CHAPITRE IV
Le prieur avait profité des moments qu'on lui avait laissés pour quitter ses habits de voyage ; il en avait pris de plus élégants, sur lesquels il portait une chape couverte d'élégantes broderies. Outre l'anneau d'or, marque de sa dignité ecclésiastique, ses doigts, malgré les canons de l'Eglise, étaient chargés de bagues précieuses; ses sandales étaient du cuir le plus beau quel'on eût jamais importé d'Espagne : sa barbe se trouvait réduite aux plus petites dimensions tolérées parles règles de l'ordre, et sa tonsure était cachée sous une toque écarlale richement rehaussée d'or. Le templier avait également changé de costume; et quoique moins ornés, ses vêtements étaient aussi somptueux que ceux de son compagnon , en même temps que son aspect était plus imposant. Il avait remplacé sa cotte de mailles par une tunique de soie pourpre, garnie de fourrures, sur laquelle flottait à larges plis son long manteau d'une blancheur éblouissante ; la croix à nuit pointes de son ordre, en velours noir, se voyait sur sa poitrine. Sa toque élevée ne cachait plus .son front, ombragé seulement d'une courte et épaisse chevelure, laquelle, bouclée naturellement et d'un noir de jais, s'alliait assez bien avec son teint extraordinairement basané. Rien de plus majestueux que le port et les manières du chevalier, si elles n'eu.ssent pas été gâtées par cet air de hauteur que donne J'habitude d'une autorité absolue. Ces deux éminents personnages étaient suivis de leur cortège respectif, et un peu plus en arrière venait leur guide, dont l'extérieur n'avait de remarquable que son costume de pèlerin. Son grand manteau de serge noire et grossière, l'enveloppant de la tête aux pieds, avait la forme de celui d'un hussard de notre temps, avec un collet rabattu, pour couvrir les bras : c'est ce qu'on appelait alors un Sclavonicn. De grossières sandales, attachées à ses pieds nus avec des courroies ; un large et lourd chapeau dont le bord était garni de coquilles; un long bâton ferré, à l'extrémité duquel était fixée une branche de palmier : voilà tont ce qui composait son équipement. Il marchait modestement derrière le dernier des valets ; et. au moment où il entrait dans la salle, ayant remarqué que la partie infiTieurede la table siiftirait à peine aux gens de Cedric et à la suite de sis hôtes, il alla occuper un banc placé sous une des larges cheminées. Là il sembla s'occuper à sécher ses vêlements en attendant que la retraite de quelque convive lui fit jiNice à la table, ou que l'hospitalité de l'in
LES VEILLEES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
iciulant lui envoyât quelques rarraichissemeuls dans cet endroit écarté.
Cedric se leva pour recevoir ses hotcs: — Je suis affligé, dit-il, vénérable prieur, qu'un vœu solennel m'empêche de faire plus de trois pas en avant de mon siège; j'en suis t'àclié surtout lorsqu'il S'agit de recevoir dans le manoir de mes ancêtres des hôtes aussi distingués que vous et ce vaillant chevalier de la sainte milice du Temlile : mon inlendant a dû vous exposer la cause de mon apparente incivilité. Veuillez m'excnser également de vous parler dans ma langue matenffelle, et, si elle ne vous est pas inconnue, daignez vous en servir vous-mêmes. Dans le cas contraire, servez-vous de l'idiome normand : je crois le connaître assez pour vous comprendre.
— Hiinoralile franklin, répondit le prieur, ou plutôt digne Ihane, quoique ce titre soit tombé en désuétude, tous les vœux doivent être remplis : ils nous attachent au ciel comme les chaînes qui lient la victime à l'autel. Quant à l'idiome, je ferai volontiers usage du vôtre: c'était celui de ma respectable ^ïeule Hilda de Middlehara, qui, de même que sa patronne, la bienheureuse Hilda de Whitby, mourut en odeur de sainteté.
Oés que le prieur eut terminé ce qu'il considérait comme une harangue conciliatrice, son compagnon, prenant la parole, dit d'un ton bref et hautain : — Je parle toujours français, c'est la langue du roi Richard et de sa noblesse ; cependant je comprends assez l'anglais pour communiquer avec les naturels du pays.
Cedric lui laiiça un de ces regards de colère et d'impatience que toute comparaison entre les nations rivales ne manquait jamais de provoquer chez lui ; mais, se rappelant les devoirs de l'hospitalité, il ne témoigna pas son ressentiment d'une manière plus ostensible, et il offrit à ses hôtes par un simple geste deux sièges placés près de lui. .mais un peu plus bas une le sien ; puis il fit signe à ses serviteurs de servir le souper. Pendant que ceux-ci se hâtaient d'obéir aux ordres de leur maître, son œil distingua Gurth le porcher, qui , avec sou compagnon Wamba, venait d'entrer dans la salle. — Envoyez-moi ces deux fainéants, dit le Saxon avec impatience.
