LAURIER AU PARLEMENT
N'est pas debater qui veut, à la chambre des Communes. Pour être écouté dans le Parlement, ilne suffit pas de posséder cette éloquence qui émeut et passionne les masses, et tel, dont la voix et l’action ont maintes fois électrisé la foule et soulevé des applaudissemenis frénétiques, sera à peine remarqué de la députation. Combien d'hommes doués de talents remarquables, habiles et retors dans la discussion, ont misérablemaent échoué, lorsqu'il leur a fallu prendre part à un débat devant la chambre ! Pour être orateur parlementaire, dans le sens que l’on donne à ce nom, il faut apporter à la discussion, cutre une voix agréable et un style châtié, une rare faculté d'organisation, un esprit très pratique et une grande connaissance des faits. M. Laurier possède ces qualités, et il suffit de l’avoir entendu une fois pour ne plus être étonné de ce qu'il ait pris rang comme premier debater du Parlement. Nulne sait aussi bien exprimer dans une langue correcte et souple ce qu’il veut dire ; nul ne parle avec antant d'autorité. Partisans ou adversaires avouent qu’il parle en homme d'Etat, non pour l'effet (quoique sa parole soit une musique), mais pour un résultat réel. Chez lui, chaque parole est pesée et correspond à une résolution inflexible. Enonce-t-il un principe, une idée, qu’il ne lasse pas d’y revenir ; il faut voir avec quelle habileté et quelles ressources il atteint son but. La phrase harmonieuse, le geste sobre et méthodique, tout chez Laurier porte le cachet de l'originalité de son caractère.
INTRODUCTION
LAURIER Er CHAPLEAU
Voici Chapleau! Il se lève pour parler. On dirait qu’il va marcher à l’assaut, tant il y a de mouvement chez lui. A voir cet œil en feu, ce front chargé de passion, cette tête rejetée en arrière, cette chevelure qu’il prend plaisir à secouer, .cette poitrine découverte, attendant et provoquant la lutte, on sent que Porateur a une confiance absolue dans la force de son talent. La voix claire, retentissante, empoigne l’auditoire, le tient sous le charme, au fur et à” mesure qu’elle se déploie.Il concentre l'attention de la chambre sur lui, et sait toujours rendre son discours attrayant, en appuyant sur des expressions heureuses et en soulignant les mots spirituels.
Voyez au contraire Laurier. Il se présente impassible dans une sorte derecueillement. Sa voix harmonieuse, son geste élégant et subre pacifient les esprits. Aucun incident ne trouble son sang-froid. En face du péril, il va jusqu’au bout dela pensée. Partout on sent le calme d’un esprit qui se possède.
L’éloquence de Chapleau est plus animée, plus brillante, plus emphatique, plus nerveuse et plus théâtrale.
L’éloquence de Laurier est plus contenue, plus élevée, plus noble et plus persuasive.
Les discours de Chapleau sont souvent captieux diffus et embrouillés. La passion et la véhémence en sont les traits dominants.
Les discours de Laurier, au contraire, sont toujours clairs, corrects, étudiés, et la phrase en est élégante et châtiée.
INTRODUCTION
———— —— msaineniense
Quoique plus grave et partant moins pathctique que Chapleau, Laurier s'élève parfois vers des sphères inconnues aux autres orateurs et que son génie oxatuire seul lui permet d’atteindre. Sa voix prend alors des accents plus harmonieux et plus sonores, et son éloquence revêt un tel caractère de majesté et de noblesse qu’elle vous remue le cœur et vous fait frissonner d’enthousiasme.
En somme, Chapleau est l’orateur de la foule, et Laurier est avant tout et pardessus tout un orateur parlementaire.