‹ WaverleyChapitre 31 sur 231 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

En racontant son histoire, le baron insista beaucoup sur le chagrin qu'il avail ressenti de la disparition d'Edouard et de Glennaquoiclî ; il avait conihatlu à Falkirk et a Culloden , et dit cnmment, après que tout fut perdu dans celle dernière bataille , il était retourné à son château , es|icraiit trouver parmi ses vassaux et sur ses domaines un asile plus sur qu'ailleurs. Un détachement de soldats avait été envojé pour dévaster ses biens : toutefois leurs ravages furent anétéf par les autorités civiles La baronie, pensuitou, ne pouvait être confisquée au profit de la couronne , et au préjudice de Malcolm Bradwardine d Inch-Grabbit qui, par suite de la substitution , était entre sur-le-champ en jouissance. Le nouveau laird montra bientôt que son iiileuiiou était de priver son prédécesseur de tout secours, de tout revenu tiré des domaines, et de profiter, aillant que possible , des malheurs du vieux baron. Cette conduite était d'autant moins généreuse, que, par un respect imaginaire pour les droits de ce jeune homme comme héritier mâle (person ne ne l'ignorailj, le baron n'avait pas voulu léguer ses biens à sa lllle. Celte conduite sordide fut convenablement appréciée par les paysans qui restaient ailaclics à leur ancien maître, et les irrita (inilre son successeur. Mais lais.sons parler le baron : — Monsieur Waverley , disait-il , les affaires n'étant pas arrangées au grc des vassaux de Ffradwardine, les fermiers firent les rccalcilraiils pour payer liruiagesct redevances; et quand mon parenlalla au village avtc le nouveau régisseur, M. James Howie, pour demandei les rentes, un mauvais diole lui tira un coup de fusil pardirrière, dont il fui si

effrayé, qu'il s'enfuit à toutes jambes jusqu'à Stirling. I.e \oilà maintenant qui nu l li., domaines en m iili .•i\ee lis tilles de siibstilutioli... \i>ilà diiiii: la biitonie qui ."ort de lu famille, ou elle ilevail rester in nœcula sœculniuiii. Pourlanl, que la v. lonle de Dieu s'atiouiplisse. Le > im|1iIii lo'.i di ii'iice ui/> pui.vs<iiil.- de I rpoipie , comme brigand , bandit, atsaSMii cl cou|ie-,afret. Ils ont alois en-

voyé des soldats pour garder les domaines, et m'ont chassé comme une perdrix par les montagnes, ainsi qu'il arriva , selon l'Ecriture

au bon roi David , ou à notre vaillant sir William Wallace non

que je veuille établir entre nous la moindre comparaison... J'ai cru en vous entendant frappera la porte, qu'ils voulaient forcer le vieux cerf jusque dans son dernier asile, et je me préparais à mourir bravement, comme un animal de noble race... Mais voyons. Jeannette, pouvez-vous nous donner à souper? — Que oui", monsieur : je m'en vais apprêter la poule d'eau que John Hcalherblulter a tuée ce matin , et vous voyez que le pauvre Davie s'apprête à faire cuire Us œufs sous la cendre... J'ose dire, monsieur Waverlev, que vous n'avez jamais cru, en mangeant au château des œufs si bien apprèlés. manger de la cuisine de notre Davie... Il n'y a pas son pareil dans le pays pour remuer avec les doigts la cendre rouge et y placer ses œufs.

