N'A PAS ÉTÉ LA MÈME POUR LOUIS RIEL
que pour William Joseph Jackson. Jackson a cu, lui aussi, son procès, et je dois rendre cette justice aux avocats de la couronne dans son affaire, qu'ils ont fait leur devoir. Dès le début, ils admirent la folie du prisonnier et recommandèrent l’acquittement. Le procès de Jackson eut lieu le 26 juillet dernier. M. Osler, avocat de la Couronne, s’exprima en ces termes en ouvrant le procès :
Le prisonnier est accusé d'avoir pris part à la récente rébellion, d'avoir rempli les fonctions de secrétaire particulier de Louis Riel, le chef “e cette insurrection. Il est done formellement accusé de ce crime; mais il parait que son avocat, M. Mc. Arthur, est en mesure de vous donner une preuve satisfaisante de l’aliénation mentale de l'accusé et de vous démontrer qu'il n'est réellement pas et n'était pas responsable des actes qu'il a commis.
La couronne ne se propose pas de contester cet allégué de l'avocat de l'accusé. De fait, la preuve est fournie par les médecins qui ont été chargés par la couronne de faire l'examen de l'accusé, et la preuve qui est parvenue à la connaissance de l'avocat de la couronne pendant qu’il préparait d'autres procès démontre que l'accusé, à l’époque où il a commis les actes qui lui sont imputés, n'en était pas responsable.
Il importe de voir quelle sorte de preuve a {té faite en cette occasion. C’est le Dr Jukes qu’on inter. roge :
Par M. Osler :— Q. Est-il tellement fou que l'on puisse dire qu’il n'est pas respousable de ses actes ?—R, J1 y a des moments où je considère qu’il esttrès responsable. Aujourd'hui il a parlé et raisonné avec moi d’une manière très claire ; mais il y a trois jours il était détraqué. Je ne crois pas que, sion l’'amenait ici tout à coup, sans préparation, il serait capable de conduire son procès et de se rendre justice à lui-même,
Q. Votre opinion est donc, dans une mesure très large, qu'il ne pourrait pas contrôler ses actions ?—R, Je n'ai jamais rien vu en lui qui me donne l'impression que ses actions sont incontrôlables ; ce sont plutôt ses hallucinations, ses idées, Il a des idées particulières surdes matières religieuses en rapport avec l'insurrection et en rapport avec la religion nouvelle dont il pense Riel le fondateur et qu’il croit de son devoir de sou. tenir.
Q. Est-ce que ces idées auraient pu l'engager à commettre le crime ?—R. S'il parlait d'une manière rationnelle, je crois que oui, mais il ne parle pas sensément.
Q. Alors,vous ne le tiendriez pas responsable d'actes com. mis en rapport avec ces idées ?.—R, S'il commettait des actes dans la condition où il est aujourd’hui, je ne l’en tiendrais pas responsable, La plus légère excitation produit sur lui un grand effet. Riel m'a dit qu’il l'avait fait prisonnier dans scn propre intérêt, parce qu'il n'aurait pas été prudent de le lais circuler,
Et bien, monsieur l’Orateur, j'en appelle à tout homme impartial: si cela s’appliquait à William Joseph Jackson, cela ne s’appliquait-il pas également, à la lettre, à Louis Riel? Ces deux hommes n'étaientils maniaques sur les mêmes sujets ? Jackson parlait sensément, mais il avait des hallucinations ; il en était de même pour Riel. Cependant, l’un deux est acquitté et interné dans un asile, d’où on lui permet ensuite de s'évader, tandis que Riel monte sur l’échafaud. Aujourd’hui