US
et la qualité du poil, et aussi, d’après Brauns qui en a examiné des sujets frais, par les callosités et la demipalmure de ses pieds, l’Itatsi est encore un Vison. C’est un Vison, enfin, par ses mœurs aquatiques et par son genre de nourriture, car il vit de Poissons et de Crabes, comme de Rats, de Souris et d'Oiseaux.
Mais Brauns pensait que l'Itatsi devait être rattaché spécifiquement et à titre de race locale ou variété au Vison d'Europe. En ce point, Wilh. Blasius a une toute autre manière de voir, qu'il va développer dans le chapitre suivant.
POURQUOI FAUT-IL CONSIDÉRER Putorius itatsi COMME UNE BONNE ESPÉCE.
D’après Wilh. Blasius, le groupe des Visons comprend trois espèces certaines: 1°, P.vison, del'Amérique du Nord, &, P. lutreola, d'Europe, 3°, P. itatsi, du Japon. P. sibiricus, que Gray plaçait dans le même groupe et qu'on avait à tort réuni spécifiquement à P. élalsi, devrait être, d’après Blasius et comme nous l'avons vu plus haut, rapporté au groupe des Belettes et Hermines ; mais, d'une part, les groupes Puldorrius, Lutreola et (Gale sont, comme il résulte de la discussion ci-dessus, si peu et si vaguement caractérisés, et, d'autre part, P. sibiricus a tellement l'aspect extérieur des Visons, que je pe puis m'empêcher de regarder comme bien douteux les droits de cette espèce à la place qui lui est assignée ici (1). P. Hodgsoni Gray (Vison canigula Gray), du Nepal, paraît à Blasius très voisin du précédent et devrait le suivre. De même, P. subhaemachalanus Hodgson, aussi du Népal. Des espèces que Gray joignait aux trois premières, tout au plus P. Horsfieldi Gray, de l'Inde,
(1) Je n’ai pas encore pris connaissance , il est vrai, des « Craniologischen Studien » de Hensel.
peut-il être maintenu dans le groupe. D'autre part, Hensel a supposé que Viverra aterrima Pallas, qu’on n'a jamais retrouvé depuis qu'il a été décrit, pourrait n'être qu'uné variété mélanique d’une espèce de Vison. Ces deux espèces mettraient en continuité géographique, par la Sibérie et par l'Inde, les Visons d'Amérique et du Japon avec celui d'Europe. Mais, faute de matériaux, Blasius doit les laisser en dehors de son étude. Danstous les cas, le nom d'ataisi Temminck (1842) aurait la priorité sur celui d'Horsfieldi Gray (1843). Quant au nom d'alerrima Pallas, quand même il s’appliquerait à la même espèce que celui d’éäalsi, Blasius croit qu'il devrait être rejeté, comme impropre et visant un cas de mélanisne; mais, sur ce point, Je ne suis pas d'accord avec Blasius. Sous peine de laisser ouvertes les portes de l'arbitraire, qu'elle a pour but de fermer, ia loi de priorité doit, à mon avis, être respectée, quel que soit le sens banal du terme appelé à en bénéficier. Quant
P. moupinensis À. Milne-Edwards et P. davidianus À. Milne-Edwards (1), Wilh. Blasius, qui n’a pu se procurer les « Etudes pour servir à l'Histoire de la Faune mammalogique de la Chine », ne les connaît que par leur première et insuffisante description fin Nouv. Arch. Museum, VIH |1871]|, Bull., p. 9%), et il n'en peut rien dire. Il ne va donc s'occuper ici que des trois espèces désignées les premières en tête de ce chapitre.
Après avoir donné l'inventaire de ses matériaux, qui comprennent neuf individus d'Amérique, dont un représenté par la peau et le crâne, sept par les crânes etun par le squelette entier , de P. Vison, et neuf individus , tous d'Europe, dont trois représentés par les peaux et les crânes et les autres par le crâne seul, de P. lutreola (les sujets de P. tlatsi ont été énumérés plus haut), Wilh.
(1) Les sujets montés de ces deux formes que j'ai pu voir au laboratoire de Mammologie du Museum de Paris m'ont paru ressembler extérieurement beaucoup, l’un et l’autre, à P. ifatsi ; mais ils sont sensiblement plus petits.
ns te 5 lé
Blasius aborde l'étude détaillée des caractères distinctifs de ces espèces. À ses observations, j'ajouterai les miennes, en note, quand il y aura lieu.
