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tation serrée. Comme orateur parlementaire, il n’a pas son égal en Canada, et cependant notre Chambre des Communes renferme des hommes comme Blake, sir John, Mackenzie, Tupper, Cartwright, Davies, etc.
Lorsqu'en 1886, M. Laurier plaida la cause des Métis du Nord-Ouest, il tint la Chambre toute entière sous le charme, depuis le commencement jusqu’à la fin de son discours.
! Voici d’ailleurs le témoignage que lui rendait - M. Blake :
‘“ Non content d'avoir, depuis de longues années et dans sa propre langue, remporté la palme de l’éloquence parlementaire, mon honorable ami nous a enlevé la nôtre ; il a prononcé un discours qui, dans mon humble jugement, mérite ce compliment, car je crois être vrai en déclarant que c’est le plus beau discours parlementaire qui ait été prononcé dans le parlement du Canada, depuis la confédération.”
L'on se rappellera que feu l’hon. Thos. White, un homme de valeur s’il en fut un, appuya de sa parole autorisée ce témoignage si flatteur, et ajouta même que M. Laurier serait digne de figurer dans n'importe quel Parlement Européen. Et c’est Sir John Macdonald lui-même qui traversa un jour le parquet de la Chambre, pour le féliciter d’un discours appuyant la proposition: d’une adresse jubilaire à la Reine, qu'il venait de clore par une enlevante péroraison.
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M. Laurier pousse très loin le culte de la forme. M. Tarte, qui est un connaisseur, décrivant
un jour l'effet produit par M. Laurier aux.
fêtes du cinquantenaire du collège de l’Assomption, disait : ‘Il a fait un discours qui, dans n'importe quel pays du monde, placerait son auteur au premier rang des maîtres de la langue française.” Et M. Tarte‘ajoutait : ‘ Laurier n’est vraiment hors pair que dans l’éloquence étudiée, policée, qui fait les délices des auditoires triés sur le volet. Les clameurs de la foule le laissent froid et indifférent ; il s’enivre d’un amphithéâtre garni de lettrés.”
Quoique la Chambre des Communes soit le théâtre où M. Laurier ait le plus déployé ses grandes aptitudes, notre chef ne doit pas peu sa grande popularité à ses succès de hustings. Qui ne se rappelle cette fameuse joûte oratoire de Longueuil, lors de l'élection de M. Préfontaine, le 30 juillet 1886! M. Laurier parla avant M. Chapleau, c’est vrai, mais il eut le talent de détruire d'avance chacun des arguments de son adversaire. Il me semble encore le voir, se tournant du côté du Secrétaire d'Etat et lui lançant cette foudroyante apostrophe :
‘ Vous parlerez après moi, mais je sais ce que vous direz et vous réponds dès maintenant. Je connais depuis longtemps le circuit que le boulet rivé à vos pieds vous permet de parcourir.” Fox, le grand Fox, n’eût pas caractérisé d’un trait plus
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mordant la position humiliante dans laquelle se trouvait alors M. Chapleau.
Un autre trait qui fait voir combien sa puissance est énorme sur la foule. Je laisse la parole à mon ami Donoso de l’Union Libérale :
‘ Pendant les élections locales de 1886, il y eut ‘ une grande assemblée des électeurs anglais de ‘ Mégantic. Le fanatisme avait fait son œuvre, ‘ les orangistes, au moyen de la question Riel, ‘ avaient soulevé les préjugés de l'élément protes- ‘ tant contre nous. Un de nos amis terminait son ‘“ discours, quand un orangiste de l'endroit, véri- ‘ table forcéné, s’écria avec rage : On n'a pas ‘“ parlé de Riel et on n'osera pas en parler !” Des ‘“ cris s’élevèrent, des vociférations éclatèrent de ‘“ toutes parts. Laurier répondit simplement : “ Juill” Et, s’insinuant habilement dans leur ‘esprit par un appel à la loyauté britannique, ‘ leur rappelant l'esprit de tolérance et de justice ‘“ qui doit animer tous les citoyens d’un pays ‘ mixte, il leur raconta les détails de cette sombre ‘ tragédie du Nord-Ouest.
‘ Quelqu'un nous disait que cette foule hostile ‘“ courba la tête, pas entièrement convaincue, ‘“ mais domptée, subjuguée par le courage et ‘ par l’éloquence de l’orateur.”
C’est à la Chambre des Communes que M.
