‹ William le MousseChapitre 29 sur 78 · INQUIÉTUDES DE WILLIAM · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DE WILLIAM

Il est à peine nécessaire de dire les angoisses de William durant tout ce temps. Il avait obéi aux premières instructions de Ben et pris la rame ser- .vant de gouvernail, mais après avoir inutilement essayé de faire tourner le radeau, il y renonça pour suivre le dernier ordre du marin, c’est-à-dire baisser la voile. Là, nouvelle difficulté. Comme le capitaine Pavait dit, le nœud fait par lui résista aux efforts de William, qui y perdit un temps précieux. Lorsqu’il renonça à le dénouer pour se servir de la hache et le couper, il était trop tard, le Catamaran avait fait un chemin considérable, et il se trouvait seul sur l’Océan.

Cette découverte le jeta dans le désespoir; mais

grâce à son esprit aventureux qui l’avait poussé dans la carrière maritime, il ne se découragea point longtemps; au lieu d’attendre les événements, il chercha comment il pourrait être utile à ses malheureux 1 amis. Il se hâta donc de détacher la rame du tolet sur lequel elle avait été montée en guise de gouvernail, puis il commença à s’en servir pour pagayer, essayant de faire marcher le radeau contre le vent.

.Inutile de dire que William y employa toutes ses forces, mais il dut bientôt se convaincre que ce serait en vain. Depuis que la voile avait été abattue, le Catamaran flottait, selon l’expression du nègre,

« comme un tronc d’acajou par un calme des tropiques. »

Le mousse reconnut aussi que le radeau, au lieu de marcher contre le vent, ou même de rester à la même place, s’éloignait de plus en plus dans la direction contraire.

A ce moment une pensée lui vint; c’était de jeter à la mer quelque objet qui pût aller en aide aux nageurs.

Le premier qui se présenta à lui fut la caisse de Ben; elle paraissait presque vide, et le couvercle était ouvert; en le fermant, elle pouvait servir de bouée de sauvetage; William n’hésita pas un instant, et la saisissant par une de ses poignées, il la fit glisser dans l'eau.

, Le jeune mousse vit avec plaisir que le coffre se maintenait dans sa position naturelle, le couvercle en dessus, et flottait légèrement comme s’il eût été de liège. Il avait d’ailleurs été établi dans ce but. William se rappela une conversation de Ben à bord de la Pandora, où ce dernier avait vanté les qualités de son t embarcation, » ajoutant qu’en cas de naufrage « elle serait capable de mieux se comporter à la mer qu’un bateau plat. » •

Le jeune homme espéra que ces louanges du vieux marin se trouveraient justifiées et que bientôt son ami lui reviendrait, ainsi que la petite Laly qui lui était non moins chère.

WILLIAM en VEDETTB

Le jeune garçon ne s’en tint pas à ce premier envoi ; il songeait à multiplier les chances de sauvetage et chercha les objets qui pourraient en offrir le plus : son choix s’arrêta sur les tonnes vides. S’emparant de la hache, il coupa les cordes qui liaient l’une d’elles au Catamaran; celui-ci s’en éloigna lentement, car, privé de sa voile, il ne marchait. plus vite sous le vent. La brise agissait cependant sur son mât et sur d’autres objets élevés au-dessus de son niveau.

William supposait avec raison que, pour des nageurs aussi harassés que devaient l’être Ben et Boule-de-Neige, une différence d’encablure était de la dernière importance.

m ' AVENTURES

Il continua à jeter d’autres tonnes à la mer et résolut de ne garder que celle qui contenait la provision d’eau, car il savait que le Catamaran continuerait à flotter quand même ; aussi, s’il s’arrêta à la cinquième, ce fut à la suite d’une remarque qu’il fit tout à coup : c’est que la troisième et la quatrième barrique, au lieu de tomber dans le sillage du Catamaran , se tenaient serrées contre lui, comme si elles regrettaient de quitter un vieil ami.

William ne fut pas longtemps à en comprendre la cause. Le radeau, n’étant plus allégé par le^ tonnes, avait enfoncé et se trouvait presque de niveau avec la mer ; la brise ne le poussait donc pas plus vite maintenant que les tonnes elles-mêmes; ils allaient tous sous le vent avec une égale lenteur.

Cette remai’que causa d’abord au jeune homme un grand désappointement, mais après réflexion, cela lui parut de bon augure. En effet, l’important était que le Catamaran fit le moins de chemin possible ; or, il marchait si doucement que le plus médiocre nageur aurait pu l'atteindre, pourvu qu’il ne fût pas à une trop grande distance.

La pensée qui tourmenta dès lors William, fut celle de savoir où se trouvaient les braves marins. N’étaient-ils pas trop loin pour pouvoir venir à bord?

William ne savait de quel côté porter ses regards, car la grossière embarcation sur laquelle il se tenait

De faisait que virer ; c’était tantôt le cap, tantôt les quartiers ou l’arrière qui se tournaient vers la brise. Il regarda et ne vit rien que la caisse qui avait gagné plusieurs brasses contre le vent, ainsi que les deux tonnes; cela lui servit à conjecturer la direction dans laquelle les nageurs pouvaient être : le radeau ne devait avoir marché que sous le vent, et les marins se trouvaient nécessairement au-dessus.

Mais il scruta en vain l’horizon de ce côté; alors il se glissa entre les planches du radeau et arriva devant la tonne vide restée attachée, qui offrait un point élevé favorable à l’observation ; il y grimpa, et ses yeux errèrent de nouveau sur l’immense Océan. 11 ne vit rien. Arrivé au dernier degré de l’anxiété, et voulant à tout prix être délivré de sa cruelle incertitude, le mousse monta au mât. Mais son attente fut encore d.éçue, et il se laissa retomber désespéré.

Cependant, après quelques minutes, il retourna au poste qu’il venait d’abandonner, et ses yeux recommencèrent à inspecter l’horizon ; il n’aperçut d’abord que les barriques et la caisse, puis plusieurs mouettes qui rasaient l’eau en la fouettant de leurs ailes blanches, et tournaient autour de quelque chose de rond et de noir qui semblait exciter grandement leur curiosité. Ce pouvait être un oiseau de mer, mais cela ressemblait aussi au crâne laineux de J3oule-de-Neige.

Ce qui le confirma dans cette dernière croyance, c’est qu’il vit un peu plus loin deux autres objets bruns et ronds aussi qui avançaient lentement. C’était peut-être le capitaine et la petite Laly.

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