y a quelque temps, avec un bras de moins et une grande entaille à la tête... Vous vous rappelez Diigald, qui portail une hache sur l'épaiile... Il vint donc ici, comini; je vous le disais, me demander qiielqiK! chose à manger. Eh bien! il nous dit <iiii; le chieftain, comme ils l'appellent {moi je m; le nommais (|ue le colonel) et l'enseigne Maccombicb, dont vous vous souvenez bien, avaient élé pris quelque part, du côte de la frontière de l'Aiigleterri!, dans une nuit si obscuic, que si;s soldai» s'elaienl afierçus de .sa disparition long-

LES VEILLEES LITTERAIRES ILLDSTRÊBS.

tennis après avoir qiiitié le champ de liataille, et qu'ils étaient revenus le cheriher. mais iiiiililenient. W dit aussi que Galium Beg (ce petit vaurien) et Votre Honneur avaient été tués la même nuit, dans ia mêlée, avec beaucoup d'autres braves srens. Mais il jurait, en parlant du colonel, comme jamais homme n'a juré. Maiutenantle bruit court que le colonel sera mis en jugement et exécuté avec ceux qui >ut été pris à Carlisle. — Et sa sœur? — Oui, qu'on appelait lady Klora. Elle est allée le rejoindre à Carlisle, et demeure chez quelque grande dame papiste de cette ville. — Et l'autre jeune dame? — Quelle autre? Je ne connaissais qu'une sœur au colonel. — Je parle de miss Bradwardine. — Ah, oui! la tille du laird, c'était une bien bonne personne, la pauvre créature, mai-; bien moins imposante (tiie lady Flora — Où est-elle, au nom du ciel ? — Ah ! sais-je où ils >ont tous maiutenani! Les pauvres gens, ils sont tous prisonniers à lause de leurs cocardes blanches. Mais elle est allée rejoindre son père dans le Perthshire, quand les troupes du gouvernement sont revenues à Ediiubonrg. Il y avait quelques jolis garçons dans ces troupes. Un major Waiker était logé chez moi, un ginlilhomriie très honnête. Mais, monsieur Waverley, il n'avait pas si bonnelournure que le pauvre colonel. — Savez-vous ce qu'est devenu le père de miss Bradwardine? — Le vieux laird? non, personne ne le sait : mais on dit qu'il s'tst vaillamment battu à celte bataille de Culloden, dans le comté d'Inverness. Duncan Clank le ferblantier dit que les soldats du gouverneiuent sont enragés contre lui, parce qu'il a pris les armes deux fois; et en vérité, il était averti. Mais il n'y a rien de fou comme un vieux fou. Le pauvre colonel ne les avait prises qu'une fois, lui. '

Toilà tout ce que Waverley put tirer de mi^triss Flockhart touchant les anciens hôtes de cette bonne dame. C'en fut assez pour le déterminer à [lartir sans retard pour Tully-Veolan, où il pensait trouver Rose ou au moins apprendre de ses nouvelles. Il laissa pour le colonel Talbot, à Tendroil convenu, une lettre signée de Son nom supposé, dans laquelle il lui donnait son adresse au bureau de poste le plus voisin de la résidence du baron. D'Edimbourg à Perth il prit encore des chevaux de poste. Mais son intention était de faire le reste du chemin à pied : mode de voyager qu'il affectionnait particulièrement, et qui avait l'avantage dr lui permettre de s'écarter du grand chemin quand il voyait des détachements de troupes à distance. La campagne qu'il venait de faire avait considérablement fortifié sa constitution, et augmenté son apiitiide à supporter la fatigue. Il envoya son bagage devant lui, par une occasion qui se présenta. A mesure qu'il avançait vers' le nord, les traces de la guerre devenaient plus visibles. Des charriots brisés, des chevaux morts, des chaumières découvertes, des arbres abattus pour faire des palissades, des ponts détruits, ou seulement réparés en partie; tout indiquait les mc^uvements d'armées ennemies. Dans les endroits où les paysans passaient pour attachés à la cause des Stuarts, leurs maisons étaient toutes démantelées; le cours des travaux qui font la parure de la campagne, était interrompu: on voyait les habitants errer çà et là, la crainte et le désespoir sur la figure.

