‹ William le MousseChapitre 26 sur 78 · UNE CAISSE A LA MER · texte numérisé non relu

UNE CAISSE A LA MER

Toute conversation avait cessé ; le silence devenait solennel , car les forces des deux nageurs avaient tellement diminué que de minute en minute ils s’attendaient à couler : on n’entendait que le clapotement de l’eau agitée par le vent léger qui la poussait sur les infortunés, et de temps en temps le cri plaintif de la mouette.

Tout à coup Laly fît entendre une faible exclamation.

L’enfant, portée sur les épaules de Bôule-de-Neige, se trouvait avoir les yeux plus élevés que ceux du nègre, et pouvait ainsi voir plus loin ; or, elle, venait d’apercevoir un objet que ni l’un ni l’autre do ses deux compagnons n’avait encore remarqué.

— Quoi y a-t-il? quoi arrive, petite? demanda le nègre d’une voix étouffée. Être le Catamaran? Regardez bien, enfant!

— Non, non, ce n’est pas cela, mais une boite carrée.

— Une boîte? quoi cela vouloir dire? Vous sûre?

— Que je perde mon nom 1 murmura Ben, en se soulevant le plus possible, si ce n’est pas ma caisse de voyage !

— Votre caisse? dit le noir en levant à son tour la tête, vous avoir raison. Comment se trouver là? Vous la laisser sur le radeau.

— Certes , c’est le dernier objet que j’y aie touché.

Le marin cessa de parler et fit quelques mouvements dans la direction de l’objet qui flottait légèrement. Il n’y avait plus à en douter, c’était bien le coffre en question, soigneusement recouvert d’une toile peinte en bleu, orné des initiales B. B. et muni de deux fortes poignées en cuir,

A celte vue, la première pensée du marin fut qu’un accident était arrivé au Catamaran.

— Pauvre William ! fit-il, dans ce cas, c’en est fait de lui!...

— Non, reprit-il, ce n’est pas cela, qu’est-ce qui aurait pu briser le radeau ? Je comprends, je comprends maintenant, Boule-de-Neige : c’est le garçon qui a fait cela, c’est lui qui a jeté le coffre, afin qu’il

nous aide à surnager... hourrah pour le brave petit! Bapprochons-nous vite, nous pouvons encore espérer !

Et les deux hommes se mirent à nager courageusement.

C’était en effet un véritable bonheur que la rencontre de cette caisse ; elle flottait le couvercle en l’air, et paraissait maintenue dans cette position par le poids de quelque garniture de cuivre qui agissait comme lest ; elle était si élevée sur l’eau qu’elle devait être vide ; les poignées pendaient de chaque côté du couvercle ; les deux marins en saisirent chacun une.

De cette façon le coffre fut équilibré, et bien que le poids dont il se trouva augmenté le fit enfoncer de plusieurs pouces, la partie supérieure se maintint hors de l’eau à lqur grande joie, même après que Laly eut été couchée sur le couvercle.

Page 1