Les coupables se trouvant en sa présence : — Comment se fait-il, coquins, que vous soyez restés dehors jusqu'à cette heure? Et toi, Gurth, as-tu ramené ton troupeau, ou l'as-tu abandonné à la merci des outlaws et des maraudeurs? — N'en déplaise à Votre Seigneurie, le troupeau est en sûreté. — Mais, drôle que tu es, il ne me plaît pas de passer deux heures à supposer le contraire et à méditer sur la manière dont je tirerai vengeance do voisins qui ne m'ont fait aucun tort. Si tu t'avises de recommencer, les fers et la prison seront ta récompense, je t'en avertis.
Gurth, qui connaissait l'humeur irritable de son maître, , ne chercha point à s'excuser; mais le bouffon, qui se fiait à l'indulgence de Cedric et à ses privilège de fou, répondit pour lui-même et pour Gurth ; — En vérité, oncle Cedric, vous n'êtes ni sage ni raisonnable ce soir. — Tais-toi, Wamba! Si tu donnes un trop libre cours à tes bouffonneries, je te ferai conduire à la loge du portier pour y later de la discipline. — Avant d'en venir à cette extrémité, que Votre Grâce me dise s'il est juste et raisonnable de punir quelqu'un pour les fautes d'un autre. — Non sans doute, imbècille. — Alors, notre oncle, pourquoi puniriez-vous ce pauvre diable de Gurth pour la faute commise par soji chien Fangs? Nous .nous sommes hàlés autant que possible; mais, avant que Fangs fût parvenu à réunir le troupeau, le dernier coup des complies était sonné. — Alors, si Fangs est coupable, il faut le pendre et chercher un autre chien. — Avec votre permission, notre oncle, cela ne serait pas encore tout-à-fait conforme à une rigoureuse justice ; car aucune faute n'a été commise par Fangs, qui, étant boiteux, n'a pu rassembler les pourceaux : les vrais coupables, ce sont ceux qui ont arraché à cette pauvre bête si'.s deux griffes de devant. — Et qui a osé estropier un animal appartenant à un de mes vassaux? dit le Saxon enflammé de colère.
— C'est le vieux Hubert, garde-chasse de sir Philippe de Malvoisin. Ayant attrapé Fangs dans la forêt, il a feint de croire qu'il chassait, in contravention aux lois, les daims de son maître : alors... — Que !e diable em|iorte Malvoisin et son garde ! s'écria le Saxon ; je leur prouverai, aux termes de la grande charte des forêts, que ce bois-là i:A compris dans les liois privilégiés. Mais c'en est assez, regagne ta place. Quant à toi, Gurth, tu prendras un autre chien, et que toutes les malédictions dues à la lâcheté tombent sur moi, si, dans le cas où il oserait recommencer, je ne coupe au garde l'index de la main droite, a(în del'empècher de jamais lancer une flèche... Je vous demande pardon, mes dignes hôtes; mais je suis entouré de voisins Mue je puis comparer à vos infidèles de la Terre-Sainte, seigneur I hcvalier. Le souper est servi, veuillez commencer, et puisse mon l'Oii accueil devenir une sorte de compensation pour la mauvaise chère que vous ferez!
Telle était cependant la somptuosité du festin, que le seigneur du manoir n'avait nullement besoin de réclamer l'indulgence de ses hôtis De la viande de porc, préparée de diverses manières, garnissait la partie inférieure de la table ; sur le haut bout on voyait des volailles, du daim, du chevreau, des lièvres, diverses es[ièces de poissons, de gros pains, des gâteaux et divers mets composés de IViiits et de miel. Les petits ojseaux sauvage», dont il y avait at)on-
dance, n'étaient pas servis sur des plats, mais enfilés dans des brochettes de bois: les pages les présentaient successivement à chaque convive, qui en détachait ce que bon lui semblait. Une coupe d'argent était placée devant chaque personnage de distinction ; à la table inférieure, on buvait dans de larges cornes.
Le repas allait commencer, quand le majordome, élevant tout-àcoup sa baguette, s'écria : — Place! place à lady Rowena! Une porte latérale s'ouvrit, et lady Rowena fit son entrée, suivie de quatre de ses femmes. Cedric, quoique surpris, et probablement d'une manière peu agréable, de la voir paraître en cette occasion, se hâta d'aller au-devant d'elle, pour la conduire avec un respectueux cérémonial vers le grand siège placé à sa droite et réservé à la dame du manoir. Tous les convives se levèrent pour la recevoir. Répondant à leur courtoisie par un salut muet, elle s'avança gracieusement pour prendre sa place au banquet ; et, avant qu'elle se fût assise, le templier dit tout bas au prieur : — Je ne porterai point votre collier d'or au tournoi ; le vin de Chio vous appartient. — Ne vous l'avais-je pas dit? Mais retenez vos transports : le franklin vous regarde.
