ONE ASSEMBLÉE DE REQUINS
Le spcrmaceti brûlait toujours ; l’idée vint à Boule-de-Neige de faire cuire immédiatement le souper afin d’économiser le feu : Ben lui conseilla de continuer pour la même raison ses opérations culinaires en préparant tout de suite les provisions qui leur restaient, et qu’ils seraient dorénavant assurés de garder intactes aussi longtemps qu’il le faudrait.
C’est ainsi d’ailleurs que l’on conserve pendant des mois entiers la morue, le hareng, le maquereau, etc.
Ce n’est pas que l’on eût à craindre de manquer de combustible; Ben assurait que le cerveau d’un cachalot de la dimension de celui qu’ils avaient
découvert, contenait souvent cinq cents gallons de spermaceti liquide. Restait donc en outre une énorme masse de chair et de graisse dont l’huile s’extrait au moyen d’un procédé appelé trying par les baleiniers. D’autres substances inflammables so trouvent encore dans la carcasse de la baleine. Les gens du Catamaran auraient donc pu entretenir le feu pendant toute une année s’ils l’eussent voulu.
Mais si le combustible abondait, il n’en était pas de même des provisions. Boule-de-Neige et Ben venaient de passer la revue du garde-manger, lorsque ce dernier s’écria d’un ton rassuré :
— Bah! il ne faut pas nous désoler! Regardez, noiraud, voilà assez de viande crue pour vous donner à cuisiner jusqu’à ce que votre laine soit devenue blanche I
Et le marin montrait la mer où des requins de différentes espèces se pressaient par vingtaines, accompagnés de leurs pilotes et de leurs sucels. Autour de la carcasse du cachalot, la mer semblait littéralement vivante. C’était à peine si, dans un rayon de plusieurs centaines de mille brasses, il y avait une verge carrée laissée libre : partout les nageoires dorsales des requins saillaient au-dessus de l’eau.
La baleine, morte expliquait l’afiluence singulière de ces tyrans de la mer; non pas qu’ils dussent s’attaquer à elle, car la conformation particulière
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de la bouche du requin l’empêche de mordre à un très-large morceau; mais ils restaient près d’elle par un instinct qui leur disait que ceux qui l’avaient tuée reviendraient et pourraient leur offrir une nourriture plus friande.
— Hum! s’écria le marin, ils ont l’air assez affamés pour mordre à n’importe quelle amorce ; nous n’aurons pas beaucoup de peine à les prendre.
— Moi pas croire, massa Brace, que nous avoir sur le Catamaran rien qui ressemble à un hameçon à requins.
— N’ayez aucune inquiétude là-dessus, reprit le marin d’un ton de conviction, je vois quelque fchose qui nous en tiendra lieu avantageusement. Avec un de ces harpons plantés dans le cachalot, du diable si je n’en tire pas plusieurs à moi. Ainsi, Boule-de-Neigej laissez-la votre cuisine, et préparezvous à m’aider; quand nous aurons découpé quelques requins, vous pourrez retourner à vos four neaux. Allons ! camarade.
Le nègre s’empressa de le suivre.