‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 160 sur 571 · RARES ARE · texte numérisé non relu

RARES ARE

Le lendemain, convoqués de nouveau à la salle du Sénat, les députés s’y rendent de nouveau avec les mêmes allures que la veille. Seul l’Orateur, le nouvel élu, est grave. C’est qu’il a un discours à faire, et rien ne rend grave comme de faire un discours dans ces vastes salles dont l'architecture sévère glace presqu'aux os. C’est maintemant que l’on comprend pourquoi les Anglais, hommes de bon sens, donnent le nom d’orateur au président de la Chambre des Communes. C’est en effet l’Orateur de ceux qui l'ont élu. Eu Ilcur nom, il s'adresse au Souverain. Le discours qu'il lui tient est à la fois respectueux et digne ; le voici:

Qu'il plaise à Votre Excellence,

La Chambre des Communes m'a élu son Orateur, bien que je sois peu habile à remplir les devoirs importants qui me sont par là assignés.

Si, dans l’accomplissement de ces devoirs, il m'arrivait de me tromper, je vous prie que la faute me soit imputée, et non aux Communes dont je suis le serviteur, lesquelles, pour mieux remplir leurs devoirs envers la Reine et le pays, réclament humblement par mon entremise leurs droits et leurs privilèges accoutumés et principalement la liberté de discussion, l'accès auprès de la personne de votre Excellence en toutes occasions convenables, et enfin les considérations favorables de Votre Excellence pour leurs délibérations.

A la clôture de la session, l'Orateur s'adresse de nouveau au représerniant du souverain, en lui remettant l’acte des subsides. Voici cette fois le langage qu’il lui tient :

Qu'il plaise à Votre Excellence,

Les communes du Canada ont voté les subsides requis pour permettre au gouvernement de défrayer les dépenses du service public.

Au nom des communes, je présente à votre Excellence un bill intitulé : “ Acte pour accorder à Sa Majesté certaines sommes (l'argent pour défrayer certaines dépenses du service public. pendant l’année fiscale commençant le... et pour lequel acte je demande la sanction de Votre Excellence.”

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La réponse est dans les termes que voici:

“In her Majesty's name, His Excellency the Goverrer- General thanks her loyal subjects, accepts there benevolence and assents to this bill.”

Toutes ces vieilles cérémonies peuvent paraître ridicules ; ellene lesont pas. La plupart recèlent un sens profond. La plupart ont une valeur historique et rappellent une conquête sur l’absolutisme, un acheminement vers cette liberté complète que comporte aujourd’hui notre régime parlementaire.

Ainsi, quand l’orateur de la Chambre des Communes remet au souverain le bill des subsides, il rappelle le principe fondamental que le peuple a le droit de se gouverner, et que nul que lui-même n’a le droit de le taxer.

On pourrait dire peut-être que ces vieilles coutumes sont l'expression de principes qui aujourd’hui ne sont plus mis en doute, et que le temps est arrivé d’adopter des méthodes plus simples de procédure parmentaire, et plus en rapport avec l'esprit moderne, je ne sais trop.

Je suis libéral par principes, je suis conservateur de sentiment ; j'avoue cette faiblesse ; j'ai du respect pour ces vieilles solennités, qui n’ont rien de nuisible . elles-mêmes, et dont tout le défaut est d’être surannées.

Ce que je disfcependantine s’applique qu’au parle-ment fédéral ; j’ai déjà dit qu’à Ottawa toutes ces cérémonies ne manquent pas de grandeur. La législature est assez nombreuse, la pompe assez riche pour qu'il s’y trouve un certain éclat. À Québec, les mêmes cérémonies m'ont toujours paru grotesques. Du reste, ce corps législatif de vingt-quatre membres censé représenter la Chambre des Lords, cette maison de Spencer Wood censée représenter le château royal de Windsor, toutes ces tentatives à l’état permanent dans notre gouvernement local, pour singer la royauté,me paraissent pour le moins comiques.

e suis, certes, loin de vouloir rabaïsser les légis-

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