Peu soucieux de cet avis et accoutumé d'ailleurs à se conduire d'après sa propre impulsion , Brian de Bois-Guilbert tint ses yeux constamment attachés sur Rowena., dont la beauté faisait sur lui une impression d'autant plus forte qu'elle différait entièrement de celle des femmes qu'il avait vues dans l'Orient. Admirablementconformée, Rowena était d'une taille élevée, non assez cependant pour exciter la surprise. Son teint était d'une blancheur éclatante; inais la noblesse de ses traits excluait cette fadeur dont ne sont pas toujours exemptes les blondes les plus séduisantes. Ses yeux bleus, surmontés de sourcils tracéis avec grâce, semblaient créés pour captiver et attendrir, comme pour commander ou prier. Si la douceur était l'expression naturelle de sa physionomie, il était évident que l'exercice journalier du commandement et l'habitude de recevoir des hommages lui avaient donné une sorte de fierté qui se mêlait à un caractère nalurclleuient bon. Sa chevelure, d'une belle nuance entre le châtain et le blond , était disposée en boucles gracieuses et innombrables, dues à l'art autant qu'à la nature : chargée de bijoux précieux et portée dans toute sa longueur, cette belle chevelure annonçait la condition libre et la haute naissance de la jeune Saxonne. Une chaîne d'or, à laquelle pendait un petit reliquaire de même métal, ceignait son cou plus blanc que l'ivoire. Ses bras étaient nus et ornés de bracelets. Sa parure consistait en une robe de dessous et un jupon de soie vert de mer, avec une robe flottante qui descendait à peine jusqu'à terre et dont les larges manches ne dépassaient pas le coude. Cette seconde robe était cramoisie et d'une laine très fine. Un voile d'étoffe de soie mêlée d'or était attaché de façon à pouvoir couvrir à volonté son visage et son sein , à la mode espagnole, ou à former une sorte de draperie sur ses épaules.
Quand lady Roweaa vit les yeux du templier fixés sur elle, ces yeux qui, roulant dans de noires orbites, pouvaient être comparés à deux charbons ardents, elle abaissa d'un air plein de dignité soa voile sur sa figure, comme pour faire coraprenare à l'étranger que celte liberté lui déplaisait. Cedric vit ce mouvement et en comprit la cause. — Sire templier, dit -il, les joues de nos jeunes filles saxonnes ont trop peu vu le soleil pour supporter les regards d'un croisé. — Si j'ai commis quelque offense, reprit Bois-Guilbcrt, j'implore votre pardon, c'est-à-dire celui de lady Rowena, car mon humilité ne peut s'étendre plus loin. — Lady Rowena, intervint le prieur, nous a punis tous en réprimantia hardiesse de mon ami. J'espère qu'elle sera moins cruelle au splendide tournoi où nous aurons le bonheur de la retrouver. — Il est encore douteux que nous y paraissions, répliqua Cedric. Je n'aime pas ces vanités inconnues à mes ancêtres lorsque l'Angleterre était libre. —Qu'il nous soit cependant permis d'espérer, reprit le prieur, que nous vous- déterminerons à y venir avec nous. Les routes sont peu sûres, et un chevalier tel que Brian de Bnis-Guilbert est une escorte respectable. — Sire prieur, répondit le Saxon, jusqu'à présent je n'ai eu besoin d'autre escorte pour voyager dans ce pays que celle de mes gens et de mon épée. Si nous allons visiter Ashby-de-la-Zouche, nous serons accompagnés de mon noble voisin et compatriote Athclstane de Coningsburgh, et d'une suite capable de défier également les outlaws «t^t les barons ennemis... Je liois à votre santé, sire prieur, ce vin dont j'espère que vous serez content, et je réponds ainsi à votre courtoisie. Si néanmoins vous étiez assez rigide observateur de la règle du cloître pour préférer votre lait aigri, je n'ai pas intention de vous obliger à me faire raison de cette manière.— Non, dit le prieur en souriant, ce n'est que dans notre abbaye que nous nous astreignons au lac dulce ou au lac acidum. Dans le monde, nous suivons les usages du monde, et je vais répondre à votre santé atec la même liqueur, laissant l'autre breuvage à nos frères lais. — Et moi, dit le templier en remplissant sa coupe, jeboisàlasantéde labelleRowena, car depuis que ce nom estconnu en Angleterre, jamais pcrsonnen'aniieux mérité J» semblable tribut. Par ma foi, je pardonnerais au malheureux Vortigern , si l'homonyme beauté qui lui fit [îerdre son royaume et l'honneur avait eu la moitié des attraits de celle que nous voyons en ce moment. — Je vous dispense de tant de courtoisie, sire chevalier, dit Rowena avec dignité et sans lever son voile; ou plutôt je vais
IVANHOK.
mettre votre complaisance à contribution en \ous priant de nous donner des nouvelles récentes de la Palestine, sujet plus agréable à nos oreilles anglaises que les compliments diclés.par votre éducation d'outre-mer. — Je n'ai rien de bien important à vous apprendre, belle lady, répondit Brian de Bois-Guilbert, si ce n'est que le bruit d'une trêve avec Saladin se confirme.
