‹ WaverleyChapitre 82 sur 231 · INSCRIPTION · texte numérisé non relu

INSCRIPTION

« La patience attend le jour fixé par le Destin ; la force peut briser les obstacles. Guerrier, tu as veillé longtemps, et grâce à ta constance, grâce à ta vigueur, il t'est donné de conteni|der ce monument des anciens jours. Une main mortelle n'a point tracé le plan de cel édifice inébranlable : mais le donjon et ses tours se sont élevés du sein de l,i terre par la vertu des signes efficaces, et des sceaux inviolables, cl des paroles toutes puissantes. Regarde les dehors de l'édifice , fais-en le tour, et compte, situ le veux, les bastions, les créneaux, les tourelles : mais ne porte pas plus loin Ion audace. Franchir le seuil de celle porte, ce serait provoquer le Destin : la vigueur cl l'intrépidité ne te protégeraient pas... Regarde., et retourne sur les pas. »

— C'est ce que je pourrais faire, s'écria l'audacieux chevalier, si mes membres étaient cassés parla vieillesse, si mon sang appauvri coulait dans mes veines lent et froid comme les gouttes d'eau que le dégel détache des glaçons : mais tant que je le sentirai bondir dans moncœur, actif et chaleureux comme les vins pétillants de la France, tant que ce bras puissant maniera la lance et l'épée, je m'inquiéterai peu de ces menaces! Il dit, et d'une main vigoureuse, il ébranla le guichet ; aussitôt les verrous tout rouilles s'agitèrent avec un bruit aigre et de rudes grincements, et la porte tourna sur ses gonds : mais aussitôt qu'il eut franchi le seuil, et pendant qu'il s'avançait sous la voûte , un bras invisible repoussa la porte pesante, et les verrous se refermèrcmt spontanément : les arceaux du portail répondirent par un muriiuire sinistre à l'aigre frémissement du métal... — Maintenant le trébnchel est fermé, et la bète est prise; mais par la sainte croix ! celui qui voudra emporter la peau du loup pourra se repentir de son audace. En murmurant cesparoles, le chevalier s'avançait le long d'une pente rapide qu'éclairait une lumière douteuse.

Uiie porte ouverte, et qui n'était point gardée, le conduisit dans la cour extérieure du château : là, le corps même de l'édifice, immense en largeur comme en élévation, développaitsa longuesuitede salles ..t d'appartements, et ses tours de dimensions variées, toutes revêtues des ornements les plus délicats que l'ingénieux caprice de r.irt gothique ait jamais pu rêver. Mais entre le chevalier et la porte d'entrée , se trouvait un large fossé : il n'y avait ni pont ni bateau pour traverser ses eaux claires, profondeset paisibles. Aussitôt RolaU'l se dépouille de ses armes, de sa cuirasse d'acier et do sa cotte de hiailles, de son casque et de son bouclier qui portent les traces de tant de combats. Rien ne déguise alors sa taille qu'embellit une grâce toute vii-ile ; rien ne voile ses yeux noirs si perçants et ses beaux cheveux bouclés; il n'a plus d'autre arme que l'é[iée qu'il porte à la main, et son cœur intrépide n'est plus protégé que par le justaucor|is de buftleencore souillé des traces noirâtres dé la cuirasse et du haubert. C'est ainsi que Roland s'élance vers le large fossé.

Il s'y jette à la nage et atteint rapidement l'autre bord. Alors il pénètre dans le manoir, et se trouve dans une vaste salle dont les murailles sont ornées de tableaux représentant les hauts faits des anciens chevaliers. Ici, on les voit se rencontrant dans la lice , et on croirait ouïr le son des trompettes ; là, dans une caverne ou dans un désert, ils domptent un géant , bravent la fureur d'un griir.in on l'haleine enflammée d'un dragon. Leurs armes sont d'une forme étrange, et leurs traits ne semblent pas moins étranges que leurs armes : on reconnaît en eux des héros d'une race depuis longtemps éteinte, dont le nom même a disparu de la mémoire des hommes, et dont les exploits, oubliés sur la terre, ont été représentés dans ces lieux pour épouvanter les enfants d'un âge dé-