Cependant Davie , accroupi sur les cendres , se brûlant les jambes, parlant tout seul, retournait les œufs quand la braise était trop chaude. —Davie, continua la mère, n'est pas encore si niai< qu'on le dit, monsieur Waverley; il ne vous aurait pas amené ici , sans savoir que vous étiez l'acni intime de Son Honneur... . Les chiens eux-mêmes vous ont reconnu, monsieur Waverley ; vous êtes si bon pour tout le monde... Je veux vous conter une histoire de Davie , avec la permission de Son Honneur : Son Honneur , vovizvous , est obligé d'avoir une cachette en ces temps mauvais....". ç:i. fait pitié... il passe les jours et souvent les nuits dans la caverne de la Sorcière ; mais quoiqu'elle soit assez chaude etqu'un de nos vieux fermiers l'ait garnie de paille, quand le pays est tranquille et la nuit trop froide. Son Honneur vient sans bruit se chauffer à mon feu , coucher entre les draps et repart au point du jour. Aussi un matin , combien j'ai eu peur! deux coquins d'habits rouges étaient déjà sur pied... quand ils furent à portée de Son Honneur qui entrait dans le bois , ils lui tirèrent un coup de fusil. Je sortis comme un faucon . et m'écriai : « Pourquoi tirez-vous donc sur ce pauvre innocent, sur l'enfant d'une honnête femme ! » Je courus à eux, et soutins que c'était mon fils. Ils juraient que c'était le vieux rebelle, comme les vilains appellent Son Honneur. Davie, qui était dans le bois, entendit le tapage, ramassa, sans que personne le lui eût dit, le manteau gris dont Son Honneur s'était débarrassé pour mieux couiir et revint par le même sentier, avec l'air et la tournure du baron : ils crurent alors qu'ils s'étaient trompés , et qu'ils avaient tiré sur ce malheureux fou de Davie : ils me donnèrent alors six pence

pour ne rien dire Non, non, Davie n'est pas comme tout le

monde, le pauvre enfant ; mais il n'est pas si niais qu'on le pense... D'ailleurs, pourrions-nous jamais faire assez pour le baron? car nous avons vécu, nous et les nôtres, deux cents ans sur sa terre; il a mis mon pauvre Jamie au collège ; il a empêché qu'on ne me conduisît à Perth, comme sorcière... que le Seigneur pardonne aux mcchaiits qui en voulaient à mon pauvre vieux corps !... enfin il a iMurri , vêtu, logé le pauvre Davie depuis qu'il est au monde.

Waverley trouva enfin l'occasion d'interrompre le récit de Jeannette, en demandant des nouvelles de miss Bradwardine. — Elle est à Duchran , en bonne santé , répondit le baron , et en sûreté , Dieu merci ! le laird est notre parent éloigné , mais il tient de plus ircs à mon chapelain M. Kubrick. Et quoique whig, il n'a pas oublié, dans ces malheureuses circonstances, une vieille amitié. Le bailli fait son possible pour sauver du naufrage la fortune de ma pauvre Rose. Mais je ne sais , hélas! Si je la reverrai jaiiiais; car il faut que je laisse mes os dans quelque pays lniniain. — Bah! dit Jeannette, Votre Honneur était aussi mal en I71S; et il a eu de

nouveau sa belle baronie et tout le reste Allons, les œufs sont

prêts , la poule d'eau est grillée; voilà chacun une assiette et du sel , et le reste du pain blanc qui vient du bailli; la dame-Jeanne d'eau-de-vie queLuikie Maclearie aenvoyée e.><t encore pleine : ne soupcrez-vous pas comme des princes? — Je souhaite qu'un prince lie notre connaissance ne soit pas plus mal que nous , dit le baron à Waverley, qui se joignit de bon cœur à ce vœu.

Ils s'enlretinrenl ensuite de leurs projets. Le plan du baron était très simple. Il consistait à se réfugier en France, où , par ses anciens amis , il espérait obtenir du service, se croyant encore en état de faire la guerre. Il engagea Waverley à l'accompagner; ce aue noire héros accepta, pour le cas où la proleclion du colonel Talbot ne lui procurerait pas .son pardon. Il espérait bien que le baron ap- I Tiiuverait ses préleiilions à la main de Rose, et qu'il lui donnerait le droit de l'assister durant son exil ; mais il s'abstint d'entamer ce sujet avant que son propre sort fût décidé. Us s'entretinrent ensuite de (iieiinaqiiolih , au sujet duquel le baron exfirima les plus vives inquiétudes. Flora eut une bonne part dans les tendres sollicitudes du vieillard.