11 fut interrompu ici par Wamba, qui s'était assis à sa place ac- «outuniée, sur un siège décoré de deux oreilles. d'âne et placé derrière celui de son maître. Là le bouffon recevait de temps à autre quelques morceaux pris sur l'assiette de Franklin ; faveur que toutefois Wamba partageait avec les chiens favoris, dont un certain nombre, ainsi que nous l'avons déjà dit, jouissaient du privilège d'être admis sous le dais. Placé ainsi devant une table, les talons appuyés sur le bâton de sa chaise, les joues tellement creuses que ses mâchoires ressemblaient à un casse-noisettes, elles yeuxàdemi fermés, Wamba saisissait toutes les occasions d'exercer sa bouffonnerie parfois impertinente. — Ces trêves avec les infidèles, s'écriat-il sans s'inquiéter de la brusquerie avec laquelle -il coupait la parole au fier templier, me vieillissent considérablement. — Que veux-lu dire, fou? demanda Cedric dont la physionomie annonçait un accueil favorable aux quolibets du bouffon. — C'est, répondit Wamba, que je m'en rappelle trois faites de mon temps, dont chacune devait durer cinquante ans; de sorte que, tout bien compté, je dois avoir au moins cent cinquante ans. — Ah ! je t'cmpècberai bien de mourir de vieillesse, dit le templier qui reconnut alors son ami de la forêt. Je te préserverai de toute fin autre qu'une mort violente, si tu donnes aux voyageurs égarés des indications pareilles à celles que tuas transmises ce soir au prieur et à moi. — Comment, scélérat! dit Cedric, tromper des voyageurs! Tu mérites de passer par les verges, car tu es pour le moins aussi méchant que fou. — Je t'en prie, oncle, reprit le bouffon, permets que la folie protège cette fois la malice; je n'ai commis qu'une légère erreur en prenant ma main droite pour ma main gauche ; et celui qui choisit un fou pour conseiller et guide peut bien me pardonner, car il commet une folie plus grande encore.
La conversation fut interrompue par l'arrivée du domestique
filacé à la porte, qui annonça qu'un étranger demandait l'hospitailé. — Qu'on le fasse entrer, dit Cedric, quel qu'il soit: dans une nuit comme celle-ci, les animaux sauvages eux-mêmes cherchent la protection del'linmme, leur mortel ennemi, plutôt que de périr sous la fureur des éléments conjurés. Qu'on lui donne ce dont il a bes&in ; veille à cela, Oswald. Le domestique sortit immédiatement pour faire exécuter les ordres de son maître.
CHAPlTRli V.
Bientôt Oswald, étant rentré, s'approcha de son toaitre, et lui dit bas à l'oreille : — C'est un juif, appelé Isaac d'York. Dois-je l'introduire?— Que Gurlh se charge de tes fonctions, 0.s\vald ! cria le bouffon avec son effronterie habituelle : un gardeur de |iourceaux e.st un introducteur tout-à-fait convenable pour un juif. — Sainte Marie! s'écria le prieur se signant, admettre en notre présence un pareil mécréan'! — Un chien de juif, dit le templier faisant écho, approcher un défenseur du saint Sépulcre! — Par ma foi, murmura Wamba, il paraîtrait que les templiers préfèrent l'argent des juifs à leur compagnie. — Mes dignes hôtes, interrompit Cedric, mon hospitalité ne doit pas être limitée par vos antipathies. Si le ciel a supporté cette race de mécréants opiniâtres pendant plus d'années qu'un laïque n'en saurait compter, nous pouvons bien endurer pour quelques heures la présence d'un juif. D'ailleurs je ne contrains personne à causer ou à manger avec lui. Qu'on lui donne un coin et un morceau à part, à moins, ajouta-t-il en souriant, que ces étrangers à lurban ne veulent l'admettre dans leur compagnie. — Sire Franklin, répondit le templier, mes esclaves sarrasins sont il: vrais musulmans, et ils n'ont pas moins de méiiris pour lesjuifs qu'un cîrcticn même. — Ma foi, murmura encore Wamba, je ne vois pas que les sectateurs de Mahomet et de Termagant aient un si grand avantage sur un peuple autrefois choisi de Dieu! —11 .s'assiéra près de loi Wamba, dit Cédric, un fou et un juif doivent aller de compagnie. — Le fou, répliqua Wamba en élevantles reslcsd'un jambon qu'il tenait à la main, saura se faire un rempart contre un Israëiitr. — Silence, dit Cédric, le voici!
