AUTRES ÉPAVES
Si la nuit n’eût pas été aussi sombre, les voix que le vent apportait à Ben et à son compagnon ne les eussent pas tant effrayés. Ce n’était ni cellg de Legros, ni celles d’aucun de ses grossiers compagnons.
Au lieu du grand radeau, ils auraient vu des planches de bois noircies et charbonnées parle feu, des morceaux d’espars avec des voiles et des cordages traînant après eux; ici et là, une tonne s’enfonçant dans l’eau par la pesanteur de son contenu; des débris de malles, des chaises de cabines, des barriques, des rames, des anspects, et autres pièces du mobilier maritime, se balançant sur l’Océan,, et
emportées de côté et d’autre, au gré de la brise ca< pricieuse.
Le marin n’aurait pas tardé à reconnaître, s’il eût fait jour, dans ces objets épars, les débris du navire incendié, la Pandora ; et il en aurait ressenti une véritable satisfaction, car il y eut vu le moyen de fortifier sa frôle embarcation, à peine assez solide pour le porter lui et son compagnon et incapable à coup sûr de résister au plus léger coup de vent.
Parmi les épaves était un radeau, pas beaucoup plus large que celui occupé par Ben et William, mais de construction différente. Plusieurs planches cliarbonnées, un canapé, une chaise de bambou avaient été grossièrement liés ensemble par des cordes. Ces objets seuls n’eussent constitués qu’une bien grossière embarcation, et moins sûre encoreque la leur, sans un arrangement que Ben n’avait pas eu le temps de faire à la sienne : sur les bords étaient rangés des muids vides , qui, ayant été bondonnés pour les garantir contre l'invasion de l’eau, tenaient le tout à flot, de telle sorte que le radeau aurait pu porter une tonne ou deux sans enfoncer.
Ben aurait encore remarqué un plus petit baril attaché solidement aux planches, mais qui évidemment n’était pas là pour aider à soutenir l’embarcation, puisqu’il se trouvait presque entièrement submergé.
Tous ces objets ne pouvaient avoir été réunis par l’effet du hasard ; sans nul doute une volonté intelligente avait présidé à leur arrangement.
Un homme eneffet se tenait dans l’espace laissé libre au milieu des tonnes ; c’était un nègre dont la peau brillait comme de l’ébène. Son large crâne carré, couvert d’une épaisse végétation de laine frisée, si courte et si serrée qu’elle paraissait bourrée dans la peau , une paire d’énormes oreilles s’avançant de chaque côté de la tête , et, s’étendant presque aussi loin, une bouche, véritable gouffre béant, formée de deux lèvres épaisses et proéminentes, donnaient à sa face une ressemblance parfaite avec celle d’un orang-outang.-
Malgré ces traits peu gracieux, la physionomie était loin d’être hideuse ou même désagréable. Une double rangée de dents blanches brillaient entre les lèvres rouges qu’écartait habituellement un aimable sourire, et l’impression résultant de l’examen général était que le propriétaire de ce visage devait avoir une bonne nature. En ce moment une expression de sombre mélancolie contractait les traits du nègre, assis sur les planches dans une attitude pensive.
En face de lui, à moitié couchée sur une pièce de voile, une petite fille de dix à douze ans regardait tour à tour l’Océan et son noir compagnon.
Elle avait le teint olivâtre et de longs cheveux
noirs qui retombaient en boucles sur ses épaules. Tout individu ayant voyagé sur les côtes d’Afrique, eût immédiatement reconnu dans les traits de l’enfant, le type de la race mêlée provenant de l’union des colons portugais avec les indigènes.
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