Le jour baissait quand il approcha du village de Tully-Veolan avec une émotion et dessenlinienls bien difTérentsdeceux qu'il avait éprouvés la première fois qu'il y était arrivé. Alors la vie était pour lui si nouvelle, qu'une journée sombre ou pluvieuse était l'un des plus grands malheurs que .son imagination put concevoir; il lui Meniblait que son temps ne devait être employé qu'à des études instructives ou amusantes, ou aux distractions de la société. Mainte- HL^nt, quii était changé! Quelques mois avaient suffi pour dissiper ces douces illusions; mais aussi combien son caractère avail gagné . n solidité, en élévation I L'adversité 3t les pertes sont des maîtres M;vères, mais au moyen desquels on s instruit vite. Moins gai, mais plus sage, il (r(jiivait dans le sentiment de ses forces et de sa dignité d'homme, un dédommagement aux réven brillants que l'expérience avait ïi prompleinent fait évanouir. En approchant du village, il vit avec elonnement et inqui'élude ([ii'un diHacliement 'le soldats campait tout près ; et, ce qui était pire, qu'il y semblait à I osli' fixe. C'est ce qu'il conjectura d'après quelques tentes qu'ildisingiiail sur la bruyère communale. Pour échapper au danger d'être arrêté et questionné dans un lieu où il ne pouvait manquer dèire. ri connu, il fit un long détour, afin d'éviter le village, et d'arriver à la porte de l'avenue par un sentier qu'il connaissait bien. Un coup d(eil lui montra de tristes changements. Une moitié de la :'ùite était toute brisée, et les débr's, coupés comme du bois de ihaufTage, étaient mis en pile, prêts à être enlevés. L'autre battant tenait encore, inutiln. à ses gonds ébranlés; les créneaux au-dessus delà porte étaient abattus, et les ours de pierre qui montaient la garde à rentrée du cliàleau depuis des siècles, arrachés de leurs postes, gisaient au milieu des décombres. L'avenue était horriblement ravagée. Plusieurs grands arbres, qu'on avait coupés, barraient le chemin; les bestiaux des paysans, et les sabots plus lourds des chevaux de dragons, avaient changé en une boue uoiie la pelouse verdoyante que Waverley avait tant admirée jadis. En pénétrant dans la cour, Edouard vit se réaliser toute? les craintes qu'il avail conçiies. La maison avait été saccagée par les troupes du roi qui avaient essayé d'y mettre le feu. Et c^uoique l'épaisseur des mu-

railles eût résisté à l'incendie, les écuries et les hangars avaient été dévorés par les flammes. Les tours du bâtiment principal étaieiit noiresde fumée; les pavés de la cour fracassés ou dé(ilacés; les portes arrachées ou ne tenant plus qu'à un gond; les fenêtres brisées, démontées; enfin la cour jonchée de meubles qu'on avait pris plaisir à briser. Ces vieux écussons auxquels le baron, dans l'orgueil de son cœur, attachait tant d'importance et de vénération, avaient été mutilés avec un acharnement extrême. La fontaine était démolie, et l'eau qui l'alimentait coulait au travers de la cour. Le bassin de pierre semblait servir d'abreuvoir aux bestiaux, d'après la manière dont il était disposé. Toute la famille des ours, grands et petits, avait été aussi rigoureusement traitée aue ceux de l'entrée, et un ou deux portraits de famillelraiuaient en lambeaux danslaboue. Ce fut avec un grand serrement de cœur, comrhe on peut se l'imaginer, que Waverley contempla cettescène de désolation. Ses craintes sur le sprt des propriétaires, son inquiétude pour savoir ce qu'ils étaient devenus, augmentaient à chaque pas. Quand il arriva sur la terrasse, ce fut un spectacle enccVre plus affligean'.. La balustrade était renversée, les Murs démolis, les plates-bandes couvertes d'herbes, les arbres à fruits coupés et arrachés. Dans un coin de ce jardin à l'ancienne mode croissaient deux immenses châtaigniers dont la hauteur faisait l'orgueil dû baron; trop indolents peut-être pour les couper, les misérables, guidés par le génie du mal, les avaient minés, et avaient remplis les trous avec de la poudre à canon. Le premier fut mis en pièces par l'explosion, et ses débris mutilés étaient épars àFeiitoiir, encombrant le lieu qu'il avait si longtemfis ombragé. L'autre mine ne réussit qu'à moitié : un quart du tronc était détaché de l'arbre, qui, déparé et mutile d'un côté, étendait encore de l'autre ses rameaux larges et intacts. Parmi toutes ces traces de ravage, il se trouvait des objets qui affligèrent plus particulièrementWaverley. Contemplant la façade du château ainsi ruiné, dévasté, ses yeux cherchèrent naturellement le petit balcoa qui communiquait a la chambre de Rose, son troisième, ou plutôt son cinquième étage. Il I eut bientôt trouvé, car au-dessous gisaient les pots de fleurs et les arbrisseaux dont elle se plaisait à l'orner, et qu'on avait aussi renversés. Au milieu de ces débris étaient quelques livres, et dans le nombre Waverley reconnut un deà siens, une petite édition de l'Arioste : il le ramassa comme un trésor, quoique abîmé par le vent et la pluie. Pendant que, plongé dans les tristes réflexions que cette scène faisait naître, il promenait ses regards autour de lui, cherchant quelqu'un qui put lui apprendre le sort des maîtres du château, il entendit, dans l'intérieur du bâtiment, une voix qui chantait, sur un air bien connu, une vieille romance écossaise :

Ils accourent la nuit en armes,

Brisent mon seuil hospitalier,

Font fuir tous mes gens en alarmes

Et massacrent mon chevalier.

Mon chevalier, que tant j'adore, Ils l'ont tué, l'ont dépouillé, Que brille la lune ou l'aurore, Il n'en sera plus réveillé.