Il Commençait à .se faire lard. La vieille Jeannette se retira dans une espèce de chenil, derrière une cloison. Davie, déjà depuis longleiiips eiidoriiil , ronflait entre Ban et Biiscar. t. es deux chiens l'avaii ni SUIVI a la liuite depuis que le château était abandonne, et ils y fui.-aieiit résidence. Leurs redoutables dents et la reputaiion de boriieii ,que la vieille femme avait dans le pays, cunlribuaienl plus que tout le leste a eloigner les visiteurs. Aussi le bailli Maewhe«bl«

LES VEILLÉKS LITTÉRAIRES ILLDSTRÊES.

fournissait sous main à Jeannette de quoi nourrir ces animaux; il )• ajoutait quelques petits objets de luxe, à l'usage du baron ; mais on devine les précautions infinies que le bailli devait prendre pour n'être pas découvert. Après quelques difficultés, le baron se décida, sur les instances de Waverlev, à garder son lit ordinaire; notre liéros s'étendit dans un grand fauteuil de velours tout déguenillé, \ui avait jadis orné la grande chambre à coucher à Tully-Veolan (car maintenant les meubles du château étaient disséminés dans les chaumières des environs); et il y dormait à son aise comme sur un lui d'édredon.

Dès l'aube du jour, la vieille Jeannette se mit à aller et venir dans h maison pour réveiller le baron qui avait ordinairement le sommeil lourd et profond. — Il faut que je gagne ma retraite, dit-il à Waverlev; voulez-vous y venir avec moi?

Us sortirent ensemble et suivirent un petit sentier étroit et embarrassé de broussailles, que les pécheurs et les bûcherons avaient tracé le long du ruisseau. Chemin faisant, le baron fit comprendre à Waverley qu'il pouvait sans danger rester quelques jours àTully- Veolan et nième s^e montrer aux environs, s'il prenait la précaution 'le se dire le mandataire d'un gentilhomme anglais qui voulait acheter la propriété. 11 lui recommanda d'aller voir le bailli, qui demeurait encore dans la maison du fermier, au petit Veolan. Le passeport de Stanley devait répondre à toutes les questions de l'officier commandant des troupes; quant aux habitants qui pourraient reconnaître Waverley, le baron lui garantit qu'aucun d'eux ne le trahirait — Je suis sûr que la moitié des vassaux de la baronie, continua-t-il, savent que leur vieux laird est dans ces environs, car je m'aperçois qu'ils ne laissent pas même venir ici un enfant pour dénicher des oiseaux , chose que je n'avais jamais pu empêcher complètement quand j'étais en pleine jouissance de mon pouvoir et lie mes biens. Souvent même j'ai trouvé sur ma route des provisions que les pauvres gens y déposaient, parce qu'ils pensaient que l'en avais besoin. Dieu les bénisse! Je leur souhaite un seigneur plus prudent mais aussi bon que je l'étais pour eux!

11 ne put retenir un soupir; mais la résignation avec laquelle il supportait .«on malheur avait quelque chose de respectable. — J'ai fait ce que je croyais mon devoir, disait-il, et sans doute mes adversaires font ce qu'ils croient être le leur. Je m'afflige quelquefois en jetant les yeux sur les murs noircis de la demeure de mes ancêtres, mais les officiers ne parviennent pas toujours à empêcher les soldats de piller et de dévaster; et Gustave-Adolphe lui-même le periKÎt souvent .. Et en vérité, j ai vu moi-même des châteaux en aussi triste état que l'est maintenant Tully-Veolan, quand je servais sous le maréchal de Berwick. Les races , les familles, les hommes sont restés debout assez longtemps quand i's tombent avec honneur. Mais voi'i ma retraite, qui ne diffère guère d'une domus ultima, d un t'imbeau.— (Us étaient alors au bas d'un roi-her.) Nous autres pauvres jacobites, nous sommes une race persécutée, qui habite les rochers. Adieu donc, bon jeune homme ; à ce soir chez Jeannette. Il faut que je rentre dans mon terrier, ce qui n'est pas chose facile pour mes vieux membres.

