AUX CANADIENS-FRANÇAIS
Ce pays cependant n’est pas resté terre française, mais nous sommes toujours restés fidèles au souvenir de notre ancienne mère-patrie.
Bien que séparés de la France depuis plus d’un siècle,bien que différant d’elle aujourd’hui de plusieurs manières, nous avons toujours conservé sun culte dans notre cœur, suivant de loin, mais avec un intérêt qui n’a jamais cessé un seul instant, toutes les péripéties de sa vie tourmentée, prenant notre part deses joies, de ses triomphes,deses désastres, deses douleurs, plus encore de ses douleurs que de ses joies.
L’adversité est l'épreuve de toutes les affections, et j’en appelle à vous tous, n'est-il pas vrai que nous n'avions jamais réalisé combien la France nous était chère comme nous l’avons réalisé à l’époque de ses revers, dans les fatales années 1870 et 1871, quand le télégraphe nous apportait des défaites au lieu des victoires que nous attendions ? Et quand il n’y eut plus à en douter, quand, ayant espéré contre toute D il nous fallut pour nous convaincre lire et relire le texte de la dure loiimposée par le vainqueur, quand l’Alsgce et la Lorraine étaient violemment arrachées au territoire français, je vous le demande, si on nous avait enlevé un de nos propres membres, aurions-nous plus souffert ?
Le toast proposé par M. Langelier nous rappelle” que notre séparation d’avec la France nous a imposé de nouveaux devoirs, créé de nouveaux intérêts et ouvert de nouvelles affections. Nous sommes Canadiensfrançais, mais notre patrie n’est pas confinée au territoire ombragé par la citadelle de Québec: notre patrie, c’est le Canada, c’est tout ce que couvre le drapeau britannique sur le continent américain, les terres fertiles qui bordent la baie Fundy, la vallée du S$t- Laurent, la région des grands lacs, les prairies de l'Ouest, les montagnes Rocheuses, les terres que baigne cet océan célèbre où les brises sont aussi douces que les brises de la Méditerranée. Nos compatriotes ne sont pas seulement ceux dans les veines de qui coule le «ro de la France, ce sont tous ceux, quelle que soit leur race, ou leur langue, que le
sort de la guerre, les accidents de la fortune ou leur propre choix ont amenés parmi nous et qui reconnaissent la suzeraineté de la couronne britannique. Quant À moi, je le proclame hautement, voilà mes compatriotes, je auis Canadien. Mais je l’ai dit ailleurs, et j'ai plus de plaisir à le répéter ici ce soir, entre tous nes compatriotes, la première place dans mon cœur est pour ceux dans les veines de qui coule le sang de mes propres veines. Je n'hésite pas à dire cependant que les droits de mes compatriotes d’autres races me sont aussi chers,aussi sacrés que les droits de ma propre race, et si le malheur voulait qu'ils fussent jamais attaqués, je les défendrais avec autant d'énergie et de vigueur que les druits de ma propre race. Je dis moi, ne devrais-je pas dire vous, nous tous? Oui, nous summes trop fils de la France, de cette généreuse nation qui a tant de fois donné son sang pour défendre les faibles, les opprimés, pour n’être pas prêts en tout temps, nous aussi, à défendre les droits de nos compatriotes de nationalités différentes, à l’égal des nôtres. Ce que je réclame pour nous, c’est. une part égale de soleil, de justice et de liberté : cette part nous l'avons, nous l’avons ample, et ce que nous réclamons pour nous, nous sommes anxieux de l’accurder aux autres. Quant à moi, jene veux pas que les Canadiens- Français dominent sur personne et je ne veux pas que personne domine sur eux. Justice égale, droits égaux. Il est écrit que les sables des mers sont comptés, que pas un cheveu de notre tête ne tombe sans la permission d’une providence éternelle, éternellement sage. N’est-il pas permis de croire, lorsque, dans la bataille suprême livrée sur les plaines d'Abraham, le sort des armes tourna contre noûs ; n'est-il pas permis de cruire qu’il entrait dans les desseins de la Providence que les deux races jusque-là ennemies vécussent désormais en paix et en harmonie sur ce continent, et désormais ne Ésent plus qu’une seule nation ? C’est là l’idée qui a été la source inspiratrice de la Confédération. Quand les provinces britanniques furent unies sous la même constitutivn, l’espérance maintenant avouée était de donner à tous les éléments épars
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