‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 260 sur 571 · SUR LEUR PROPRE INVITATION · texte numérisé non relu

SUR LEUR PROPRE INVITATION

Il se peut qu’au point de vue strictement légal Riel n'ait pas pu invoquer cela comme un empêchement À toute mise en accusation contre lui, mais, dans mon opinion, il doit répugner à tout esprit juste et honorable de voir traîner au gibet un homme qui se constitue votre prisonnier, à votre demande, afin d'évite une nouvelle effusion de sang.

La lettre du général Middleton était sans doute dictée par un louable sentiment d'humanité, c'était aussi un acte éminemment politique. Le rapport du général après la prise de Batoche nous apprend que l'une de ses idées fixes était la capture de Riel. Cela se conçoit aisément. Tant que Riel était en campagne. la rébellion ne pouvait pas être considérée finie; il pouvait encore organiser des bandes de guerillus, et il aurait encore fallu du sang et de l’argent pour supprimer ces derniers vesuges de rébellion. Le général dit dans son rapport :

Nous nous mîmes en marche dans la direction du gué Lépine. Ayant fait halte pour le dîner, je reçus avis que Riel était dans le voisinage, ce qui me décida à pousser sur le gué Short ou (Gruardapui, de quelques milles plus proche et d'y bivouaquer pour la nuit.

Comme on le voit, le général se voit obligé de modifier sa marche parce que Riel est dans un certain endroit où il ne s'attendait pas à le trouver. Le moins q': le gouvernement eût dû faire quand Riel s'est renu, ce n’était certes pas de le traîter commes'il avait été pris les armes à la main dans un combat. Nous avons à ce sujet un beau précédent : celui du général Lee et du général Grant. Le 2 avril 16, Richmond, qui avait si longtemps résisté aux troupes

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de l'Union, capitula, et le général Lee commença sa retraite avec l’intention de joindre son armée À celle du général Johnston. Il fut suivi de près par l’armée victorieuse, et le 7 avril, le général Grant lui envoya une lettre, dans laquelle il ne le sommait pas, mais l'engageait simplement à se rendre. Le géntral Lee refusa et continua à se battre, mais deux jours plus tard, voyant que la situation était désespérée, il demenda une entrevue au général Grant et consentit \serendre. Le général Grant dicta ses conditions, les volcl :

Palais de Justice d’'Appomattox, Virginie, 9 avril 1S6.

Général,

En conformité de la substance de ma lettre du 8 à votre adresse, je propose de recevoir la reddition de l’armée de la Virginie-Nord aux conditions suivantes, savoir: Des listes de tous les ofliciers et soldats seront faites en double, une copie devant être remise à l'officier que je désignerai, l’autre restant entre les mains de tel officier ou tels ofliciers de votre choix. Les officiers donneront personnellement leur parole de ne pas reprendre les armes contre le gouvernement des Etats- Unis jusqu'à ce qu'il y ait eu échange, et chaque commandant de réziment et de compagnie signera un engagement ana'ogue pour ses hommes. Les armes, l'artillerie et tout ce qui est de propriété publique seront empaquetés et remis aux ofticiers que je nommerai pour les recevoir. Ceci ne comprendra pas la sabretache des officiers, non plus que leur bagage personnel et leurs chevaux. Ceci fait, tous les officiers et soldats pourront retourner dans leurs foyers, et ne seront pas inquiétés par les autorités des Etats-Unis tant qu'ils respecteront leur parole et les lois du lieu de leur résidence.

U. S, GRaxT.

Au général R, C. Lee.

Comme vous le vovez, en se rendant l’armée fut renvoyée sur parole. Pas un ne fut détenu, mais tous eurent leur liberté tant qu'ils ne reprendraient pas les armes et ne violeraient pas les lois des Etats-Unis. Il y eut en haut 'ieu aux Etats-Unis quelques personnes qui crurent que cela ne devait pas empêcher le gouvermement de poursuivre les chefs pour trahison, car ils étaient certainement coupables de trahison. Le nouveau président des Etats-Unis, Andrew Johnson, prit

méme cles mesures pour faire un procès au général Li

et à un certain nombre de ses principaux ofliciers : mais le général Grant s'y opposa décidément, C'est là qu'apparaît la grandeur d'âme du général Grant : il nicnaça de donner sa démission et de quitter l’armée si le général Lee et les autres prisonniers de guerre étaient mis en accusation. Quelques mois après, un comité du Congrès était saisi de la question. Le général Grant fut appelé devant le comité et rendit ce témoignage :

J'ai dû fréquemment intercéder pour le général Lee et les autres officiers prisonniers sur parole, pour cette raison que, tant qu'ils respectent les lois des Etats-unis, leur parole les protège contre toute arrestation et procès. Dans le temps, | le Président entretenait l'opinion directement contraire, c'est-i. dire qu'il fallait faire un procès et punir. Il demandait quand le temps v iendrait où l’on pourrait punir. Je répondis ; Jamais, tant qu'ils obéiront aux lois et respecteront les termes de li capitulation.

Eldridge.—Vous envisagiez cela comme une reddition su parole, et souteniez qu'ils ne pouvaient passer en procès que lorsqu'ils violeraient cette parole ? ner Grant.— Oui, c'était là ma manière de voir, exer Eldridge.—Considériez-vous que cela s'appliquait à Jeter trée

son Davis * latio Grant,—Non, monsieur, car lui n'avait pas donné parole. ment Cela ne s’appliquait à aucune des personnes capturées, seule. leurs ment à ceux qui avaient donné parole. ment Eldriuge.— Le Président insistait-il pour que le général défai Lee subit son procès pour trahison ? quen Grant.—C'était sa prétention... Je persistai à dire que croir

le général Lee n'aurait pas rendu son armée ni rendu les armes, mett s’il eût supposé qu'après s'être rendu il dût subir un procès mier pour trahison et être pendu. faire Eh bien, n'est-il pas manifeste, comme l'a dit | l’autre soir l’ honorable député de West-Huron, que Si dont Riel eût supposé qu'en se rendant il subirait le même de 14 sort que s'il était fait prisonnier, jamais il ne se fût tier, rendu, mais qu'il eût fait ce qu'ont fait Gabriel pour Dumont et plusieurs autres ? Pour revenir au préct- race dent américain, qui peut douter que des deux rend hommes, Andrew Johnson et le général Grant, le pris véritable homme d'Etat, le vrai patriote pour

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