Introduit sans aucune cérémonie, et g'avaiiçant avec crainte et itésitation, en redoubla.it ses profonds saluls, un vieillard maigre et de haute taille, mais qui avait perdu, |>ar l'haljitude de se courber, quelque chose de sa stature, s'approcha du bout inférieur de la table. Ses traits ouverts et réguliers, son nez aquïlm, ses yeux noirs et perçants, son front haut ei ridé, ses cheveux et sa barbe grise, lui auraient donné un air resprtlablc, si .>a [diysiunomie, toute typique, n'eût révélé le d( sccndant d'uue race ijui, dans ces temps de barbarie ul d'ignorance, était à la fols délestée par le vulgaire uubu
de préjugés, et persécutée par une noblesse avide et rapace : hélas ! et c'est peut-être même à la haine et aux actes tyranniques dont el'o était l'objet que cette nation dispersée devait ce caractère univcrM | dont les traits prédominants, pour n'en pas dire davantage, élnicnt la bassesse, l'avarice et la cupidité. Les vêtements de l'Israélite, q,ii paraissaient avoir été percés par l'orage, consistaient en un lar-e manteau brun, dont les plis nombreux recouvraient une tuni(iut' d'un pourpre foncé. 11 avait de grosses bottes garnies de fourrur s. un ceinturon qui soutenait un petit couteau de chasse, avec un appendice destiné à loger son ccritoire, mais aucune autre arme 11 portait un bonnet jaune, carré par le haut, d'une forme imposée à sa nation pour la distinguer des chrétiens, et qu'il ôta d'un air rLiupli d'humilité dès la porte de la salle. La réception que lui lit [r le Saxon eût satisfait l'ennemi le plus fanatique des tribus d'Isra.Ji ; car il ne répondit à ses salutations réitérées que par un hautain i-igne de tète, et en lui indiquant de la main une place au bout in plus bas de la table, oii cependant personne ne voulut le recevoir. Au contraire, à mesure qu'il longeait la file, jetant un regard timide et suppliant sur chacun de ceux qui occupaient cet endroit, il ne recevait que rebuffades desdomestiques saxons, lesquels élargissaient leurs épaules et leurs coudes, tout en continuant de dévorer leur souper et sans s'inquiéter aucunement des besoins du nouvel hole. Les gens du prieur faisaient des signes de croix accompagnés de regards dans lesquels se peignait une pieuse horreur; et les Sarrasins, lorsque Isaac arriva près d'eux, retroussèrent leur mouslaLlie avec indignation, portant la main sur leur poignard, comme s'ils fussent prêts à user de ce moyen extrême pour éviter la souillure ilu contact d'un iuif. Les mêmes motifs qui avaientengagé Cedric à nuvrir sa maison à cet enfant d'un peuple réprouvé l'auraient prot ablement décidé à gourmauder ses domestiques en leur imposant quelques égards pour le pauvre Isaac; mais eu ce moment le pririnoccupait son attention par une intéressante discussion sur l'éiUnation et le caractère de ses chiens favoris, discussion qu'il n'aurait pas interrompue pour des sujets même plus importants que les tri bulations d'un juif. Mais voyant Isaac traité comme son i)euple au milieu des nations, le pèlerin, assis près de la grande cheminée, en eut compassion et lui céda son siège avec ce peu de mots : — ■Vieillard, mes vêtements sont secs, ma faim est apaisée; toi, tu es mouillé et pressé de besoin.
En parlant ainsi, il rapprocha et ranima des tisons dispersés dans l'immense cheminée, prit sur la grande table une assiette de potage avec quelques morceaux de chevreau bouilli, et plaça le tout sur une petite table sur laquelle il avait lui-même soupe; puis, sans écouler les reniercîments du juif, il se dirigea de l'autre côté de la salle, soit qu'il vouliit éviter toute communication avec l'objet de sa bienveillance, soit qu'il désirât se rapprocher du haut bout de la table.
