C’EST UNE MENACE
et l'on s’est servi de cette menace envers le gouvernement américain pour voir quel mal résulterait s'il refusait de nous ouvrir ses portes. L’appât ou la menace, quelque soit le nom, n’a pas été eflicace, et nous devons essayer autre chose.
Mais, dira-t-on, la réciprocité limitée peut être considérée comme une chose impraticable. Je n'ai pourtant pas entendu une sents-Voix siélover de l’autre côté de la frontière en faveur de la réciprocité limitée ; mais par exemple, des hommes d'état éminents, des membres du Congrès, des marchands influents, des chambres de commerce se sont maintes et maintes fois prononcés vigoureusement en faveur de la réciprocité illimitée, et actuellement il y a devant le Congrès deux mesures à cet effet. Ce sentiment, qui est prouvé par les propositions devant le Congrès, n'est pas d'hier. Il date de 1861. Dès cette annte-là, la chambre de commerce de Ta cité de New-York soumit au Congrès une pétition en faveur de l'extension du traité de réciprocité qui existait alors.
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Cette pétition adressée au Congrès eut un effet pratique. En 1864, le Congrès prit en considération une résolution du comité de commerce en faveur de l'extension du traité et de ses provisions, Cette résolution fut Lai en mars 18654 ; on la prit en considé-
ration en décembre suivant, mais malheureusement rien n’en résulta. Et pourquoi? À cause des évènements qui survinrent en 13854; à cause de l'attitude peu amicale maintenue par l'Angleterre et le Canada envers les Etats-Unis dans les grandes luttes que ces derniers soutenaient alors. Le croiseur A/4bama équipé dans le port de Londres, le coup de main de Saint- Alban tramé à Montréal, nous aliénèrent tellement l'opinion publique chez les Américains qu'ils ne voulurent plus rien faire avec cette résolution: nous pouvons nous faire une idée des sentiments entretenus dans le temp: par l'administration de M. Lincoln, en lisant une certaine lettre adressée à lord John Russell et écrite par M. Adams, alors ministre près la cour de St-James. Elle porte la date de novembre 1864, et dit ceci:
Le bien-être et la prospérité des provinces britanniques sont aussi sincèrement désirés par nous qu'ils peuvent l'être par la Crrande-Bretagne. Dans un sens pratique, elles sont une source de revenus et de prestige pour un de ces pays, et
le sont à peine dans un degré moindre pour l'autre, quoique la
juridiction en app'utienne entièrement au premier. Mon gou-
vernement a assez prouvé que c'étuit là sa sincère conviction, en consentant à ouvrir avec elles des relations de commerce et de trafie réciproques et libres presque aussi intimes que celles qui existent entre las différents états de l'Union. Jusqu'ici nous avons eu lieu d être satisfaits de ces relations dans toutes les circonstances, et cette disposition se continuera sans doute pourvu que l'ainitié soit réciproque et que la paix et l'narmonie sur les frontières, indispensables au maintien des bonnes relations, soient fermement assurées.
Ces sentiments étaient ceux de l'administration de M. Lincoln en 1864, et ils sont encore les sentiments de l’administration de M. Cleveland en 1888. Nous avons une preuve suflisante des sentiments de
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l'administration de M. Cleveland sur cette matière dans la correspondance échangée entre M. Bayard et sir Charles Tupper. Dans la lettre adressée par M. Bavard à sir Charles, quoique cette lettre ait été citée souvent, on me permettra de la citer encore une fois, parce qu'elle me semble