‹ WaverleyChapitre 83 sur 231 · TROISIÈME JEUNE PILLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME JEUNE PILLE

. '-.S teintes plus éelatant<?s te plaisent-elles davantage ? Voici la flamme . ■ rubis, le vert magnifique de l'émeraude, et la topaze aux jaunes rayons: puis voici toutes ces couleurs réunies dans la changeante chrys<ilithe.

QCATRIÉHE JEDNE FILLE.

Laisse ces pierres sans éclat; laisse-les tontes, et regarde les miennes. Mais tandis que je les fais briller devant loi, voile tes yeux à demi : l'éclat des diamants, comme celui du soleil, aveugle le téméraire nui contemple lixcmenl l'escarboucle.

Guerrier, empare-toi de tous ces trésors. Plût au ciel que nos montagnes n'en recelassent plus d'autres! Filles du Pérou, nous n'aurions point a gémir un jour sur la ruine de notre patrie!

D'un geste calme et indifférent, le chevalier refusa les trésors

qu'on lui offrait ; — Levez- vous, dit-il , aimables étrangères , ne

s opposez point k mon passage. Que ces jouets si brillant/et si

■ s servent à orner la chevelure des jeunes filles, et que ce

.'.•• d'or aille arroser le sol toujours altéré de l'avare cité de

' •-. De Vaux n'eut jamais besoin de plus de richesses qu'il

n • Il iiiii pour acheter une armure et un coursier; et tout l'or qu'il

JaiL 1, '-obséder sert d'ornement à son casque ou à la garde de son

é\ ' ■■■'''■''ii''''assa poliment desjeunes Indiennes, et quitta

sai I -aile du Trésor.

Il 'lait au plus haut des cieux ; De Vaux se sentait

épiii^. e; et de soif : tout à Coup un agréable murmure lui

révèle n . • e voi-ine. 11 enire en effet dans une cour carrée

au mille I !'■ Ile un brillant jet d'eau s'élançait vers lis nues elélmcel, '"- du sole.l. A droite et à gauche, un élégitit

portique la .voir une longue perspective d'allées et de

bosquets ton en face, une porte basse et d'un style severe

semblait cona.i > ,a silencieuse demeure des morts effacés depuis longtemps de- lu mémoire des hommes.

Di; Vaux s'arrêta un inslant pour rafraîchir ses lèvres et son visage ; il contempla d'un œil charmé les rayons joyeux qui .se réfrac- Uicnt dans li poussière liquide du jet d'eau , et qui la teignaient des couleurs de l'arc ei>-ciel. Ses sens se laissaient aller à cette douce diveision pareille à celle qui vient soulager l'âme aprc» de hautes

contemplations, quand on prête l'oreille à l'harmonie du feuillage et de la brise.

Souvent, dans une semblable rêverie, l'œil à demi fermé croit entrevoir, dans l'épaisseur du bocage . de célestes apparitions: il nous semble que les nymphes des Ibrèls et des fontaines enlacent autour de nous les chœurs de leurs danses joyeuses. Serait-ce une de ces créations fantastiques qui abuse Roland, quand il croit voir, à travers les arcades gracieuses du portique , ces jeunes filles qui s'avancent les bras enlacés comme des sœurs'? D'un air tiwide, elles s'arrêtent d'abord à quelque distance; puis elles s'élancent tout à coup du bocage, se rapprochant du chevalier étonne, et là, dans une attitude qui exprime la crainte et l'indécision , elles restent de nouveau immobiles. Ah! combien cette attitude est séduisante ! Elle semble dire : « C'est à nous de vous plaire ; à vous de nous dire comment.» Leurs tiaits étaient revêtus de ce reflet doré que produit le soleil de Candahar, et cette teinte uniforme s'animait par intervalle dune légère couche de rose. Leurs membres agiles étaient proportionnés suivant les lois d'une gracieuse symétrie , et les anneaux de leur noire (ihevelure, entremêlés de Ûeurs et parfumes d'encens, tombaient jusquesur leur ceinture. Selon la coutume de rOrieiit, l'iienuah leignail leurs ongles arrondis, et le noir suniali donnait à leurs yeUx un éclat plusfl lide. Un voile d'une gaze blanche et transparente conime un nuage couvrait, avec une négligence étudiée, des formes qui attiraient les regards et le toucher : ce voile en laissait trop voir peut-être, mais ce que l'on voyait promettait encore davantage. Elles disaient :

