‹ WaverleyChapitre 8 sur 231 · LA CHAISE DE SAIST-SWITHIN · texte numérisé non relu

LA CHAISE DE SAIST-SWITHIN

I..a veille do Toussaint, pour n'être point maudit, Les doigts dans l'eau bénite, i la main Ion rosaire, Que le signe de croix précède la prière Et dis ave, credo, quand ton paler est dit.

Nous ne transcrivons ici que la première strophe de cette pauvre complainte, que Hose elle-même n'acheva pas; car elle s'arrêta tout à coup en disant : — Je suis fâchée de tromper l'atlente de la compagnie, et surtout celle du capitaine Waverley, qui m'écoute avec une altenlion si méritoire. Ceci n'rst ((u'un fragment; il y a encore daulics couplets où se trouvent décrits le rclotir d'un baron de ses longues guerres, et la manière dont .sa femme fut trouvée, froide comme la pierre, sur le seuil de la porte. — C'est une de ces flclions, ajouta M. Rradwardinc , qui dans les temps de superstition ont dénaturé les histoires des familles les plus distinguées , comme il était arrivé dijà à Rome et cIhz les autres nations de l'antiquité, ainsi que vous pouviv. le voir, monsieur, dans l'histoire ancienne ou le petit ouvrage compilé par Julius Obsequens, — Mon père n'est jitfi; du loul partisan du merveilleux, capitaine Waverley , dit Ro.se;

il lui est arrivé de garder un sang -froid imperturbable pendant qu'un synode de presbytériens était dispersé par l'apparition soudaine de l'esprit malin.

Waverley regarda miss Bradwardine de manière à lui faire comprendre qu'il désirait connaître cette histoire tout entière. — Voulez-vous , dit-elle , que je vous rapporte le fait, comme je vous ai chanté la légende? eh bien : 11 \ avait une fois une vieille femme appelée Jeannette Gellatley , qui demeurait dans ce village et qui passait pour sorcière d'après des signes infaillibles. Elle était très vieille, très laide et très pauvre , et avait deux fils , dont l'un était poète et l'autre aliéné ; et l'on prétendait dans le voisinage que la mère avait jeté un sort sur ce dernier. On emprisonna la pauvre femme pendant une semaine dans le clocher delà paroisse ;'on ne lui donna que peu d'alimenls, on l'empêcha de dormir; elle en vint alors à se persuader à elle-même qu'elle était sorcière , comme l'affirmaient ses accusateurs; et ce fut dans ce calme et cette lucidité d'esprit qu'on lui ordonna de faire une confession entière devant la noblesse whig et les ministres du voisinage, qui n'étaient pas de grands sorciers. Mon père se rendit au lieu désigné pour voir ce beau procès entre la sorcière et le clergé , la femme étant née dans ses domaines. Pendant qu'elle avouait que le diable lui était apparu sous la forme d'un beau jeune homme noir, ce qui, si vous aviez vu la pauvre Jeannette aux yeux cha.ssieux , vous eût paru faire peu d'honneur au goût de Satan ; pendant, dis-je , que tous les assistants l'écoutaient avec étonneraent, et que le greffier écrivait d'une main tremblante son procès-verbal, la pauvre femme, changeant tout à coup de ton , poussa des cris perçants et s'écria : « Prenez garde à vous ! prenez garde à vous ! je vois le diable assis au milieu de vous. » Une terreur extraordinaire s'empara aussitôt de tout l'auditoire, qui prit la fuite. Heureuses les personnes qui étaient près de la porte! quel desordre, quelle déroute de chapeaux, de coiffes, de bandeaux, de perruques, avant qu'on fût sorti de l'église, où il ne resta que mon excellent père, episcopal obstiné, pour arranger l'affaire, à ses ri.sques et périls, entre la sorcière et le prétendu démon ! — Risii solvuntur talmlœ, dit le baron. (Le rire termina le procès.) Quand ils furent revenus de leur terreur panique , ils en furent trop honteux pour continuer l'affaire de Jeannette Gellatley.

Cette anecdote jeta dans une longue discussion sur les sorciers, les devins , les fantômes et les histoires ou les contes que l'on en fait. C'est par cette conversation et les légendes merveilleuses qui l'entrecoupèrent que se termina la seconde journée du séjour de notre héros au manoir de TuUy-Veolan.

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