‹ William le MousseChapitre 4 sur 78 · FOI ET ESPOIR · texte numérisé non relu

FOI ET ESPOIR

Combien de temps restèrent-ils ainsi, c’est ce que ni l’un ni l’autre ue sut. Ils étaient étendus sur lq dos, les yeux ouverts et tournés vers le ciel, dont pas un nuage ne venait rompre l’uniformité, lorsque tout à coup plusieurs objets passèrent rapidement devant eux, brillant comme des flèches d’argent qui auraient été lancées au-dessus du radeau; le soleil faisait scintiller leurs nuances nacrées. Ces oiseaux qui fendaient l’air , et qui étaient eri réalité des citoyens de l’Océan furent à l’instant reconnus parle marin; « c’est un banc de poissons volants, » dit- il simplement sans changer de position.

Cependant un espoir lui vint en les voyant conti- , nuer à voler au-dessus du radeau, et si près, qu'ils

touchaient presque la toile goudronnée; il se leva vivement en disant :

— Si nous essayions d’en attraper? où est l’anspect?

Il était possible qu’avec cette arme il réussit à abattre un ou deux de ces nageurs ailés qui, poursuivis par les bonites et les albatros, voltigeaient autour du radeau, mais il avait un moyen plus sûr dans le morceau de canevas qui servait de voile. Juste au moment où le marin levait son bâton, quelque chose de brillant passa devant ses yeux, et il aperçut un poisson qui se débattait dans les plis de la voile, aussi surpris que William sur le visage duquel il était lourdement tombé.

t Un poisson dans la main, vaut mieux que deux dans la mer » dit le proverbe; ce vieil adage revint sans doute à la pensée du marin, car au lieu de continuer à jouer de l’anspect, il se précipita sur la victime qui bondissait de ci de là, en essayant de regagner son élément.

Ce dénouement désiré par le poisson était particuliérement redouté par les deux marins, et pour l'empêcher, ils se laissèrent glisser sur leurs genoux et se mirent à le poursuivre avec autant de vivacité qu’une couple de terriers essayant d’attraper un rat.

Une ou deux fois William parvint à le prendre mais la créature armée de ses nageoires épineuses

avait toujours réussi à lui glisser entre les doigts.

Ben et William se demandaient s’ils réussiraient dans leur chasse, ou bien s’ils étaient condamnés à voir et à toucher une proie qui ne devait pas faire une connaissance plus intime avec eux.

Cette pensée navrante doubla l’énergie de Ben. Il résolut de suivre le poisson jusque dans la mer si cela devenait nécessaire, sachant que dans les premiers moments où il plongerait, le poisson serait plus facile à attraper. Mais tout à coup un moyen s’offrit, lui promettant un succès à peu près certain.

Le poisson n’avait pas quitté le canevas, ce que voyant, Ben saisit la lisière de la voile, et la soulevant précipitamment, il la doubla sur le captif qui se débattit en vain. Une pression énergique arrêta ses révoltes, et, lorsqu’on releva la toile, le prisonnier était étendu dessous, légèrement aplati et aussi mort qu’un hareng fumé.

— Vous voyez, William, dit Ben, c’est la réponse à notre prière. Courage I celui qui nous donne cette nourriture peut aussi soulager notre soif, même au milieu de l’Océan amer.

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