Galant chevalier, fleur des armes, arrête-toi un moment ; suspens ta roule pénible, afin que nous rendions a notre dieu et à toi l'hoiumage qui est dii à tous deux. Ce dieu c'est l'.-Vmour; il t'a fait triompher de r.\varice et de la Peur pour te conduire jusqu'à nous. Guerrier, "écoutenous : nous sommes les esclaves de l'.Xtnour, et nous sommes à toi.

Nous n'avons point de diamants et de trésors pour te les offrir àgenoux; nos bras, comme nos cœurs, ne sont point laits pour les flèches et les sagaies : mais les amants donnent à la beauté des dents de perles et des lèvres de rubis; ou si le danger te plait davantage, nos yeux, disent les flatteurs, ont des armes terribles.

.\rréte-toi donc, galant chevalier, arrète-toi; reste parmi nous jusqu'à ce que le soir s'empare des cieux Oh! viens sous ces berceaux : nous t y couronnerons de fleurs, nous t'ofïrirons un banquet et nous te verserons le nectar; nous te charmerons par une divine harmonie; nous t'entourerons de nos dauses jusqu'à ce que le plaisir cède a la langueur et le jour à la nuit.

Alors celle qui te plaira le plus te répétera l'air le plus doux, dressera ta couche de mousse, veillera à tes Cotés et soutiendra ta lete sur son sein, jusqu'à ce que la nuit fasse place à l'aurore... Galant chevalier, voudrais-tu davantage, voudrais-tu davantage, Ô beau guerrier?... Esclave de l'Amour, elle sera ton esclave.

Ne blâmez pas trop sévèrement le héros de mes chants : il n'avait point le temps de prendre un air stoï.jue; son cœur n'était pas assez dur pour re'.user brutalement. Entoure de cette bande de sifenes , il depose un baiser sur des lèvres riantes, serre une main qui rencontre la sienne, leut parle à toutes avec douceur, m.iis s'échappe de leur cercle magique... — .\iinables beautés, leur dil-il, adieu ! adieu ! Mon destin, ma fortune m'ordotiiient de pimrsuivre. A ces mots il disparait à leurs yeux; mais, en s'engageaiit dans sa route ténébreuse, il entend encore derrière lui leurs douces voix, qui lui répondent : — Adieu, fleur de courtoisie ! va dans ces lieux où ton cœur pourra battre d'une émotion pure; va dans ces lieux où la vertu doit sanctilier l'amour.

De Vaux s'enfonce .sous une voûte en ruines ; il se jette dans une ,^ 'le obscure et sinueuse, dans un labyrinthe auquel il ne voit pas ^^ssue et d où la retraite lui est égalenniit impus>ilj,e ; et, à chaque pas qu'il y fait , sa position devient plus périlleuse. Au lieu des joyeux rayons du soleil, et de l'air qui donne la vie, d'immondes vapeurs s'elcvent autour de lui; les exhalaisons souterraines s'eull.immeiit, et la sinistre lueur lui découvre des pièges tendus sous ses pas : elle lui montre des gouffres profonds, des laoS d'eaux croupissantes, mais elle ne lui montre pas les moyens de les éviter. Au lieu de ces scenes de désolation, de ces vapeurs empestées. De Vaux aimerait mieux avoir encore à braver les tigres rugissants. Des bar- > des dignes de lui ont même prétendu que sa position lui avait paru assez désespérée |iour qu'il regrettât de ne plus se trouver sous les berceaux de li.uillage avec une des coiniilaisantes beautés de l'Asie. Mais tout a coup, ô bonheur ! de brillantes l'aulares se font entendre à peu de dislance, et quand l(^•< trompettes se sont tues, ce chant martial encourage le chevalier à persévérer dans ses elForts.