généré qui viendraient y braver le destin. Apres avoir passé quelques moments à contempler ces prodiges, l'aventureux chevalier se dirigea vers l'extrémité de cel appartement , où trois larges marches conduisaient à une porte cintrée , dans les larges battants dé laquelle s'ouvrait un guichet garni d'une grille. Avant de se hasarder plus avant, Roland jeta un coup d'oeil par cette ouverture. Oh ! que n'a-t-il ses armes ! jamais chevalier en eut-il un si grand besoin? 11 aperçoit une galerie d'une architecture imposante : les parois, la voûte et le sol sont revêtus d'un marbre blanc comme la neige ; puis, étrange contraste! de chaque rôle de l'entrée .sont rangées quatre filles de l'Afrique, noires comme l'ébène, et ay.int chacune avec elle un tigre de Libye, tenu en laisse par un fil aussi mince et aussi brillant qu'un cheveu d'or de mon amie. Le vêtement africain de ces vierges laissait à découvert leurs genoux, leur sein et leurs bras noirs et polis comme le jais : cette tunique était blanche ainsi que leur turban, et de larges anneaux d'or, à la manière de leur sauvage patrie, ceignaient leurs bras et le bas de leurs jambiîs. Un carquois est suspendu sur leurs épaules, et leur main porte une sagaie. Elles ct:iient tellement immobiles et silencieuses que Roland se flatta un moment de n'avoir devant lui qu'un groupe de belles statues placées là pour elfrayer les indiscrets. Mais quand il ouvrit le guichet, les huit ministres s'élancèrent en roulant leurs yeux terribles, étendant leurs grifl'es, as[iirant l'air par leurs naseaux, et promenant leurs langues sur leurs lèvres avides ; tandis que les vierges à la peau d'ébcne chantaient en langue moresque et sur un rhythme bizarre ces avis menaçants.

Audacieux aventurier, retourne sur tes pas! redoute les enchantements des lilies de Dahomay; redoute la race de Zahra, les enfants d'im climat dévorant.

Quand les tourbillons rasent la terre en roulant, c'est alors que nous formons nos danses : les saliles du Zahra s'élèvent en colonnes mouvantes qui suivent la mesure de nos pas; la lune se voile d'un linceul , les étoiles se teignent de sang, et le sifflement aigu du brijlant Sirocco produit une harmonie bien douce à notre oreille.

Aux lieux où des colonnes éparses disent : Ici fut Carthage, si le Santon errant nous voit accomplir nos riies mystérieux, il dit la prièic de mort, annonce aux nations la fin des temps, et s'écrie : « L'épée de l'ange « Azraël est tirée du fourreau : Musulmans , pensez à la tombu ! »

A nous le scorpion et le serpent, à. nous l'hydre du marécage, à nous le tigre du désert et tous les fléaux des enfants de l'homme : à nous la tempête nocturne qui brise les vaisseaux, la peste qui exerce ses fureur.? le jour comme la nuit! Redoute la race de Zahra; redoute les enchantements dos tilles de Dahomay.

L'inculte mélodie retentit d'une manière étrange sous les voûtes des galeries ; et l'écho , en s'allâiblissaut par degrés, murmure longtemps avant d'expirer tout-à-fait. Le chevalier se disait en lui-même : — Au moment de tenter cette périlleuse aventure, j'ai juré sur la croix de ne point m'arrèter, de ne point tourner la tête, de ne point prendre de repos quoi qu'il put m'arriver. Le chemin qui .s'oflTre devant moi est rempli, je le vois, de terribles dangers : sans autre arme qu'une épée, comment lutter à la fois contre des tigres et des magiciennes? Cependant, si je retourne sur mes pis, enfermé dans ce château, quel sort y trouverai-je ?... la faim et le désespoir... Entre ces doux morts également certaines, de nobles motifs doivent décider mon choix. Devant moi , la gloire et la foi du serment; derrière, le parjure et la honte : à la mort comme à la vie, je tiendrai ma promesse ! Sur ces mots il tjre sa fidèle épée, détache une bannière des parois de la salle et se précipite dans la redoutable galerie.