1. Des crânes des trois espèces, celui d’itatsi est décidément le moins aplati; son profil est limité en dessus par une ligne assez uniformément, quoique très peu, convexe, qui, au niveau du vertex, peut devenir droite ou même, très-rarement, concave. Chez les deux autres espèces, on observe le plus souvent, une petite dépression au niveau du vertex et un espace assez plan sur le front. P. itatsi, sous ce rapport, se rapproche nettement de P. sibiricus, et c'est bien certainement pour ce motif que Gray, Coues et Hensel ont, à tort, réuni les deux espèces. P. lutreola et P. vison, sous le même rapport, se ressemblent étonnamment l'un à l’autre, beaucoup plus qu'ils ne ressemblent à P. itatsi.
2. La denture de EP. vison est, soit absolument, soit relativement à la longueur basilaire du crâne (celle-ci est mesurée du bord antérieur du trou occipital au bord postérieur de l’alvéole de l’une ou l’autre des incisives médianes), bien plus développée que chez P. itatsi et P. lutreola. La face de vison est, relativement, beau- - coup plus grande : la partie qui supporte les dents prend, chez lui, beaucoup plus du tiers de la base du crâne, tandis que, chez les deux autres, elle n’en occupe à peu près que le tiers (1).
3. Le palais est, chez lutreola, de façon absolue et relative, considérablement plus large que chez vison et itatsi. Ainsi, chez le premier, la canine et la première prémolaire sont plus éloignées des dents symétriques que chez les deux autres, non-seulement d’une façon relative, mais même d’une façon absolue ; et cependant vison a le crâne un peu plus gros et montre surtout une denture beaucoup plus forte, du moins si l'on compare entre eux des crânes de même sexe; ce caractère est d’ailleurs encore plus net dans la partie postérieure du palais, à cause de la plus grande divergence, chez lutreola, des deux séries dentaires. Cette divergence est si faible, chez vison, que les tangentes à la limite interne des deux rangées de molaires sont presque parallèles, et elle est encore assez faible, chez itatsi, pour que les deux tuberculeuses posté-
(1) Mon vison (n° 2820) paraît, il est vrai, plus jeune , et il est plus petit que mes deux lutreola ; mais sa denture a exactement la même longueur, soit 22 mm., que celle d’un de mes lutreola (n° 2975) et n’a certainement pas un tiers de millimètre de plus que celle de l’autre (n° 3270). Ces trois crânes étant incomplets, il m'est d'ailleurs impossible de mesurer leurs longueurs basilaires.
2 fê =
rieures ne se trouvent pas plus écartées l'une de l’autre que les sommets des premières prémolaires de chaque côté. Dans un seul crâne d’itatsi, crâne dont la détermination laisse d’ailleurs des doutes à Blasius, le rapport de ces deux distances est sensiblement
| diese Ce, ONE Sn plus petit que l'unité, soit = c'est exactement le même rapport
que l'on trouve chez les femelles de P. sibiricus, mais non chez les mâles de cette espèce, qui se comportent à cet égard comme P. itatsi. Ces différences , soit réeiles, soit seulement apparentes, dans la largeur du palais, sont naturellement en corrélation avec le différent développement de la denture. Formulé comme suit, ce caractère rend facile la détermination des trois espèces : Qu'on mesure, d’une part, la plus petite distance des deux dernières molaires, et, d'autre part, la distance de la limite antérieure de la carnassière à la limite postérieure-interne de la tuberculeuse, cette dernière longueur est, chez lutreola, toujours et de beaucoup la plus petite, tandis qu’elle est, chez itatsi, à peu près égale à la première, soit un peu plus petite, soit un peu plus grande, et qu'elle est, chez vison, toujours (sauf dans un seul cas, chez un individu jeune) et de beaucoup, la plus grande (1).
4. La première prémolaire supérieure montre constamment, chez vison, deux racines distinctes, tandis qu'elle n’a, d'ordinaire et du moins en apparence, chez lutreola et itatsi, qu'une seule racine. Chez lutreola, la racine est, en réalité, la plus souvent unique ;
(1) Voici quelles sont, en millimètres, sur mes trois sujets, les différentes mesures considérées ici :
P. vison. P. lutreola.
Plus petite distance d'une canine à l’autre. 6,50 8,00 1,00 Plus petite distance d’une première pré-
molaire a l'ame us... 2. . ee 7,00 ? 8,50 Distance des sommets des premières pré-
IMOIBRFOS > etienne : LP 9,00 ? 10,50
Distance des deux tuberculeuses....... “goss. Pi 11,25 10,75
Distance de la limite antérieure de la carnassière à la limite postéro-interne de la tuberculeuse ..... LR Se + v CEDEX rs 0e 10,00 9,50 Ces mesures montrent qu’en effet, chez lutreola, les deux séries dentaires sont plus écartées et plus divergentes que chez vison. On voit aussi que la formule distinctive, donnée ci-dessus par Wilh. Blasius, s'applique très exactement à mes sujets.