11 se mit à gravir, en s'aidant des pieds et des mains, jusqu'à ce qu'il atteignit quelques buissons qui cachaient une ouverlure semblable à la bouche d'un four ; le baron y passa d'abord sa tête et ses épaules, et fit entrer ensuite [leu à peu le reste de son corps ; enfin, ses jambes et ses pieds disparurent: on eût dit un énorme serpent sr; blottissant dans son trou. Waverley eut la curiosité de grimper aussi et de le visiter dans son antre, comme on pouvait appeler cette retraite, très étroite, trop basse pour s'y tenir debout, et pres- 'jue pour s'y asseoir, quoique le baron essayât de se tenir dans leite posture. Son seul amusement était de parcourir son vieil ami TUe-Live, ou d'écrire avec son couteau des citations laiines ou des 1 :xtes de l'Ecriture sur la pierre de grès qui formait les parois de la uaverne, laquelle du reste était sèche et remplie de paille et de bruyère. — C'est, disait-il en s'y blottissant d'un air de contentement qui contrastait singulièrement avec sa situation, un gite très passable pour un vieux soldat, quand le vent du nord ne souffle pas. D'ailleurs, il ne manque pas de sentinelles pour veiller sur lui. Davie et sa mère sont continuellement en faction pour découvrir et détourner I;; danger ou m'en avertir. Et c'est une chose surprenante de voir combien l'alfoction instinctive donne d'adressse à ce pauvre idiot, quand il s'agit de la sûreté de son maître.

Edouard songea dès ce moment à avoir une explication avec Jeannette. 11 l'avait reconnue à la première vue pour la vieille '.euime qui lavait soigné dans sa maladie, quand il était sorti des mains de Gilfillan. La cabane aussi, quoique un peu ré[)arée ut mieux meublée, était celle où il avait été retenu. L'arbre de la lande de Tully-Veolan, qu'on appelait l'arbre du Rendez-vous, devait être celui où les montagnards s'étaient réunis.

11 demanda en premier lieu quelle était la jeune dame qui l'avait visité durant sa maladie.— Une jeune dame, répondit Jeannette, qui n'a pas sa pareille au monde, inijs Rose Bradwardine! — Alors, c'est sans doute aussi à mi^s Rose que je dois ma délivrance. — Sans doute, monsieur Waveiley; mais combien elle eût été affligée, ia pauvre demoiselle, que vous en apprissiez quelque chose! ca

elle m'avait ordonné de parler en langue gaélique quand vous pouviez entendre, afin de vous faire croire que vous étiez parmi les montagnards. Je parle cette langue parce que ma mère était des Highlands.