De chaque côté, une des vierges étend vers lui ses bras d'ébène en poussant de sauvages clameurs! de chaque côté un tigre s'élance... ke chevalier étend à gauche sa bannière afin que l'animal consume les efforts de sa rage contre ses plis (loltants ; de la main droite il frappe l'autre monstre si heureusement au milieu même de son élan, que la lame de l'é[iée lui traverse la gorge et les vertèbres du dos. Les autres tigres s'agitent et rugissent, mais les jeunes filles enchaînent leur furie à l'aide du simple fil d'or qui les lient en laisse : et le hardi champion traverse d'un pas ferme , mais rapide, la route dangereuse qui s'ouvre entre leurs rangs. De cette manière , il atteint sain et sauf l'extrémité de la galerie , et franchit une seconde porte ouverte , dont il referme sur lui les ballants pour se débarrasser de toute poursuite. Avec quel bruit ces battants retombent et comment la voûte en retentit, je vous le laisse à penser! A ce bruit se mêlent les hurlements du tigre qui expire, et le chant de triomphe et d'adieu dont les magiciennes poursuivent le chevalier dans son aventureuse carrière.

Hurra ! hurra ! notre veille est finie ! nous allons saluer de nouveau le soleil du tropique. Pâles rayons du ciel du nord, adieu, adieu! hurra! hurra! . . , . .

Durant cinq siècles, un soleil sans éclat a visité cette froide vallée; et jamais le pied de l'homme n'avait osé franchir les portes de la Peur.

Guerrier! toi dont le courage indomptable nous a délivrées de notre tâche, sois aussi heureux dans les autres épreuves : tu n'y peux triompher que par un refus.

LA FIANCÉE DE TRIERMAIN

lU

Allons revoir le ciel brillant de l'Afrique , l'immense Zwenga et le sublime Atlas, Zahra et Dahomay ! inoiitons sur l'aile des vents! hurra! hurra!

i;e chant magique expira dans l'éloignement, cotiinie si les sons s'égaraient dans les airs. Cependant la chevalier poursuivait hardiinentsa route à travers de vastes salles et des app.irlriuents déserts; il se trouva bientôt dans un pavillon niagnitii)iiK , on toutes les richesses du monde semblaient çii tassées dans un splendide desordre. L'or qui, sur notre terre, se trouve enveloppe de matières grossières qui amoi-iissent sou éclat, était là en purs lingots ou portant une empreinte impériale. Plus loin, l'éclat d'énormes barres d'argent ét<iit ec;i|>se imr le voisinag^des diamants, comme lu pâle lune s'efface aux clartés d'un beau jour. Au milieu de tous ces trésors se trouvaient quatre jeunes lilies venues d'un climat lointain : leur peau avait celte teinte cuivrée dont se colore souvent le nuage qili recelé la foudre, leurs miins partaient des corbeilles de léuilles de palmier, et leur chevelure était emprisonnée dans un réseau tressé avec le duvet du cotonnier : leur taille était élancée, leur air limiJe, leurs yeux raidesteineiit baissés, leurs bras croises sur leur sein, et leurs genoux suppliants : elles décrivaient dans leurs chants les trésors qu'elles offraient au chevalier.

Voici les trésors entassés par Merlin , digne dot de la fille d'Arthur. Baigne-toi dans cp' dcéan de richesses, de richesses que l'avarice ellenieme n'entrevoit pas dims ses rêves!

PBEMIÉRF. JEUNE KILLE.

'. .is ces lingots d'or vierge : la nature elle-même , par sa puissance mystérieuse, les a séparés de leur grossière enveloppe, et les a déposés purs dans 1 1 mine : leur éclat , pareil au sourire de l'aurore , forcerait des monarques à plier le genou , et des saints à pécher.

DEUXIEME JELNE FILI.E.

Vois ces perles qui ont longtemps reposé au foml des mers ; ce sont les larmes que les Naiades ont versées sur le trépas d'un fils de Neptune : les Tritons les ont recueillies dans des conques d'argent, jusqu'à ce qu'elli's devinssent dures et blanches comme l'émail des dents de Thétis.

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