BOULE-DE-NEIGE NAVIGUANT SUR UNE CAGE A POULES
Boule-de-Neige et la petite Laly passèrent ainsi six jours, grâce aux quelques provisions qu’ils avaient pu recueillir. Le nègre était sorti heureusement de plus d’une situation terrible, aussi ne s’abandonnat-il pas au découragement. Il se rappelait avoir élé enlevé par un coup de mer, pendant un orage, et le navire, poussé par un vent furieux, n’ayant pu venir à son secours, il avait dû lutter une heure entière contre les vagues soulevées. Au moment de succomber, il aperçut une cage à poules qui surnageait près de lui, et s’y étant attaché, il put encore se soutenir à flot; enfin, un changement de vent soudain
remit le navire dans sa première direction, et le cuisinier fut sauvé. * .
Après avoir fortifié son radeau et réuni toutes les provisions qu’il put recueillir, le nègre employa son temps à pêcher. t \ '
Le poisson ne manquait pas ; albaçores, bonites, s dauphins, pilotes etsucets; au moyen d’un harpon, il en attrapa plusieurs. Quant aux requins, il ne fut pas aussi heureux ; mis en goût par les proies humaines qu’ils venaient de dévorer, les monstres en * cherchaient de nouvelles, et n’avaient point quitté la place du désastre. Ils rôdaient par couples, et on > .
1 apercevait souvent leurs énormes nageoires battant les vagues autour du radeau. k
Les poissons furent coupés en tranches, les tranches étendues sur les muids pour sécher ; voyant son office si bien garni, Boule-de-Nçige se sentit plein de confiance en l’avenir. " . •. ‘
l'éclair.
Dès que les paupières du nègre se furent fermées, un ronflement sonore sortit de ses narines largement r - dilatées.
Ce bruit n’éveilla cependant pas la petite Laly qui s’y était habituée et Sur laquelle il agissait comme le chant d’une berceuse.
La nuit était avancée lorsque l’enfant se réveilla ; au moment où elle ouvrit les yeux, l’obscurité profonde étendue sur l’Océan se dissipa soudain ; un éclair déchira le ciel orageux et éclaira la surfaco de la mer. Quelle fut sa surprise, en apercevant au milieu des épaves, un jeune garçon qui semblait agenouillé sur l’eau ? Elle crut d’abord à une illusion
mais un second éclair lui montra le même tableau.
Ne sachant que penser, elle éveilla son vieux compagnon.
— Qu’est-ce que vous dire? demanda Boule-de- Neige. — Vous voir quelque chose, ma mignonne?
Et comment vous faire par une nuit pareille ? Moi pas distinguer seulement votre nez ; le ciel être aussi noir que le visage du vieux nègre. Vous se tromper, petite, sûr?
— Oh ! non, Boule-de-Neige 1 II ne faisait pas noir alors, mais clair comme en plein jour ; je vous assure que j’ai vu quelqu’un !
— Et comment être ce quelqu’un ? reprit le vieux • Coroman d’un ton d’incrédulité. — Être un homme ou une femme?
— Ni l’un ni l’autre.
— Quoi donc alors? une sirène?
— Non, non ; c’était un jeune garçon qui ressemblait beaucoup à celui du navire, vous savez?
— Voys vouloir parler de William? Eh mais! lé pauvre petit aller voir le fond de l’eau, ou suivre les autres sur le grand radeau... Ûh ! qu’est-ce ça? Comme je vis , j’entends parler ! N’est-ce pas, Laly?
— Qui, oui, c’est une voix juste comme celle du mousse... ! Ecoutez, il y en a une autre...
— Vous avoir raison, petite fille, ils sont deux... écoutons encore.
aventures
Boule-de-Neige se leva, s’avança sur l'extrême bord des planches, se retint par une main à l'une des barriques, et tendit l’oreille avec une profonde attention.
I Laly s’était approchée de lui, et ses yeux consultaient le ciel, dans l’espoir qu’un autre éclair leur permettrait.de voir assez loin devant eux.
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