‹ Wilfred Laurier à la tribune [microforme]Chapitre 292 sur 571 · FUT VIOLÉE ET FOULÉE AUX PIEDS · texte numérisé non relu

FUT VIOLÉE ET FOULÉE AUX PIEDS

La parole de Sa Majesté,représentée par ses ministres, fut violée et foulée aux pieds. Je vous le demande encore une fois, messieurs, est-il étonnant que ces hommes se soient indignés d’une telle conduite? Ki vous voulez une preuve de ce que je viens de dire, voici une requête présentée à M. Duck le 19 novembre 1885, et signée par William Bremner et vingt-trois ou vingt-quatre autres Métis.

St Louis de Langevin, Saskatchewan, 19 novembre 1883.

Monsieur,

Les soussignés, cultivateurs résidents de la paroisse de St Louis de Langevin, sur la branche sud de la Saskatchewan, ont l'honneur de vous faire l'exposé suivant de leurs griefs, par rar port aux terres qu’ils habitent. Plusieurs d’entre nous se trouvent ici depuis les années 1873, 74 et 75; et d'autres, en plus grand nombre, depuis 1880, Tous,sans exception,nous avons pris les terres que nous habitons, suivant le mode suivi autrefois

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sur les terres de la Rivière Rouge et de l’Assiniboine, c'est-àdire en lots de rivière, Dans l'automne de 1880, nous avons présenté une petition au ministre de l'Intérieur à Ottawa pour avoir un arpentage spécial en lots de rivière tel qu'accordé à l'établissement de Prince-Albert et à une partie de l'établissement de St Laurent.

Nous avons tous signé la dite potition, sans excepter M. Michel Canny, qui, depuis, a fuit inscrire sa terre à votre bureau comme lot carré, et contre l'action duquel nous protestons hautement par les présentes, Depuis cette époque nous

avons adressé de nouvelles pétitions pour le même objet, en,

différents temps, en appuyant notre demande de l'influence de tous les gens haut placés qui voulaient s'intéresser à nous, tels que messieurs Joseph Royal, M.P.; D. H. Macdonald, M. C.N.0., L. Clarke, S. G.'‘Mgr Grandin et le KR. P. Leduc. Enfin le prin‘emps dernier, le KR. P. Leduc, qui avait été envoyé en délégation à Ottawa par la population d'Edmonton et de St Albert, nous a montré la réponse du gouvernement, qui promettait un arpentage spécial pour toutes les terres habitées de la Saskatchewan. Depuis ce temps-là nous attendons en vain ce nouvel arpentage.

Voilà encore une des nombreuses pétitions qui, comme toutes les autres, ne reçut aucune réponse, et messieurs, quelles furent les conséquences de cet état de choses? Les conséquences furent que les Métis se virent, l’un après l’autre, chassés de leurs terres. Et voici comment: Nous avons une loi, et une très bonne loi, d’après laquelle tout sujet de Sa Majesté, âgé de 18 ans, a droit à un homestead de 160 acres dans les Territoires du Nord-Ouest. Quand les titres sont dressés et les plans déposés entre les mains de l’agent, tout sujet de Sa Majesté peut aller au bureau de l'agent et faire inscrire son nom pour un quart de section à son choix, et, dès qu’il prend ainsi possession de ce lot, il lui appartient de plein droit. Le Métis possèdeille même droit? Non, il ne possède pas ce droit d'inscription. Et pourquoi pas? La raison est bien simple. L'agent des terres a dans son bureau le plan d'un township,—supposons un des townships où la rébellion s’est fait sentir. Sur ce plan, les terres sont divisées par lots carrés de 40 chaînes de longueur sur 40 de largeur. Siun Métis se présente à l’agent pour

obtenir un lot, celui-ci lui dira: ‘ Je vais vous inscrire pour un homestead dans n'importe quelle partie de ce plan.” Le Métis lui désigne un lot de dix chaînes de largeur sur deux milles de longueur en disant : ‘“ Inscrivez-moi pour cette pièce deterre.” L’agent répond: ‘ Non, je ne puis faire cela, maïs je vais vous faire une inscription pour ce lot; 40 chaînes sur 40.“ ‘* Maïs. objecte te Métis,si vous me donnez une largeur de 40 chaînes, je me trouverai prendre une partie de la propriété d’un autre; et si vous m’en donnez une longueur dequarante,mon lot couvrira partie d’une propriété déjà occupée; par conséquent je ne puis faire cette inscription.” N’est-il pas évident que le Métie n’a pas le droit d'inscription? Efsi vous désirez une preuve plus évidente encore, voici une lettre adressée à M. Duck par Louis Schmidt qui vous convaincra :

Grandin, Saskatchewan T. N, 0,

le 26 avril 1884.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous exposer les faits suivants :—Je suis un des nombreux colons du sud de la Saskatchewan, qui durant les quatres dernières années ont envoyé pétitions sur pétitions pour faire diviser nos terres en lots de dix ou vingt chaines de large sur deux milles de lonz, comme on l'a fait pour les établissements de Prince-Albert, sur les rives nord et sud de la Saskatchewan. Je regrette d’avoir à dire que Jjusqu'ici on n’a pas fait droit à notre demande, on ne lui a même pas donné une réponse quelconque, et je crois devoir dire qu'un tel état de chose est presque intolérable. La majorité des colons, et je suis un de ceux-là, occupent et cultivent leurs terres depuis plus de trois ans, et, par conséquent, doivent aveir droit à des lettres patentes, Muis, comme ils ont pris leurs terres voisines les unes des autres, espérant qu'elles seraient divisées en ‘ lots de rivières ” (river lots) ils n’ont pu les faire inscrire au Bureau des Terres. Il est inutile de vous faire perdre un temps précieux en multipliant les détails. Vous voyez, en un coup d'œil, le véritable état des choses. En conséquence, je vous prie sérieusement d'y rémédier le plus tôr possible, pour la satisfaction de tant de loyaux sujets de Sa Majesté et de votre humble serviteur.

LOUIS SCHMIDT À l'hcnorable ministre de l'Intérieur, Ottawa.

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Cette lettre, monsieur, prouve assez que les Métis ne pouvaient obtenir ces terres, ni s'inscrire pour les obtenir. Mais, si un étranger venant des provinces de Québec, d’Ontario ou d'Europe, et bien moins scrupuleux que le Métis, se rend chez l’agent et demande uu de ces lots, sachant bien qu'il est occupé déjà, il ira, documents en mains, déloger le pauvre Métis de chez lui et lui dire:

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