ET, TANT QU'IL Y AURA DES MÈRES FRANÇAISES
notre langue ne saurait disparaître. Mais ce sentiment n'offre aucune incompatibilité avec notre loyauté envers l'Angleterre, et nous sommes loyaux à l’Angleterre ; et si l’on me demande un trait de cette loyauté, Jen'en puis trouver de plus beau que le mot d’une dame canadienne-française à M. DeBelvèze, qui en
1855 visita le Canada sur l’ordre de Napoléon Ill: “Nos cœurssont à la France, nos bras à l'Angleterre” Mais la loyauté doit être réciproque. Ce n’est pas tout que le sujet soit loyal envers la Couronne ; il faut aussi que la Couronne soit loyale envers le sujet. En ce qui la concerne, l'Angleterre a noblement, généreusement fait son devoir ; mais ici, c’est le gouverne ment canadien qui n’a pas fait son devoir à l'égard des Métis. Le ministère est tout scandalisé, et ses amis feignent aussi d’être bien scandalisés de ce que ces hommes réclament leurs droits, qu'ils les ont méme réclamés le fusil à la main. Le gouvernement a-t-il été loyal envers ces Métis? Non, puisque, s'il en avait été ainsi, les troubles n'auraient pas eu lieu. Or, si le gouvernement ne respecte pas la loi, et si par suite de ces dénis de justice des hommes sont poussés à braver la loi et à revendiquer leurs droits les armes à la main, je dis que le gouvernement est tenu de faire son examen de conscience et de s'assurer s'il a fourni quelque cause d’insurrection ; et dans ce cas, il doit loyalement donner le bénéfice des circonstances aux coupables. (C’est ce que nous avons prétendu dans le Bas-Canada, et c'est une des raisons pour lesquelles nous avons pris cette affaire tant à cœur.
Malheureusement, ce n’est pas 1à la doctrine du gouvernement. Cette doctriue à été énoncée tout autrement dans le mémoire que le gouvernement a publié peu de temps après l'exécution de Louis Riel. Peu après cette exécution, le gouvernement a jugé à propos— et je ne l’en blâme pas— de mettre sa défense devant le pays, dans un document très élaboré portant la signature de l’ancien ministre de 14 Justice, sir Alexander Campbell. Voici ce qu’on y lit dès les premières phrases :
Les adversaires du gouvernement ont accusé celui-ci d'avoir provoqué, sinon rendu justifiable la rébellion, en mal aäministrant les affaires des Territoires du Nord-Ouest et ne prê cant aucune attention aux justes réclamations des Métis. Je ne crois pas qu'il convienne de traiter ici cette “'estlon, dont se sont emparés les partis politiques. Lorsque ces accusations seront portées d'une manière constitutionnelle, le gouvernement, qui est responsable aux représentants du peuple, sera en état d'y répondre et d'en démontrer le néant.
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