‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 137 sur 571 · TOUTE IDÉE DE JALOUSIE · texte numérisé non relu

TOUTE IDÉE DE JALOUSIE

SJATIE

de l'agrandissement d'Ontario ; c’est IÀ une considération égoïste, mesquine et injuste. Ce n'est pas ici une question de convenance, mais une question de justice. Je n'envie pas à Ontario cette extension de territoire que lui accorde Ia sentence arbitrale, et qui ne constitue même pastoute la partie À laquelle elle a droit, d’après les plus érudits de mes contemporains. Les principes éternels de justice valent infiniment plus que des millions d'acres de terre, et je demande que nous suivions ces principes, et, enagissant ainsi, nous prendrons le meilleur moyen d'obtenir nous-mêmes justice en toute occasion,

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En juin 1885,ily avait réunion des anciens élèves du collège de l’Assomption, l’une de nos plus vieilles maisons d'éducation, qui célébrait le cinquantième anniversaire de sa fondation. 900 anciens élèves repondaient à l'appel ; on remarquait dans cette foule Mgr Fabre, aujourd'hui archevêque de Montréal, l'honorable VW. Laurier, l'honorable juge Jetté, l'honorable sénateur Pâquet, ete. Au banquet du 14, M. Laurier prononça, en réponse à une adresse lue par un jeune collégien, un discours dont M. Tarte, rédacteur du Canadien, qui était présent au banquet, parlait en ces termes le lendemain dans son journal : ‘ Il a fait un discours qui, dans n’importe quel pays du 1éonle, placerait son auteur au premier rang des maitres de la langue française... Laurier n’est vraiment hors pair que dans l'éloquence étudiée, policée qui fait les délices des auditoires triés sur le volet. Les clameurs violentes de la foule le laissent froid et indifférent ; il s’enivre des applaudissements d'un amphithéâtre garni de lettrés. ”

Au nom des anciens élèves du collège de l’Assomption, je dois avant toutes choses vous remercier, M. Lafortune, ainsi que les élèves actuels dont vous vous êtes fait l'interprète, pour les sentiments si pleins d'affection par lesquels vous nous accueillez au seuil de cette maison bénie.

Et sans tarder un seul instant, je voudrais, si vous me le permettez, M. Lafortune, vous offrir mes félicitations bien sincères sur le bonheur d'expressions qui caractérise le langage dont vous vous êtes servi. Vous auriez pu ni mieux dire, ni dire plus vrai. Oui, en revenant ici, en revenant sous ce toit qui a abrité tant d'heureuses années de notre jeunesse, nous y revenons comme on revient au foyer paternel, Oui, comme

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vous le dites, nous sommes tous, tous enfants d’une même famille. Nous, les anciens élèves, nous sommes les frères aînés, vous, Ines jeunes amis, vous êtes les Benjamins de la maison. Vous ne savez peut- être pas encore, vous apprendrez plus tard qu'aujourd'hui vous 2vez le meilleur lot.

Nous, vos frères aînés, nous sommes maintenant dispersés, chacun de son côté. Telle est la loi de la vie. C’est la loi de la vie qu’il nous faut tous, tôtou tard, quitter le toit paternel et nous séparer de tous ceux à qui nous sommes attachés par les liens les plus chers et les plus sacrés. Ainsi sommes-nous séparés de notre A/ma Mater; maïs je puis le dire avec vérité: si éloigné que l’on en soit, le cœur y revient souvent, si même il n’y reste pas toujours un peu.

Ce que je dis Ià n’est pas simple langage de convention. Je parle au nom des anciens élèves et je sais que je n’exprime que très imparfaitement ce que chacun ressent au fond de son cœur. J’en atteste l’émotion qui tous hier nous étreignait à la gorge, lorsque M. le supérieur nous ouvrait les portes avec tant de cor dialité.

D'où vient cette émotion? Quelle enst la cause? Ne me faites pas ces questions : je n’y saurais répondre. Cette émotion, je l’éprouve. Je ne saurais l’expriuer, encore moins l'an: ilyser. La cause, je sais qu’elle est ici, mais je ne sais rien de plus. Je sais que tout icia son langage; ce langage, l’âme le comprend, la langue est impuissaute à le” rendre.

Je vous en prends à témoins, Ô mes anciens condisciples, vous tous qui étes venus revivre un instant de la vie du passé, n'est-il pas vrai que depuis hier tout inst: ut vous sentez votre cœur 8e gonfler, vos paupières se mouiller, sans que cependant vous puissiez vous rendre compte d’où vient cette émotion soudaine ?

N'’est-il pas vrai qu'il y a un moment, en entendant M. Lafortune vous retracer le tableau de la vie d’écolier, vous avez vécu toute votre vie passée, comme vous l'avez vécue jadis.

N’est-il pas vrai que vous avez goûté de nouveau,

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