Quelques autres questions apprirent à Waverley tous les détails de sa délivrance : jamais musique ne parut si harmonieuse à un amateur que le fut aux oreilles de Waverley le bavardage de la vieille femme. Mais mon lecteur n'est pas amoureux, et pour ne pas lasser sa patience, j'essaierai de resserrer dans des limites raisonnables ce récit qui dura près de deux heures. Quand Waverley lit connaître à Fergus la lettre que lui avait envoyée miss Bradwardine par Davie Gellatley, et dans laquelle Rose lui annonçait qu'un détachement de troupes occupait Tully-Veolan, celte circonstance avait frappé l'esprit actif du chef. Désirant enlever à l'ennemi ses positions, et en même temps rendre service au baron (car l'idée (l'un mariage avec miss Rose .se présentait souvent à lui), il fit dire à Donald de descendre dans la plaine, de chasser les rouges de Tully-Veolan, et de prendre position près du château. Donald se promit de retirer le plus d'avantage possible du pouvoir étendu qui lui était confié. Délivré de tout sujet immédiat de crainte du côté de Fergus, et s'étant d'ailleurs acquis quelque crédit dans les conseils du Chevalier par des services secrets, il résolut de faucher pendant que le soleil brillait. 11 parvint sans peine à chasser les .soldats de Tully-Veolan, et quoiqu'il n'osât s'attaquer aux gens du château ni à miss Rose, de peur de se faire un ennemi puissant dans l'armée du Chevalier, il se mit à lever des contributions sur les vassaux, et à faire une espèce de guerre à son profit. Cependant il arbora la cocarde blanche et eut beaucoup d'égards pour Rose, parlant sans cesse de son zèle pour la cause que soutenait le baron, et s'excusant de ce qu'il était obligé de se permettre pour entretenir ses soldats. C'est alors que Rose apprit par le bruit public, qui exagère tout, que Waverley avait tué le forgeron de Cairnwreckan qui voulait l'arrêter, qu'il avait éiéjeté en prison par le major Melville de Cairnwreckan , et devait être exécuté dans trois jours, en vertu de la loi martiale. Accablée par celte nouvelle, elle pria Donald Bean de délivrer le prisonnier. Cet homme saisit avec empressement l'occasion de rendre nn service de ce genre, qui pourrait faire passer sur bien des peccadilles. Il eut cependant l'adresse de refu.ser d'abord, en alléguant son devoir et la discipline, jusqu'à ce que la pauvre Rose, désespérée, lui offrit, pour l'y décider, quelques bijoux précieuxqui avaient appartenu à sa mère. Donald Bean , pour agir loyalement avec la jeune dame, ets'engagerde la seule manière qui lui parût sacrée, lui jura le secret sur son dirck nu. 11 fut porté surtout à cet acte de bonne foi par les égards que témoignait miss Bradwardine à sa fille Alice, égards qui, gagnant le cœur de la jeune montagnarde , flattaient en même temps l'orgueil du père. Alice, qui commençait à parler anglais, était très communicative à l'égard de Rose ; elle lui confia les menées pratiquées dans le régiment de Gardiner, et consentit, sur sa demande, à remettre Waverley, à l'insu de son père, en possession de tous les papiers qui l'intéressaient. « J'obligerai ainsi, se dit-elle, la jeune lady et le beau gentleman; et quel besoin mon père a-t-il de ces morceaux de papier. » Elle exécuta ce projet, comme le lecteur le sait, la veille du jour où Waverley quitta la cabane. Le lecteur doit aussi se rappeler comment Donald exécuta son entreprise. Mais l'expulsion des soldats de Tully-Veolan avait donné l'alarme, et tandis qu'il attendait Gilfillan , un corps de troupes assez considérable, auquel Donald n'aurait pu résister, fut envoyé pour chasser à leur tour les insurgés, occuper Tully-Veolan , et protéger le pays. Le commandant, gentilhomme purilain, ne se présenta point chez miss Bradwardine, dont il respecta la situation, et défendit à ses soldats d'enfreindre en rien la discipline. \\ établit un petit camp près du château. Donald Beau apprit ces malencontreuses nouvelles comme il revenait à Tully-Veolan; il résolut de déposerson prisonnierdans la cabane de Jeannette, où n'auraient pu arriver sans guide ceux-là mêmes qui habitaient depuis longtemps les environs : ce fut linsi qu'il méritaet reçutsa récompense. La maladiedeWaverley dérangea tous les calculs de ses amis : Donald fut forcé d'abandonner le pays avec ses gens. A la prière instante de Rose, il laissa un vieux montagnard, qui prétendait savoir un peu de médecine, pour soigner Waverley durant sa maladie. Cependant le cœur de Rose ne fut pas longtemps tranquille; la vieille Jeannette lui disait qu'une récompense était promise à celui qui saisirait Waverley, que ses effets d'ailleurs avaient beaucoup de valeur, et que la tentation pouvait entraîner Donald. Dans l'excès de sa douleur. Rose prit la résolution d'exposer au prince lui-même le danger que courait M. Waverley, persuadée que par politique et par humanité Charles- Edouard viendrait à son secours. Elle songea d'abord à envoyer une lettre anonyme, mais elle craignit de n'inspirer ainsi aucune confiance. Elle signa donc, quoique d'une main tremblante, et chargea delà missive un jeu ne homme qui, en quittant sa ferme pour se ranger sous le drapeau du Chevalier, lui demanda une espèce de recommandation auprès du prince. Le prince reçut la lettre, et voyant de quelle importance il serait d'établir des relations avec les jacobites d'Angleterre, il fit passer à Donald les ordres les plus positifs de

