LE POINT DU DÉSAVEU
C'est Le seul point que je veuille traiter de cette question, qui est née dans la province de Québec et qu’il fallait régler d’une façon ou d'une autre.
L'autre jour, monsieur Chapleau—il n'y a pas plus de 15 jours—a prononcé un discours à Saint- Hilaire, au cours duquel il a dit qne, du temins qu'il était premier ministre, il était entré en négociation our régler cette affaire et que, s'il l'avait réglée, il ps ait fait de facon à satisfaire tout le monde, les protestants comme Îes catholiques ; mais il ne l’a pus réglée et il n'a pas essavé de dire que ce qui à été fait
n'était pas bien fait. Mais c'est là une affaire qu'il fallait régler. Elle a soulezé beaucoup d'olje:tions ; ilyena plusieurs dans le nombre que je pourrais discuter ; si je le fais, ce sera avec votre approbation, Je ne requiers qu'une chose : le fair play nécessaire à l'exainen que j'en vais faire, Je ne vous demande que de m'écouter. (Applaudissements.) J'ignore si je parviendrai à vous convaincre. Je ne l'espère pas. Mais au moins ne refuserez-vous pas d'entendre un compatriote venant devant vous plaider une cause impopulaire ? (Applaudissements bruyants et prolongés.)
[I y a une chose dont je suis persuadé, c'est que cette loi toute entière eût passé sans encombre, n'eût pas soulevé la moindre agitation, si elle ne portait en évidence le nom du pape, et si elle n'était conçue de façon à signifier une chose que je vais examiner à l'instant : l'établissement de la suprimatie du pape sur l’autorité de la reine. Je pense, messieurs. que j'expose franchement la question; je désire la poser hounétement et l'examiner couragensement. Je connais assez mes concitoyens d’origine anglaise, je Fais suffisamment l’histoire d'Angleterre, je suis assez au fait de la littérature anglaise pour savoir que, lorsque Shakespeare met dans l1 bouche du roi Jean les fières
paroles adressées au légat du pape: “No lalian priest shall tithe or toll in our dominion, ” il a touché le cœur anglais à sa corde la plus sensible (applaudisse- . ments). Je sais qu’il n'existe as un homme dans les veines de qui coule le sang anglais, quelqu'humble que puisse être sa condition, si restreint que soit le champ de ses connaissances, qui ne soit assez au cou-
‘ant de l’histoire d'Angleterre pour sayoir que jamais la nation anglaise ni les souverains d'Angleterre n’auraient laissé le pape intervenir dans les affairex tempureiles de l'Angleterre. (Applaudissements.) Et maintenant, mes concitoy ens, laissez-moi faire