S'il se fût trouvé alors, et dans quelque coin delà salle, un peintre capable de dessiner un sujet ^tel que le juif à tête chauve, étendant sur le feu ses mains sèches et tremblantes, il eût composé une véritable personnification de l'hiver. A peine réchauffe, Isaac s'empara du plat fumant qui était devant lui et se mit à manger avec un appétit aiguisé par une longue abstinence. Cependant le prieur et Cédric continuaient leur dissertation sur les chiens; lady Rowi;na paraissait engagée dans une conversation avec une de ses suivantes, et l'orgueilleux templier, dont les yeux erraient tour à toiir sur le juif et sur la belle Saxonne, semblait rouler dans son esprit de sinistres pensées. — Je m'étonne, digne Cedric, disait l'abbé, noiiolistant votre prédilection pour votre énergique idiome, que vous n'av/. pas admis le français-normand, au moins en ce qui regarde les ii imes qui expriment les stratagèmes et les usages de la chasse. A^Mlrément nul langage n'eslau.ssi riche en phrases variées et ne fournit autant de raovens d'exprimer tous les incidents de cet art joyeux , si cher à l'homme qui vit au milieu des bois. — Bon père Aymer, r. pondit le Saxon, sachez que je me soucie peu de ces raffineuii nts qui nous viennent d'outre-mer; je sais goûter sans eux les plaisir^ de lâchasse. Je puis sonner du cor sans appeler mes fanfares nm; réveillée ou une mor<; je puis pousser ma meute sur le gibier et cmiper l'animal en quartiers, quand il est pris, sans me servir de ( ■ nouveau jargon de curée, de nonibtes et de tout le l)avardai.'e ni seignc dans vos livres. — Le français, dit le templier en haussant la voix du ton présomptueux qu'il prenait en pareilles occasions, ir.--t lias seulement l'idiome naturel de lâchasse, il sert à l'amour rt ,» la guerre ; il captive la beauté et met l'ennemi en fuite. — Sire tnnplier, dit Cedric, videz votre coupe, remplissez la coupe du pn. nr, tandis que je vais remonter à quelques trente ans pour vousconi i' une histoire. Tel que j'étais alors, je n'avais pas besoin d'empKn, r les (leurs dd langage des troubadours quand je .parlais à une jiiim; beauté ; cl les champs de Northallerton, le jour de la bataille du Sainl-Elendard, pourraient dire si le cri dcguerre saxon ne retciiiit pas aussi loin dans les rangs de l'armée éco.ssaise (ju'aurait pu porter ta voix du plus courageux baron de Normandie. A la uienioiro des braves qui combattirent dans cette journée! Kaites-moi raison, mes hôtes.
Il vida sa coupe d'un tmit, puis reprit uvec uue cLuleur toujour»
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croissante : — Oui, ce fut un jour mémorable que celui où nos boucliers sentre-choquèrent! cent bannières flottaient sur la tète des braves, le sang coula par torrents, et la mort était préférable à la fuite. Un barde saion eût appelé celte journée la Fête des épées, un rassemblement d'aigles fondant sur leur proie, le choc redoutable ;'.C5 lances sur les boucliers et les hauberts, un bruit de guerre plus veux que les chansons d'une noce. Mais nos bardes ne sont plus, 1 is exploits se mêlent confondus avec ceux d'une autre race; notre tangage, notre nom même, sont près de s'éteindre, et il ne reste pour ^es pleurer qu'un vieillard orphelin... Echanson paresseux, remplis donc les coupes. .\u\ plus braves en armes, sire templier, quelles î'.ie soient leur race et leur langue! à ceux qui maintenant conibatiit en Palestine pour la défense de la croix! — 11 ne sied guère à l' lui qui porte l'emblème de la Rédemption, répondit Brian de Bols-Guilbert, de répondre à un pareil toasi; cependant à qui pourfait-on, entre les champions du saint Sépulcre, décerner la palme \iu tviomphe, si ce n'est aux braves chevaliers du Temple? — Elle '.pparlient aux chevaliers hospitaliers, dit le prieur : j'a! un frère dans leur ordre. — Je ne prétends pas rabaisser la gloire de ces dignes serviteurs, reprit le templier; cependant... —Je crois, ami Cedrie, s'écria Wamba interrompant Bois-Guilbert, je crois que si Richard-Cœur-de»Lion eût pris conseil d'un fou, il fût resté chez lui a-recses braves Anglais, et eût laissé l'honneur de délivrer Jérusalem à ces mêmes chevaliers qui s'y trouvaient le plus intéressés. — ffy avait-il donc aucun guerrierdans l'armée anglaise, demanda lady Rowena, dont le nom mérite d'être cité avec ceux des chevaliers du Temple et de Saint-Jean? — Pardonnez-moi, belle étrangère, répondit le templier : le monarque anglais était accompagne en Palestine d'une foule de braves qui ne le cédaient qu'à ceux dont les poitrines ont été constamment le boulevart de cetle sainte contrée. — Qui ne le cédaient à personne! s'écria le pèlerin qui avait écouté jiisque-là le dialogue avec une impatience marquée. Cette interruption attira sur-le-champ tous les yeux vers lui. Je soutiens, répétal-il d'une voix ferme et hauie, que les chevaliers anglais ne se sont înontrés inférieurs à aucun de ceux qui avaient déjà tiré l'épée pour la défense de la Terre-Sainte; je soutiens en outre, comme témoin du fait, que le roi Richard lui-même et cinq de ses chevaliers, après la prise de Saint-Jean-d'Acre, donnèrent un tournoi dans lequel ils défièrent tout venant ; je soutiens, dis-je, que ce jour-là même chacun deces chevaliers fournit trois courses et désarçonna trois de ses antagonistes; j'ajoute que sept des assaillants étaient chevaliers du Temple, et sir Brian de Bois-Guilbert peut confirmer la vérité de ce que j'avance.