Fils de l'honneur, toi que réclamera l'histoire, songe à la récompense qui l'ailiMiil! méprise les dangers, les ténèbres, la fatigue: l'aiabition te dit de niontcr.

Celui qui veut gravir les hauteurs doit suivre un pénible sentier; qu'il travaille des picus et des mains, et memo des genoux : c'est ainsi que ■'ambition fait parvenir ceux qu'elle aime.

Ne reste point en arrière , quelque rude que soit le clicniin : les caprices de la fortune ne souffrent point de délais : saisis les dons qu'elle te |iréscnlc , le pouvoir d'un ma' T ":" et la gloire d'uu coaquéraat.

LES VEILLEES LITTÉRAIRES ILLÏÏSTREES.

La yoh se tait. Le giirrrier, avançanl Ju côté d'où elle partait , trouve devant lui une m.nilee rapide, puis l'escalier tournant d'une tourelle: à peine a-t-il IVanclii quelques degrés, qu'il respire un air plus vif; bientôt une hunir se laisse entrevoir, et il jouit de la bieiiraisaute clarté des cieux; entin il pénètre dans une salle immense décorée de trophées, où quatre jeunes tilles, revêtues d'une tunique f'e pourpre et dune ceinture d'or, l'accueillent comme ua hole oyal.

Toutes quatre paraissaient des filles de l'Europe : la première était uue nymphe de la Gaule.et sa démarche aisée et son œil plein d'un doux sourire démentaient sa feinte gravité ; la seconde , vierge espagnole , se faisait reconnaître à son œil et à ses cheveux noirs, à son air calme, mais hardi; une peau d'ivoire , des tresses dorées trahissent l'origine germanique de sa timide compagne. Ces trois vierges portaient dans leurs mains un manteau royal, uue couronne, un sceptre et uii globe, emblèmedu pouvoir souverain ; mais la quatrième se tenait un peu en arrière, et s'appuyait sur une harpe comme absorbée dans une poétique extase ; c'était une fille de l'Angleterre; son costume était celui des prêtresses des anciens Bretons; ses cheveux étaient enfermés dans un réseau d'azur; les loiigs plis de sa robe tombaient avec grâce sur le sol , et sa main présentait une couronne, mais non point une couronne d'or et de pierreries; celle-là n'était que de lauriers.

Les trois premières vierges s'agenouillent en même temps devant l'intrépide chevalier; elles lui offrent lesceptre, le manteau, la couronne, et veulent lui jurer foi et hommage au nom des vastes et opulentes contrées, destinées, disent-elles, à l'héritier d'Arthur; mais il refuse tous ces honneurs. — De Vaux,s'écrie-t-il, airaemieux chevaucher sans cesse sur les frontières de l'ICcosee, couvert de la cuirasse et de la cotte de mailles, que de revêtir la pourpre orgueilleuse des monarques : il aime mieux, cent fois mieux, rester libre chevalier d'Angleterre, que de s'asseoir sur le trône d'un despote. Après avoir dit ces mots , il s'apprêtait à passer outre, quand la vierge qui tenait une harpe, sortant de son extase, posa ses doigts sur l'instrument sonore : les cordes obéirent à l'impulsion magique, et leurs accords se marièrent à sa voix.

Tremblez jusque dans vos fondements, tours orgueilleuses, donjon couronné de bannières ; que l'écho de vos voûtes gémisse en répétant les pas du guerrier si longtemps attendu.

Esprits qui veillez sur l'enchantement do Merlin, reconnaissez ce pas redouté ; déployez vos ailes sombres , et regagnez vos lointaines demeures.

