‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 272 sur 571 · CESSAIT D'ÈTRE CHÈRE À MON CŒUR · texte numérisé non relu

CESSAIT D'ÈTRE CHÈRE À MON CŒUR

(Vits applaudissements.)

On nous reproche aussi de vouloir franchir la init des prérogatives et des libertés anglaises ; on dit que nous cherchons à faire prédominer nos institutions et notre langue. Je repousse cette imputation. J'interdis à qui que ce soit le droit de m'adresser ce reproche, et cependant, à en croire nos détracteurs, je suis l’un des pius grands criminels de ma race. C'est ce que prétendent en tous cas les journaux tories. Je ne puis trouver de meilleure réponse que de répéter ici ce que je disais dans une harangue que j’adressais au moi de mai 1884 au Club Natior il de Montréal, su)iété composée d'étudiants, comme vous le savez sans

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doute. J'avais choisi comme sujet le parlement d’'Ottawa, et voici ce que je disais entre autres choses:

Ce que je vous ai dit jusqu'ici vous fait voir que la Chambre des Communes, bien qu'il s'y trouve environ cinquante députés de race française, est exclusivement une assemblée anglaise. 11 langue française y est langue oflicielle comme la langue anglaise, mais elle y est de moins en moins parlée. La raison en est qu'il est impossible de prendre une part efficace aux débats, à moins de parler la langue de la majorité,

Le reste de la citation démontrait que l’éloquence française est esthétique, mais que les circonstances ttaient telies en Av:crique que l'anglais était destiné par la force des choses à devenir l4 ‘us universelle.

Vo.lh, messieurs, toute l'étendue de ma faute. Jadmets que la langue anglaise est destince : devenir la langue de ce pays, et c’est une chose que pas un homme sensé ne peut nier. D'un autre côté, je me borne à constater que nous sommes de race française et que, comme tels, nous avons certains devoirs à remplir ; voilà tout. Assurément, pas un Canadien ne saurait trouver à redire à cela. J'ajoute que nous sommes tous Canadiens. Sous l’fle de Montréal, les eaux qui viennent du Nord par l'Outaouais s'unissent aux eaux qui viennent des lacs de l'Ouest ; elle se jolgent, elleme se mêlent pas. Elles offrent en cet endroit le spectacle de deux courants parallèles. parfaitement séparés et distincts, et cependant elles suivent la mème direction, coulent côte à côte entre les mêmes rives, celles du majestueux Saint-Laurent, et dans leur course elles roulent ensemble vers l'océan, portant sur leur dos puissant le commerce d’une nation. (Vifs applaudissements.) Voilà l’image parfaite de notre peuple. Nous pouvons ne pas nous assimiler. ne pas nous fusionner, mais pour tout cela nous n’en somines pas moins les éléments d’une même nation. Nous pouvons être français d’origine — et loin de moi de vouloir renier mon origine, au contraire je m'en proclame orgueilleux. Nous pouvons être anglais, écossais, où de toute autre nativnalité ; mais aussi nous sommes Canadiens ; nous ne faisons qu’un

dans la poursuite du but commun ; et non seulement nous sommes Canadiens, mais aussi nous sommes membre du même empire, l'Empire Britannique. Ce seul fait d’être tous Canadiens, de poursuivie un but commun, d’étre membres de l'Empire Britannique,

fiers du tivre de sujets britanniques, et surtout Cano

diens, prouve surabondemment que nous pouvons conserver nos fiertés nationales respectives sans que cela nuise en rieu à l’umité nationale. Comme Canadien, il existe entre nous une cominunauté de sentiment qui ne saurait être partagée par 108 concitoyens de l’auvre côté de la mer.

Comme Canadiens,nous avons des considérations locales et nationales qui vous unissent et nous permettent de songer au pays de nos ancécres, sans nous sentir pour cela moins bon canadiens.

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