Il serait impossible de décrire la rage qui, à ces paroles, rembrutiit encore la sombre physionomie du templier. Dans son trouble et son ressentiment, il jiorta involontairement la main sur la garde de son épée et peut-être ne fùt-il retenu, au moment de la tirer, que par la conviction qu'aucun acte de violence ne pourrait être commis impunément dans un tel lieu et devant une pareille assemblée. Cedric, dont les sentiments étaient droits et simples, et dont l'esprit embrassait rarement plus d'une idée à la fois, ne put, au milieu de sa joie quand il entendit relever la gloire de ses compatriotes, remarquer la colère de son hôte. — Pèlerin, s'écria-t-il, je te donnerais ce bracelet d'or si tu pouvais me dire les noms des chevaliers qui soutinrent si dignement la gloire de la joyeuse Angleterre. — Je le ferai volontiers, reprit le pèlerin, et cela sans guerdon, car j'ai fait vœu de ne pas toucher d'or pendant un certain temps. — Je
, porterai le bracelet pour vous, si vous voulez, ami pèlerin, dit Wamba. — Le premier par le renom et le rang fut le brave Richard, roi d'Angleterre. — Je lui pardonne alors de descendre du
' tyran Guillaume — Le comte de Leicester fut le second, et sir Thomas Multon de Gilsland fut le troisième. — Au moins celui-ci est d'origine saxonne, dit Cedric triomphant. — Le quatrième sir Foulk Doilly. — S.îxon également par sa mère, continua Cedric. qui écoutait avec le plus vif intérêt, oubliant, du moins en partie, sa haine contre les ISormands, dans le commun triomphe du roi d'Angleterre et de ses insulaires. Et le cinquième? — Sir Edwin Turneham. ; — Véritable Saxon, par l'àme d'Hengist ! Et le sixième? quel est le nom du sixième? — Le sixième, dit le pèlerin après une pause, dans laquelle il parut se recueillir, était un jeune chevalier d'un moindre renom et d'un rang moins élevé, admis sous cette honorable bannière, moins pour aider à l'entreprise que pour faire nombre. Son nom n'est pointrestcdans ma mémoire. — Sire pèlerin, reprit Brian de Bois-Guilbert avec une sorte de dédain, ce manque de mémoire vient trop tard pour vous servir. Je vous dirai moi-même le nom du chevalier devant lequel la fortune de sa lance et la faute de mon cheval me firent succomber: c'était le chevalierd'lvanhoe(l);etnul, entre les six, n'acquit plus de gloire, quel que fût son âge. Toutefois, je dirai hautement que s'il était en Angleterre et qu'il o.sàt rc-
■ nouveler dans le tournoi de cette semaine le cartel de Saint-Jeand'.\cre, monté et armé comme je le suis maintenant, je Iuj donnerais le choix des armes et m'inquiéterais peu de l'issue du combat. -^Le défi serait bientôt accepte si votre antagoniste était ici. Mais
.;i)On prononce Aïvenhô ou tout au moins Ivanhô; mais non Ivanhoé.
ne troublons point la paix de celte maison hospitalière par des fanfaronades qui, vous le savez bien, ne sauraient être mises à l'épreuve. Que jamais Ivanhoe revienne de la Palestine, et je me fais sa caution : il se mesureraavec vous.— Bonne caution que la vôtre! quel gage en donnerez-vous?— Ce reliquaire, dit le pèlerin en tirant de son sein une petite boite d'ivoire, et après avoir fait respectueusement le signe du chrétien; ce reliquaire contient un morceau de la vraie croix : je l'ai rapporté du monastère du Mont- Carmcl.
Le prieur de Jorvaulx fit aussi un signe de croix, et récita un Pater auquel tcut le monde se joignit dévotement, sauf le juif, les musulmans et le templier, lequel, sans ôter sa toque, ou témoigner aucun respect pour la sainteté de cette relique, détacha de son cou une chaîne d'or, et la jeta sur latable en disant : —Que le prieur Aymer garde mon gage et celui de ce vagabond inconnu : il est ainsi garanti que le chevalier Ivanhoe, reparaissant dans la Grande-Bretagne, relèvera le gant que lui jette Brian de Bois-Guilbert, faute de quoi ledillvanhoesera proclamé lâche et felon dans toutes les commanderiesdu Temple en Europe. — 11 ne sera pas nécessaire, dit Rowena rompant le silence ; ma voix sera entendue, si aucune autre ne s'élève ici en faveur d'ivanhoe absent. J'affirme qu'il accepte avec joie tout cartel honorable; et si ma faible garantie pouvait ajouter à l'inappréciable gage de ce saint pèlerin, je répondrais sur ma tète et sur mon honneur, qu'lvanhoe saura donner à ce fier chevalier toute espèce de satisfaction.
