‹ William le MousseChapitre 40 sur 78 · ACTIONS DE GRACE · texte numérisé non relu

ACTIONS DE GRACE

Cependant la tristesse qui pesait sur l’équipage se dissipa au bout d’une heure ou deux ; ce changement des esprits avait pour cause la brise qui, venant tout à coup à s’élever, poussa le Calamaran dans la direction désirée.

Ce n’est pas que personne sur le radeau crût que la brise continuerait assez longtemps pour le mener à terre, ou même pour lui faire faire beaucoup de chemin ; mais le mouvement a toujours un effet bienfaisant sur les esprits abattus : ils avançaient vers le point souhaité, ils marchaient... ce n’était plus cette immobilité implacable qui semblait leur défendre d’espérer.

En rentrant dans les cœurs, la confiance, si faible

qu’elle fût, réveilla les estomacs et l’on se souvint que l’on n’avait point soupé. Boule-de-Neige se leva presque gaiement et se dirigea versle garde-manger.

L’embarras du choix ne le retint pas longtemps • il revint à la poupe où ses amis étaient assis, avec quelques biscuits détériorés par l’eau de mer, et quatre morceaux de poissons secs.

Le repas n’avait rien de succulent ; un mendiant en aurait fait fi, mais les naufragés avaient appris à n’être pas difficiles ; ils avaient bien encorel’albaçore dont ia chair est fort délicate, mais elle était crue, tandis que les autres poissons avaient été à demi cuits par le soleil, ce qui leur valut la préférence. Le vin des Canaries devait servir de dessert : Boulede-Neige le distribua parcimonieusement, la bosse de l’économie semblait s’être considérablement développée sur le crâne du Coroman, et grâce à lui, les maigres provisions de l’équipage semblaient s’être doublées.

L’ex-cuisinier exprimait pendant ce frugal souper ie regret de n’avoir pas un peu de feu pour cuire l’albaçore dont la succulence lui était connue; ses regrets prenaient leur source dans le désir de servir à sa petite protégée quelque chose de meilleur que ce poisson séché auquel son palais délicat paraissait beaucoup répugner. Il se consola en lui donnant sa part de vin.

Après le repas, les quatre omis, un peu récnnfnr-

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