‹ William le MousseChapitre 31 sur 78 · LE RADEAU RECONSTRUIT · texte numérisé non relu

LE RADEAU RECONSTRUIT

En Reprenant pied sur le Catamaran , le brave marin se trouva tellement épuisé ,- qu’il tomba étendu sur les planches. Laly, soutenue par William, fut déposée sur des pièces de toile, et le regard reconnaissant qu’elle jeta au jeune mousse le récompensa amplement de la peine qu’il avait prise.

Le nègre, non moins à bout de fQrces, se coucha à côté de Ben, et "tous les trois restèrent longtemps ainsi, sans remuer, sans parler, vaincus par la fatigue.

William se souvint alors fort à propos du baril de vin des Canaries; il prit un gobelet d’étain, l’emplit du liquide généreux, puis le passa tour à tour à ses

DE TERRE ET DE MER -y ,, 143,.,

amis; sa petite protégée fut, bien entendu, la première servie.

La généreuse liqueùr agit merveilleusement. Bientôt le marin et le nôgi-e se sentirent assez remis pour s’occuper de différentes mesures que la pru- dence rendait nécessaires et qui exigeaient d'eux de • nouveaux efforts. ^ .

Il fallait recouvrer les barils jetés à la mer par William, car le Càtamaran, dépourvu de ses moyens, de soutien, s’était enfoncé et ne leur offrait plus la même sécurité. 1 ,

La caisse de Ben, pour laquelle ce dernier se' sentait plus d'affection que jamais, et la tonne qui t avait porté l'ex- cuisinier, Se trouvant proche du ‘

Catamaran, furent recueillies lés premières.

Les autres barriques, fort loin sous le vent, continuaient encore leur course, mais comme elles étaient en vue, on ne désespérait point de les at-

teindre.

Ben et Boule*de-Neige se mirent aux rames, le mousse se tint debout pour leür indiquer dans quelle direction ils devaient nager ; bref, les ton- . neaux furent repêchés les uns après les autres pt

replacés dans le même ordre qu’aùparavant. Sans „ les vêtements mouillés collés au corps des marins, et la pâléùr répandue sur leurs traits, tout aurait paru comme à l’ordinaire à bord du Catamaran.

Quant aux .vêtements mouillés, celait un incou-

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lit , AVENTUUES

vénient auquel le soleil des tropiques devait remédier promptement; car ses chauds rayons tombaient d’aplomb sur les têtes des naufragés. Le nègre fumait comme un morceau de charbon récemment allumé, et à travers le nuage de vapeur qui l'entourait, il eût été impossible de dire s’il était noir ou blanc; cependant il continuait de parler et d’agir, aidant Ben et William à replacer la voile, de façon que le Catamaran fila bientôt sous la brise avec sa * première rapidité.

Cette fois on prit soin de faire un nœud convenable à l’écoute de la voile, pouvant se dénouer facilement ; il ne fut pas besoin non plus de conseiller à Boule-de-Nelge d’être plus prudent à l’avenir.

Le seul dommage qui résultat de l’accident était la perte d’une grande partie des tranches de poisson étendues sur les tonnes pour y être séchées au soleil. William, dans sa précipitation bien naturelle de jeter les tonneaux à la mer, n’avait plus pensé à cette circonstance si importapte.

Ce ne fut pas sans chagrin que l’ex-cuisinier constata le déficit; mais le souvenir du péril auquel on venait d’échapper si miraculeusement, et l’espoir de pouvoir bientôt remplacer les aliments perdus finirent par calmer les .esprits. ,

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