respecter la personne et les effets de Waverley, et de le conduire chez le gruiverneiir du château de Doune. Le maraudeur n'osa désobéir. Il fil donc de nécessité vertu, et chargea son lieutenant d'escorter Eloua'd Le gouverneur de Donne avait ordre de diriger Waverley sur Edimbourg comme prisonnier de guerre, car le prince craignait qu'une fois mis en libi^rlé, il ne retournât en Angleterre : et en cela il agit d'après le conseil de Ferg is. Il est vrai que Charles-Edouard considérait cette révélation comme un secret de (œur; car quoique Rose eiit conçu sa lettre dans les termes les plus gi-néraux et les plus circonspects, elle exprimait un si vif désir de rester inconnue, que le Chevalier soupçonna le profond intérêt qu'elle prenait à la conservation de Wavf^rley. De celte conjeclure, tonte bien fondée qu'elle était, il tira des conséquences erronées. Ainsi l'émotion que manifesta Edouard en approchant de Flora et de Roseau bal d H-dy-Rood, le Chevalier l'attribua faussement à la vue de cette dernière, et pensa que 1 intentiun du baron de faire passer sa terre à son cousin, ou quelque autre oUslacle de ce genre, contrariait l'inclination des deux jeuues gens. On parlait souvent, il est vrai, du mariage de \Yaverley avec miss Mao Ivor, mais le Chevalier savait que le bruit public fait souvent de pareils mariages; observant attentivement la conduite des deux jeunes dîmes, il ue douta plus que le jeune Anglais, indifférent à Flora, ne fût aimé de Rose Bradwardine. Dé-irant attaclier Waverley à son service, le prince pressa le baron de transmettre ses biens à sa fille. Bradwardine y consentit, ce qui décida Fergus à demander en même temps la main de Rose et le titre de comte ; ce que le prince lui refusa. Le Chevalier, très occupé, n'avait point encore eu d'explication avec Waverley, quoiqu'il eût souvent l'intention de l'entretenir. Mais Fergus ayant fait connaître ses prétentions, le prince sentit la nécessité de rester neutre entre les deux rivaux, désirant seulement qu'ils différassent la decision de cette aff,iire, qui paraissait renfermer des germes de discorde, jusqu'à la fin de l'expédition. Toutefois, en marchant sur Derby, Fergus , questionné par lui sur son ditTérend avec Waverley, lui ayantappris que celui-ci avait autrefois demandé la main de sa sœur, le Chevalier lui dit clairement s'être convaincu par ses pronres observations que Waverley avait des engagements avec miss Bradwardine. Le lecteur n'a point encore oublié la querelle qui s'ensuivit.

Quand jAinnelle eut lerininé son récit, Waverley put, à l'aide du fil qu'elle lui mettait entre les mains, reconnaître les détours du labyrinthe où il avait été engagé. Il se résolut dès lors à consacrer à Rose sa vie et sa fortune , soit dans sa patrie , soit à l'étranger. Il trouvait aussi un grand charme à s'allier avec un homme an»si estimable que le baron , et ausvi profondément estimé par son oncle sir Everard. Les bizarreries du vieux gentilhomme, qui avaient quelque chose de grotesque quand il était heureux, semblaient, dans son infortune, s'harmoniser parfaitement avec 1 s nobles traits de son caractère, et lui donner de l'originalité plutôt que du ridicule. Le cœur occupé de ces projets de bonheur futur, Edouard se dirigea vers le petit Veolan.

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