‹ William le MousseChapitre 48 sur 78 · UN HARPON BIEN CONDUIT · texte numérisé non relu

UN HARPON BIEN CONDUIT

11 se passa quelque temps avant que Boule-de- Neige reprît sa respiration et sa tranquillité d'esprit.

Le marin n’avait pas été moins ému, et tous les deux restèrent quelques minutes à se remettre; aussitôt que Boule-de-Neige eut retrouvé la parole, ce fut pour exprimer sa gratitude d’abord à Ben, ensuite à William qui lui avait apporté un secours si opportun.

Ben s’occupait moins de son vieux camarade que du jeune garçon qui l’avait aidé à le sauver ; ses yeux s’arrêtaient sur lui avec une satisfaction mêlée d’attendrissement, et, bien qu’il ne lui adressât aucun éloge sur la présence d’esprit dont il avait • fait preuve, on voyait cependant que la conduite du

jeune homme remplissait le cœur du vieux marin d’une joie orgueilleuse.

Après de mutuelles félicitations, tous les trois reprirent leurs occupations si malencontreusement interrompues. #

William avait succédé à Boule-de-Neige dans la charge de cuisinier ; le jeune homme retourna donc au radeau, en prenant force précautions pour continuer à faire cuire le poisson , mais avec le désir plus grand encore de rassurer la petite Laly, celle-ci ignorant encore le dénoûment qu’avait eu l’accident de son protecteur.

Ben reprit le harpon des mains du Coroman, et regarda la mer autour de lui.

Une assemblée de squales se tenaient à la place où Boule-de-Neige avait failli tomber; on eût dit qu’ils espéraient le retour de la proie qui venait de leur échapper.

Le but de Ben était d’en harponner une demidouzaine et de renouveler ainsi les provisions du Catamaran, car, si répulsifs que ces monstres pussent être aux yeux, certaines parties de leurs corps donnent une excellente nourriture, digne de gourmets, et, à bien plus forte raison, délicieuse pour des gens affamés.

Leur capture eût été cnose facile si le harponneur avait pu se rapprocher d’eux, mais la peau glissante de la haleine empêchait le marin de s’aventurer sur

cette pente dangereuse, et il résolut de s’y prendre autrement.

Ayant demandé à Boule-de-Neige quelques morceaux de la graisse qui s’était détachée en creusant le cachalot pour retirer lejiarpon, il se dirigea vers la queue. Tout en avançant, il fit un certain nombre de trous dans la peau spongieuse, afin de s’assurer, à lui et à son compagnon, des endroits où le pied pût se fixer sur cette surface perfide.

Au point où il désirait s’arrêter, il fit trois autres trous avec plus de soin ; puis, satisfait de ces précautions, il prépara son harpon, et attendit que les requins s’approchassent. Ceux-ci semblaient avoir quelque appréhension ; mais le vieux marin leur jeta un morceau de graisse et aussitôt ils s’élancèrent la gueule ouverte pour s’en emparer.

L’un deux percé, par le harpon de Ben, fut amené hors de son élément et hissé à bord malgré ses efforts désespérés. Boule-de-Neige saisit vivement la hache et l’acheva d’un seul coup.

Plusieurs autres furent pris et expédiés de la même façon ; Ben ne leur fit grâce que lorsqu’il pensa être approvisionné pour longtemps.

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