‹ William le MousseChapitre 34 sur 78 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

l’oiseau frégate.

Le Pelicanus aquila dont on s’entretenait ainsi à bord du Catamaran , bien que généralement classé parmi les pélicans, n’a cependant que peu de ressemblance avec ces volatiles lourds et disgracieux. Les frégates sont des oiseaux remarquables par leurs pattes non palmées, et leurs serres semblables à celles des vautours et des aigles. Ils ont tant de rapports avec ces derniers que les marins les appellent indifféremment vautours de mer ou aigles de mer.

La frégate mâle est d’un noir de jais; son bec est rouge, très-long et aplati verticalement; les mandibules sont brusquement recourbées en bas. La fe-

melle est d'une couleur moins foncée et porte un large disque blanc sur l’abdomen.

Les jambes sont courtes, eu égard à la taille de l’oiseau ; les pieds, comme on l’a déjà dit, sont munis de serres, celle du milieu écailléuse et comme dentelée en dessous ; les pattes sont emplumées vers le bas, autre point de ressemblance avec les oiseaux carnassiers. La frégate, grâce à la disposition de ses serres, peut aussi percher ; ce qu’elle fait d’ordinaire, quand elle vient à terre.

Cet oiseau tient aussi le milieu entre les oiseaux de proie de terre ferme, et les palmipèdes qui vivent sur l’Océan ; peut-être participe-t-il de l’aigle marin et de l’orfraie qui tirent leur principale nourriture de la mer, mais s’éloignent peu du rivage pour la chercher.

La frégate fait ses excursions si loin de terre qu'il n’est pas rare de la rencontrer au milieu de l’océan Atlantique, circonstance qui intrigue beaucoup les ornithologistes. Ses pattes n’étant point palmées, elle ne peut nager, et d’ailleurs on ne l’a jamais vue se reposer sur l’eau. Où donc trouve-t-elle le repos dont elle doit avoir besoin comme toute créature vivante? C’est une question à laquelle on a en vain cherché une réponse.

On a quelquefois supposé que cet oiseau retourne à terre chaque soir; mais lorsque l’on considère que, pour atteindre le rivage, il lui faut quelquefois

voler l’espace de plusieurs centaines de milles, la supposition perd toute vraisemblance. Du reste, le vol aisé et gracieux de ce vautour des mers indiquerait qu’il est peut-être plus à son aise dans l’espace que perché sur un arbre. Enfin, il est certain qu’il reste des semaines et des mois, sans revenir à terre.

Il parait dès lors indubitable qu’il peut se repos 0 »* dans l’air.

Il est vrai que lorsqu’il pêche près du rivage, il se retire ordinairement à la nuit pour percher; mais au milieu de l’Océan, il ne cherche point un appui, comme beaucoup d’oiseaux aquatiques de «on genre, — le fou par exemple — sur les espars des vaisseaux, bien que souvent ils planent au-dessus des maîtres mâts des navires à voiles, et s’amusent à prendre dans leurs becs et à mettre en pièces le drap rouge fixé à la flouette.

A proprement parler, la frégate ne 'pêche pas ainsi que les autres oiseaux aquatiques et carnassiers. Puisqu’elle ne peut ni plonger ni nager, elle ne doit pas aller chercher le poisson dans l’Océan ; comment vit-elle alors? où trouve-t-elle la nourriture nécessaire à son existence? Elle la prend dans l’espace et la choisit parmi les poissons volants et les loligos : quand ceux-ci quittent leur élément naturel pour chercher leur sûreté dans l’air, la frégate, prompte à s’abattre, fond sur eux avant qu’ils

aient eu le temps de se réfugier dans la mer qu’ils viennent de quitter. : ,é

Elle fait encore sa proie des poissons qui ont l’habitude de sauter à la surface de l’eau, et à ceux qui ont déjà été pris par des fous, des rondins, des gachets, des mouettes et autres oiseaux des tropiques qui peuvent plonger et nager.

Les frégates volent la proie de ces derniers, les forcent à la lâcher, et s’en emparent ensuite adroitement avant qu’elle soit retombée dans la mer ; souvent même elles obligent les premiers conquérants à rendre leur pâture à moitié avalée.

L’oiseau frégate a une telle facilité de vol, une si grande confiance dans son habileté que, si un poisson se trouve par hasard mal placé dans son bec, il le rejettera sans crainte en l’air pour le rattraper et le rejeter encore, jusqu’à ce qu’il le tienne dans une position tout à fait favorable.

Mais il n’a recours à ces moyens que dans les temps calmes; la saison orageuse est sa période d’abondance, car alors il peut capturer un grand nombre d’oiseaux à la surface des vagues.

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