MAIS LES HOMMES QUI SIÈGENT ICI
devant moi, sur les banquettes du Trésor ?
Monsieur l’Orateur, la rébellion est toujours un mal, c’est toujours une offense contre la loi fondamentale des nations ; moralement, ce n’est pas toujours un crime. Dans la semaine même qui a précédé l’extcution de Riel, le ministre de la Milice a ainsi exprimé son SRAOA sur les rébellions : ‘ Je déteste tous les rebelles ; je n’ai aucune sympathie pour la rébellion, bonne, mauvaise ou indifférente. ” Monsieur, ce qui est+ détestable— j’emploie le mot dont l'honorable monsieur s’est servi ;— ce qui est détestable, ce n’est pas tant la rébellion que le despotisme qui engendre la rébellion ; ce qui est détestable, ce ne sont pas les rebelles, mais les hommes qui, ayant les avantages du pouvoir, n’en remplissent pas les devoirs ; ce sont les hommes qui, ayant le pouvoir de redresser les torts, refusent de porter attention aux pétitions qu’on leur adresse ; ce sont les hommes qui, lorsqu'on leur demande un pain, donnent une pierre. L’honorable monsieur déteste tous les rebelles, dit-il. Je me demande s’il comprend dans ce sentiment de haïne le grand rebelle dont la fière statue se dresse ici, pour ainsi dire à portée de mon bras. J’oserai dire que si cet homme, auquel le gouvernement canadien a fait élever une statue ici, avait pu revenir à la vie aujourd’hui et reprendre sa place sur les bancs des ministres, il se serait rappelé qu’un jour il avait été rebelle lui aussi.
Mais j'ai vu un temps où le ministre de la Milice n’éprouvait pas cette horreur des rébellions qu’il professe aujourd’hui. J'ai vu un temps où le ministre de la Milice n’avait pas pour les rebelles cette haïine implacable qu’il affichaïit publiquement à la face du pays, pour ainsi dire à portée de voix d’un malheureux condamné à mort ; j'ai vu un temps où le ministre de la Milice avait dans le cœur la plus vive sympathie précisément pour ce même rebelle auquel il a fait allusion et dont il a sonné à l'avance le glas funèbre lorsqu'il est allé à Winnipeg protester de sa haine pour la rébellion, Riel avait déjà été rebelle
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une fois ; il avait déjà été mis en accusation auparavant, non pour simple rébellion, mais pour meurtre compliqué de rébellion. Cet honorable monsieur, qui maintenant éprouve une telle haine j's les rebelles, ouvrit la bouche en cette occasion. Dans une certaine circonstance, cette chambre fut saisie de résolutions ayant pour objet de couvrir d’amnistie toutes les otfenses se rattachant à cette rébellion et tous les délinquants, à l'exception de Riel et de quelques autres, à qui l’on accordait même une amnistie mitigée. Et bien, l'honorable monsieur a pris la parole dans cette occasion. A-t-il alors proclamé, comme il le fait aujourd’hui, son horreur pour la rébellion ? A-t-il alors tenu le langage qu’il a tenu récemment à Winnipeg ? A-t-il dit qu'il détestait tous les rebelles ? A-t-il dit : ‘ J’éprouve une haine extrême pour tous les rebelles ; je n’ai aucune sympathie pour la rébellion, bonne, mauvaise ou indifférente ”? Non, mais voici ce qu’il a dit:
M. Caron dit qu’il votera contre la résolution parce qu'elle ne donne pas une solution complète des difficultés du Nord- Quest, Ayant voté contre l'expulsion de Riel de cette chambre, il ne peut voter son bannissement du pays. Une amnistie complète serait la seule solution pratique, et il est convaincu que les mêmes difficultés vont recommencer l'an prochain.
Monsieur l’Orateur, tel était le sentiment de l’honorable monsieur à cette époque. Eh bien, si alors Riel avait droit à une amnistie pleine et entière, v'avait-il pas droit, au moins,