‹ William le MousseChapitre 13 sur 78 · LA VOIX MYSTÉRIEUSE · texte numérisé non relu

LA VOIX MYSTÉRIEUSE

Tous les deux restèrent ^ ainsi pendant plusieurs heures, insoucieux des périls présents et à venir qui les menaçaient, reposant aussi profondément que s’ils eussent été sur une couche moelleuse, sous un toit ami , et pourtant les frêles planches qui les portaient, avaient à peine deux fois la longueur de leurs corps, et ils allaient à la dérive, sur l’Océan immense.

La brise était douce et les poussait toujours à l’est ; le léger clapotement des vagues autour du radeau; loin de troubler leur repos, les berçait au contraire.

Le mousse, rafraîchi par un long somme, se ré* veilla le premier ; la nuit était avancée ; la pluie

tombait. Il se leva et regarda le ciel qui était noir comme de l’encre ; tout à coup un éclair sillonna les nues et éclaira la mer, puis t tout redevint obscur comme auparavant.

Ni l’éclair ni les nuages menaçants ne pouvaient troubler William ; il avait trop l’habitude de ces ondées subites pour craindre une douche venue de la voûte céleste ; cependant, au lieu de se remettre sur son dur oreiller, il resta debout, écoutant, comme si un bruit étrange eût frappé ses oreilles.

Etait-ce l’appel de la mouette, la plainte de la frégate, ou la note rude du nelly ? Rien de tout cela , le mousse connaissait les cris de la plupart des oiseaux de mer ; il avait entendu une voix — celle d’un enfant — qui semblait parler et se plaindre.

Devait-il éveiller son compagnon qui avait tant besoin de repos, pour lui faire part d’une supposition absurde ? Le brave marin ne se plaindrait pas de son sommeil troublé, mais il se moquerait 'de lui avec raison.

Il résolut de ne plus faire attention à ce bruit étrange, et de se recoucher; à peine venait-il de prendre cette résolution que la voix se fit entendre de nouveau, et plus distinctement, comme si elle se fût rapprochée ; c’était celle d’une petite fille, à n’en pas douter.

Décidément, il fallait réveiller le marin.

— Ben ! Ben 1

DE TEItRE ET DE MER

— Oh ! oh! quel tapage. Est-ce toi, William?

Qu’est-ce qu’il y a?

— Ben, j’entends quelque chose.

— Etqu’est-ce que cela a d’extraordinaire? Ah! garçon, je faisais un bon rêve quand tu m’as réveillé! Enfin que veux* tu dire?

— J’ai entendu une voix.

— Une voix humaine ?

— On dirait celle d’une petite fille.

— Sur l’honneur, William, tu deviens fou.

Voyons, tâ‘,e-toi un peu, es-tu dans ton bon sens?

— Parfaitement, Ben, je l’ai entendue deux fois ; Et tenez, écoutez...

— S’il n’y avait pas les mouettes, les fous et les poules, pour crier et babiller juste comme des enfants, je serais étonné ; mais il existe de toutes ces créatures au milieu de l’Océan, et des sirènes aussi, et je,ne crois pas à autre chose...

Tout à coup le vieux marin se leva et sembla écouter de toutes ses oreilles, un son venait de se mêler au gémissement monotone de la brise, et c’était, sans nul doute, la voix d’un homme.

— Nous sommes perdus, William ! C’est la voix de Legros ! Le grand radeau est près de nous ; il n’y a pas d’espoir d’échapper à nosennemis... nous n’avons plus qu’à mourir !

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