C'ÉTAIT UN ACTE CRIMINEL
(Applaudissements.) Si l’on trouve mes paroles trop sévères, que les ministres expliquent leur conduite; qu'ils nous disent quel nom il faudra donner à leur action.
Ce n’est pas tout. La production de ces papiers, le 5 mai 1885,après que la rébellion eût éclaté, n’a pas été faite spontanément par le gouvernement. Il fallut que M. Blake les lui arrachât par sa persistance. (Applaudissements.) Lorsque la rébellion eût éclaté, iln'y eut qu'un cri pour demander des renseigne.nents. Tout le monde voulait savoir ce que c'était que les Métis et de quoi ils se plaignaïent. M. Blake se fiten cette oeca ‘on Pinterprète du public. Jour par jour, srrès que les nouvelles de la bataille du Lac aux Cansrds nous fussent parvenues, M. Blake se levait pour demander au gouvernement de produire les papiers qu'il avait demancés deux ans auparavant, de même que toutes les autres pièces de nature à jeter quelque lumière.sur le sujet. Jour par jour, on la lui refusait. Ce ne fut que par une persévérance infatigable que l’on put forcer le gouvernement de produire quelques-uns des papiers... Pastous! Nous savons aujuurd’hui que quelques-unes des pièces les plus importantes ont été supprimées et n’ont jamais été déposées sur le bureau de la Chambre.
Maintenant, me demanderez-vous, quels étaient les griefs des Métis? Que demandaient-ils? Simplement ceci: Ils voulaient être traités de la même manière que l'avaient été les Métis du Manitoba ; rien de plus, rien de moins. Les Métis du Manitoba avaient reçu des titres gratuits pour les terres qu'ils vecupaient ; les Métis du Nord-Ouest demandaient la même chose. Les Métis du Manitoba avaient reçu un octroi spécial de terre en considération de ce que nuus sommes convenus d'appeler l'extinction du titre
sauvage; les Métis du Nord-Ouest demandaient la même chose. Et ils n'étaient pas seuls à demander cela ; les colons de race blanche le demandaient pour eux. les fonctionnaires mêmes du gouvernement le demandaient pour eux. Et cependant onle leur refusait. On le leur a refusé pendant sept longues années,
On le leur a accordé, lorsqu'ils l’eurent demandé Je W fusil à la main. Alors, pour la première fois, le \1 gouvernement céda à leurs demandes. “2
Mais je laisse à M. Blake le soin de traiter ce côté Kl
de la question. Certes, c'était là un grand grief.
Cependant, si c’eût été leur unique grief, je n’éprou- “A verais pas pour eux, je l’avoue, la profonde sym- db
pathie qu’ils m'inspirent. Il y avait autre chose: le re gouvernement pri $ : : £ duil
S'FST MONTRÉ INHUMAIN, CRUEL, qui
ES , : . D à dev à leur égard au sujet de leurs terres ; d’une inhumanité, Mai d’une eruauté telles que pas un peuple au monde ne D oi voudrait s’y soumettre. Vousavez entendu des minis- Nr tres, des membres du parlement, des journaux déclarer sa ii que jamais il n’y avait eu un seul Métis expulsé de sa dirt
; terre. Les ministres ont dit cela, des membres du
parlement, des journaux l'ont répété jusqu’à ce que su ce fût devenu un des lieux communs de la littérature tory. Que des membres du parlement, que des journaux répètent ce propos, je m'explique cela. Ils accep- par L tent de confiance les déclarations des ministres. Mais allait en vérité il ne m’entre pas dans l'esprit que les minis- D ou tres affirment pareille chose, à moins de supposer \ qu’en voulant convaincre les autres ils se sont con- seul ] vaincus eux-mêmes. Vous avez, peut-être, entendu signa raconter l’anecdote du Français qui voulait mystifier lettre un deses amis. C'était à Marseille.— ‘ Si vous allez en jui dans le port, dit-il à son ami, vous y verrez une baleine”. L’ami resta incrédule tout d’abord, mais 1 finalement il se dirigea vers les quais, faisaut part de la laquell nouvelle À tous ceux qu'il rencontrait.jusqu’à ce qu’une cepenc grande foule se fût portée au même endroit. L'au- rl u teur de la plaisanterie lui-même, voyant les gens pren- ‘da à
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dre cette direction en foule, se dit :—‘Après tuut, peut-
être y a-t-il quelque chose. A'lons donc voir s’il n’y a as réellement une baleine dans le port.” (Grande ilarité et bravus.)
Chaque fois que je lis les discours de M. Thomas White, de M. Thompson, de M. Foster, qui affirment à la face du pays que jamais un seul Métis ne s’est vu spolier de sa terre, cette histoire me revient en mémoire (Nouvelle hilarité.) Je crois que ces messieurs, à force de vouloir en impuser aux autres, ont fini par s’en imposer à eux-mêmes. Ils ne manquent pas d’astuce tout de même. Ils disent : Nous défions l'opposition de prouver qu’un seul Métis a été dépossédé. Leur privilège de faire un triage parmi les papiers à produire devant la Chambre et de dire quels sont ceux qui doivent être produits et quels sont ceux qu'ils devront supprimer, leur donne une grande confiance. Mais, en dépit de ces désavantages, j'accepte le défi
‘qu'ils nous portent de prouver qu’il y ait jamais eu un
Métis dépossédé de son bien. Si maigres que soient À sujet les données des livres bleus, il y en a suflisamment pour faire la preuve en question, suflisamment pour prouver non pas un cas isolé de spoliation,