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Que serait-il arrivé, monsieur, si nous nous étions rencontrés, vous et moi, il y a six cents ans et qu'il eût été en notre pouvoir d'influencer mutuellement nos destinées? Je n'ai aucune inclication à raviver des souvenirs de discorde et de violence, mais je ne répondrais pas à l'attente du généreux public qui nous écoute, et du publie plus grand du dehors qui a pris tant d'intérêt à notre élection, si je n'étais pas, comme il l’est, ému et fier du magnifique contraste entre ce qui se passe aujourd'hui dans cette salle, et ce qui se serait passé autrefois dans des circonstances semblables, Il y a six cents ans, si les miens vous avaient rencontré, pleins de colère, ils vous auraient assailli comme un odieux persécuteur, et les vôtres, désireux d'enflammer les vainqueurs contre les hérétiques, auraient crié : 4 Frappez, frappez encore ; Dieu reconnaitra les siens."
Vous avez eu à cœur, monsieur, et loin de moi l'idée «le vous condamner, vous avez eu à cœur de laver de toutes ces atrocités la mémoire de l’illustre fondateur de l'ordre religieux auquel vous apptutenez ; car assurément le reproche ne doit pas être fait à lui, mais au siècle dans lequel il vivait, et à tout le monde pendant plusieur, siécles. Je n'ai pas pour habitude, j'ose le dire, de parler, avec une complaisante admi- ‘ation, de mon temps, à mes contemporains. Plus vivement je désire ieur bonheur et leur gloire, plus je me sens enclin à leur signaler ce qui leur manque encore pour remplir leurs glorieuses destinées. Mais je ne puis me refuser la joie, et le dirai-je, l'orgueil que j'éprouve au spectacle que l’Académie offre en‘ce moment à tous les yeux. Nous sommes ici, monsieur, vous et moi, la preuve vivante et les témoins heureux du sublime progrès qui s’est accompii dans Pintelligence et le respect de la justice, de la conscience, du droit et des lois divines si longtemps méconnues, qui règlent les devoirs des hommes envers Dieu et la croyance en Dieu, nul n’étant tué ni ne tuant aujourd'hui au nom de Dieu, nul aujourd'hui au prétendant au droit d'anticiper sur les décrets du Souverain Juge.
Monsieur le président, nous sommes aujourd'hui en ce pays comme ils étaient en Europe—catholiques et protestants ensemble. Allons-nous faire revivre ces vieilles lois? Allons-nous frapper au nom de Dieu ? Non; ces temps sont passés. Mais ce n'est pas assez. Allons-nous anticiper sur les décrets du Souverain Juge, ou plutôt ne dirons-nous pas, conformement à'la devise constante du parti libéral:
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