Une multitude d'émotions opposées semblaient avoir absorbé l'âme de Cedric, qui demeura silencieux durant cette discussion. L'orgueil satisfait, le ressentiment, l'embarras, coloraient et pâlissaient tour à tour le front large et ouvert du Saxon, comme l'ombre des nuages glisse sur un champ couvert d'épis dorés et ondoyants, tandis que tous ses serviteurs, chez qui le nom du sixième chevalier semblait avoir produit un effet électrique, demeuraient en suspens, les yeux attachés sur leur maître. Mais lorsque Rowena eut parlé, le son de sa voix fil tressaillir Cedric, et il rompit le silence. — Lady Rowena, dit-il, ceci est de tro[i : s'il était besoin d'une autre garantie, moi-même, tout offensé et justement offensé que je suis, je répondrais sur mon honneur de celui d'ivanhoe. Mais il ne manque rien aux gages du combat, même d'après les règles bizarres de la chevalerie normande. N'est-il pas vrai, prieur Aymer? — Vous dites vrai, répondit le prieur : la sainte relique et la superbe chaîne seront mises en sûreté dans le trésor de notre couvent jusqu'à la solution du défi.
Ayant ainsi parlé, il fit un nouveau signe de croix, et, après s'être agenouillé, il remit le reliquaire au frère Ambroise, un des moines de sa suite, tandis que lui-même, avec moins de cérénîonie, mais peut-être avec plus de satisfaction intérieure, déposa la chaîne d'or dans une poche, doublée de cuir parfumé, qui s'ouvrait sous son bras. — Maintenant, noble Cedric, dit-d, grâce à la force de votre bon vin, il me semble entendre toutes les cloches de mon couvent qui sonnent les vêpres à mes oreilles. Permettez-nous donc de vider une dernière coupe en l'honneur de la belle Rowena, et de nous livrer ensuite aux douceurs du repos. — Par la croix sainte ! dit le Saxon, vous faites peu d'honneur à votre réputation, sire prieur : la renommée vous dépeint comme un joyeux- moine qui entendrait sonni'.r matines avant de quitter le verre ; et cependant, vieux comme je suis. Vous craignez de succomber en luttant avec moi! Sur ma foi! un enfant saxon de douze ans n'eût pas, de mon temps, abandonné sitôt la partie.
Le prieur avait ses raisons pour persévérer dans son système de tempérance : ami de la paix par profession, il avait en outre une aversion naturelle pour les querelles. Que sa prudence vînt de sa charité pour son prochain ou de son amour pour lui-même, ou bien encore de ces deux causes réunies, c'est ce que nous ne saurions affirmer. Présentement il craignait que le caractère altier du Saxon et l'humeur non moins impétueuse du templier ne finissent par amener une explosion.il insinua donc adroitement l'incapacité de tout homme né hors d'Angleterre pour lutter dans le joyeux conflit du verre avec une forte tête saxonne; il dit aussi quelques mots sur le caractère dont il était revêtu, et finit en demandant avec instance que chacun allât se livrer au repos. Le coup du départ fut servi à la ronde, et les étrangers, après avoir salué profondément Cedric et lady Rowena, qui sortaient de la salle par la porte du fond, s'apprêtèrent à suivre les domestiques qui devaient les conduire dans les chambres préparées pour chacun d'eux. — Chien de mécréant, dit le templier au juif en passant près de lui au milieu de la foule, iras-tu au tournoi ? — J'en ai le dessein, répondit Isaac en s'inclinant très bas, s'il plaît à Votre Vaillance. —Sans doute pour déchirer par ton usure les entrailles de nos nobles? reprit le templier. Je parie que tu as un magasin de shekels dans ton sac judaïque. — Pas " un seul, j'en prends à témoin le Dieu d'Abraham, ajouta-t-il enjoignant les mains ; je vais seulement implorer l'assistance de quelques frères de ma tribu pour payer la ta.te que l'échiquier des juifs m'a imposée. Que Jacob me soit en aide! je suis tout-à-fait ruiné : le manteau que je porte, je l'ai emprunté de Reuben de Tadcaster.
Le templier sourit amèrement et répondit : — Maudit sois-tu
IVANHOE
Sour ta fausseté, misérable menteur. Puis s'él(>ii:;nant comme s'il eut édai?;né de s'entreleuir davantage avec le réprouvé, il se rapprocha de ses esclaves sarrasins aux:|uelj il parla dans une langue inconnue. Le pauvre juif parut si interdit de l'apostrophe du moine militaire, que celui-ci avait déjà gagné l'extrémité de la salle avant qu'lsaac eut relevé la tète et se fût aperçu de son départ ; alors il regarda autour de lui avec l'air étonné d'un homme aux pieds duquel la foudre vient de tomber et dont les oreilles sont encore assourdies par ce bruit terrible.
Le prieur et le chevalier furent condiiits dans leurs appartements par l'intendant et l'échanson. précédés de deux porte-flambeaux, et suivis par deux autres domestiques charges de rafraîchissements, tandis que des valets d'un rang inférieur indiquaient aux gens de la suite les chambres où ils devaient passer la nuit.