C'est le pas du héros, qui seul put affronter les périls de la salle de la Terreur; du héros qui a su fuir les pièges du Plaisir, de la Richesse et de l'Ambition.

Tremblez jusque dans vos fondements, imposants bastions, tourelles altières ! Tremble, donjon antique ; voici l'heure du réveil de Gynethi

Tandis qu'elle chantait ainsi, l'avcnlurciix chevalier avait pciiélré dans un appartement où une lumière adoucie se glissait à travers des rideaux de pourpre. Telle est la teinte qui se reflète sur la colline quand le crépuscule jette son voile de pourpre sur sa pente occidentale. Cette retraite séduisait les regards par l'assemblage des plus riches et des plus rares merveilles : un art magique, sans doute, y avait reproduit avec leurs couleurs naturelles toutes les créatures vivantes. Elles semblaient dormir : le lièvre timide dans son gîte, le cerf sur sa reposée, l'aigle dans son aire entre la terre et les cieux Mais comment les tableaux les plus riches et les plus rares auraientils pu captiver les regards de Roland , quand il vit la fille même d'Arthur endormie sur le trône fatal ! L'étonnement, la colère et la terreur n'avaient laissé aucune trace sur son front; elle avait oublié le funeste tournoi, car en dormant elle souriait. Il semblait que l'enchanteur, regrettant sa sévérité , eût voulu charnier par d'aimables songes son sommeil séculaire.

Cette beauté virginale, dont l'.àge parais.sait entre la jeunesse et l'enfance, ce trône d'ivoire, ce costume de chasseresse, ces bras et ces pieds nus, attestaient la vérité du récit de Lyulph. Uue goutte du sang de Vanoc avait laissé sur le bord de sa tunique une trace |iareille à un rubis, et le sceptre royal était encore suspendu à sa main défaillante. Les noires tresses de sa chevelure, délivrées du réseau de perles, tombaient encore en désordre sur son sein de neige. En un mot, la belle dormeuse avait tant de charmes que De Vaux accusa .son rêve impuissant et mensonger de lui en avoir caché la moitié. Cependant il demeurait immobile, ou tantôt croisait ses bras sur sa poitrine, tantôt joignait ses mains, tremblant de joie et ne sachant comment détruire un charme qui avait duré des siècles. Puis, quand il vit que les franges noirâtres des paupières de Gyueth se soulevaient lentement, il se demanda ce que ces beaux yeux allaient exprimer en le voyant. — Saint Georges, sainte Marie, s'écriat-il, faites que son regard s'arrête doucement sur moi !

Le guerrier s'agenouille; il s'empare doucement de la jolie main de Gyneth, heureux de la presser entre les siennes, heureux de la presser sur ses lèvres... Ce mouvement a fait tomber le sceptre... Aussitôt l'éclair brille, la fmdre gronde : Gynelh tressaille et se réveille : les tours chancèlent; le donjon s'agite sur sa base; le château tout entier s'écroule sur lui-même : et au milieu du fracas, les parois même de la salle enchantée ont disparu... Mais sous l'abri des rochers, dont le magicien avait formé ces murailles, la princesse est en sûreté dans les bras de l'intrépide De Vaux. Délivrée du charme séculaire, elle rougit comme la rose qui s'entr'ouvre aux feux du malin. Le front du chevalier est ceint de la verte couronne de laurier que la druidesse lui a présentée. C'est là tout ce qui reste des trésors du palais enchanté, le diadème du héros et les attrails de Gyneth : mais quelle récompense de ses vertus ou de ses exploits faut-il encore au veritable chevalier, quand il obtient à la l'ois et l'Amour et la Gloire?

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Paris. — Imprimerie Lacocr et Comp., rr.r Pimfflot, 11, et ru" Sl-Hyacinthe-St-Michel, 33.

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WALTER -SCOTT

DE LOUIS BARRÉ

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