Laurier a remporté ses plus grands triomphes oratoires. Toute cause juste a trouvé en lui un ardent défenseur. Comme on aime à relire ses
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discours sur l’autonomie des provinces, sur l’Acte des chemins de fer, sur l’Acte des licences, sur la loi de franchise électorale, sur la question des frontières, sur le désaveu, sur la question ouvrière! Quelles nobles protestations il a fait entendre contre l’autoritarisme de sir John, les abus de toutes sortes et les violations du droit commises par l’administration actuelle !
Rappelerai-je ici la part glorieuse prise par
M. Laurier sur la question Riel? On a dit que le raisonnement dans ses formes didactiques ne suffisait point pour défendre la liberté et que lorsqu'il fallait braver un danger quelconque pour prendre une résolution généreuse, l'éloquence seule était assez puissante pour donner l'impulsion nécessaire dans les grands périls. On peut dire que, lors de la question du Nord- Ouest, l’éloquence de M. Laurier a été à la hauteur du danger. Sa grande et généreuse voix a revendiqué les droits des Métis de la Saskatchewan, et le sang agité, l’âme émue par le sombre drame de Régina il a stigmatisé et flétri devant l'histoire et la postérité ceux dont le cœur était atrophié et l’esprit borné par de vulgaires intérêts matériels !
Le 7 juillet 1885 au cours du débat il flétrit la conduite du gouvernement qui a supprimé les documents qui justifient jusqu’à un certain degré la conduite de Louis Riel :
‘“ Le gouvernement fait à Louis Riel un pro-
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cès qui décidera de sa vie ou de sa mort ; mais je suppose que ce n’est pas le sang de cet homme qu'il veut. Je suppose que, s'il a quelque chose en vue, ce n'est rien tant que l'application de la justice britannique ; et si, dans les faits énoncés hier par mon honorable ami, il y a quelque chose en faveur de Louis Rie’ “ur uider à sa défense, Louis Riel a le plein po voir de s’en servir. Je ‘irai plus.
“ Je répète que les hommes qui font à Louis . iel un procès d’où dépend sa vie ou sa mort, ne désirent pas son sang, qu'ils veulent seulement que la justice ait son cours ; et si la justice exige que parmi les nombreux documents qui ont été supprimés, qui n’ont pas été soumis à cette Chambre, il y a quoi qu” ce soit qui puisse aider à la défense de Riel, c’ leur devoir de les produire ; et s'ils cachaïient 14 moindre chose capable d'aider à la défense de Riel, je les accuserais d'avoir participé à son assassinat, au cas où il serait jugé en l'absence de cette partie de la défense. Il serait mal que l’honorable monsieur cherchât à soulever les préjugés des masses en cette matière. Il y-a, dans ce pays, des préjugés de différentes sortes. Nous ne sommes pas encore assez vieux, comme nation, pour avoir oublié la différence de nos origines ; et je dis franchement que les habitants de ma province, qui ont une communauté d’origine avec les insurgés, sympathisent avec eux, justement comme les habitants
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d'Ontario, qui, sont d’une d'origine différente, sympathisent dans un sens différent.”
Puis M. Laurier termine son discours par les paroles suivantes, qui donnent une idée de la puissance avec laquelle il sait manier le sarcasme :
‘“ Le premier ministre a dit hier que Gabriel Dumont et ses amis sont et qu’ils ont toujours été des rebelles. Il n’est pas à ma connaissant > que Gabriel Damont ou aucun de ceux qui o:t pris les armes sur.la Saskatchewan ou sur rivière Rouge aient jamais songé à se révolter contre l'autorité de Sa Majesté la Reine. Ce n’est pas contre la Reine qu’ils se sont révoltés : c'est contre la tyrannic du gouvernement canadien! Il est très possible que les Métis, à peine sortis d’une vie nomade, n’ayant pas été en réalité plus de sept ou huit ans sous le régime anglais, n'aient pas encore appris à aimer le drapeau anglais, parce que jusqu’à présent, ce drapeau confié aux mains des députés de la droite ne leur a pas apporté cette justice qui a accompagné le drapeau anglais partout depuis cinquante ans. Mais je dis ceci, moi qui viens d’une provinee où il y a moins de cinquante ans tous les hommes de la race à laquelle j'appartiens étaient des rebelles et où tous ceux de cette race sont aujourd’hui des sujets aussi fidèles et aussi loyaux qe les autres,—je dis: donnez justice :à:ces
hommes, accordez leur leurs droits, traitez: les