« Hélas ! se dit Edouard, est-ce toi? Pauvre infortuné sans appui, restes-tu seul eu ces lieux, à gémir, à pleurer, à faire retentir de tes chants sauvages et confus ces voûtes qui t'ont protégé? » Il appela alors, d'abord bas, ensuite plus haut : — Davie! Davie Gellatley ! Le pauvre fou se montra un moment parmi les ruines d'un cabinet de verdure qui terminait jadis la terrasse ; mais, à la première vue d'un étranger, il disparut comme épouvanté. Waverley, se rappelant ses habitudes, se mit à siffler ùu air qu'il aimait, un air que Davie prenait grand plaisir à entendre, et qu'Edouard même lui avait appris. La musique de notre héros ne ressemblait pas plus à celle de Bloudel que Davie ne ressemblait à Richard Cœur-de-Li'ui; mais elle produisit le môme efîift : le chanteur se fit reconiiaiire. Davie sortit de sa cachette, mais timidement, tandis que Waverley, dans la crainte de l'effrayer, lui faisait tous les signes d'amitié imaginables. « C'est son ombre!» dit Davie ; mais, eu a|ipruchant davantage, il parut reconnaître une de ses cou naissances de ceraoïide. Le pauvre insensé semblait lui-même l'ombre de ce qu'il avait été. L'habillement particulier qu'il poitait en des jours plus heureux, au lien de sa recherche bizarre, ne se composait plus que de lambeaux dont les trous étaient grossièrement rapetassés avec force morceaux de tapisseries , de rideaux et de toiles Je tableaux. Sa figure avait perdu aussi son air de calme et d'insouciance ; ses yeux étaient creux, tous ses membres maigres, décharnés, secs à faire pitié. Après avoir hésité longtemps, il s'approcha enfin de Waverley avec quelque confiance, le regarda tristement en face, et dit : — Tous morts et partis! morts et partis! — Et qui est mort? demanda Waverley, oubliant que Davie ne pourrail faire une réponse sensée. — Le baron, et le bailli, et Sauuder» Saunderson , et lady Rose, qui chantait si doux : tous morts et partis! morts et partis !

Un ver luisant marque la tombe

Là-bas, là-bas sous ces berceaux.

Pour qu'un rayon de lune y tombe, La brise écarte les rameaux.

C'est là-bas, où le sol s'exhausse , Sùivei-moi donc et sans terreur :

Qliànd on vient visiter leur fosse , Les morts n'aiment pas qu'on ait peur.

Après ces couplets, qu'il chanta d'un ton bizarre et rapide, il fit signe à Waverley de le suivre, et , marchant à grands pas, il se dirigea vers le fund du jardin, suivant le cours du ruisseau qui , on peut s'en souvenir, le terminait à l'est. Edouard, qui frissonnait malgré lui. suivit son guide dans l'espoir de recueillir des renseignements. Comme la maison était déserte , il ne pouvait s'attendre à rencontrerau milieu des ruines un interlocuteur plus sepsé. Davie, toujours courant, parvint bientôt à l'extrémité du jardin, et grimpa sur le mur à demi ruiné qui le séparait du vallon boisé où s'élevait la tour de Tullj-Veolan. Il sauta dans le lit du ruisseau, et, suivi deWaverley. il continua sa marche aussi rapidement. Tantôt franchissant des masses de rochers, tantôt les éviiant par un long détour , ils passèrent au-dessous des ruines du château. Waverley avait peine à suivre son guide , car la nuit était arrivée. Après avoir dtscendu le ruisseau un peu plus bas , il le lais.«a tout à fait de côlé ; mais il se dirigea plus sûrement vers une petite lumière qui brillait à travers le taillis et les buissons. Il parcourut en quelques minutes un sentier difficile , et arriva enfin, guidé par la lumière, à la porte d'une misérable cabane. De terribles aboiements de chiens retentirent d'abord , mais ils cessèrent quand il fut plus près. Une voix parla en dedans, et il crut prudent d'écouter avant d'approcher davantage. — Qui m"aniènes-tu là, vilain imbécile que tu es? dit une vieille femme qui semblait irritée 11 entendit Davie Gellatley, pour toute réponse, siffler un morceau de l'air que lui-même avait chanté pour se rappeler aux souvenirs du malheureux, et dès lors il n'hésita plus à frapper à la porte. Un terrible silence régna aussitôt dans la cabane, sauf le grognement des chiens Puis, il entendit la maîtresse de la hutte s'approcher de la porte, non pas sans doute pour lever le loquet, mais pour fermer un verrou. Waverley la prévint, et ouvrit lui-même la rustique serrure. Il se trouva en face d'une vieille femme en guenilles qui s'écria : — Que venez-vous chercher chez les gens à pareille heure? D'un côlé. deux grands chiens de chasse menaçants et affamés calmèrent leur fureur à sa vue, et parurent le reconnaître. De l'autre, à demi caché par la porte ouverte, mais ne semblant garder qu'à regret l'incognito , un pistolet armé dans une main, et l'autre prête à en tirer un second de sa ceinture , se tenait ut; homme grand, sec e*. décharné, avec un uniforme en lambiaux , et une barbe de trois semaines. Celait le baron de Bradwardine. 1| est inutile d'ajouter qu'il mit de cùlé ses armes , et vint embrasser cordialement Waverley.

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