‹ William le MousseChapitre 50 sur 78 · UNE BALEINE INCENDIÉS · texte numérisé non relu

UNE BALEINE INCENDIÉS

Nous avons laissés Ben et William occupés à préparer la chair de requin. Comme nous l’avons déjà dit, ni rhuile ni les mèches ne manquaient, mais le fourneau laissait beaucoup à désirer. Le pot d’étain qui avait servi pour leur premier repas ne pouvait suffire à faire cuire la grande quantité de viande qu’ils désiraient emporter, et ce n’était qu’à force de temps et de patience qu’ils deva'ent espérer d’en venir à bout, s’ils n’avaient pas recours à un autre moyen ; or, le temps était trop précieux pour qu’ils n’en fussent point avares. Quant à la patience, c’était, dans leur situation périlleuse, une vertu presque impossible.

Le besoin d’un fourneau et d’un vase plus com-

mode, se faisait donc grandement sentir, et il ne se trouvait à bord du Catamaran rien qui en pût tenir lieu. Cette difficulté ne s’était pas encore présentée à l’esprit de nos marins, et elle leur paraissait insurmontable.

Boule-de-Neige soupirait profondément en songeant à sa caboose et à sa batterie de cuisine si complète ; le souvenir de certaine marmite où il avait l’habitude de faire cuire les repas de l’équipage lui était particulièrement amer.

Mais l'ex-cuisinier n’était pas homme à se laisser aller à de vains regrets, à perdre un temps qu’il pouvait mieux employer. Il était doué d’ailleurs d’une grande imagination en matière de cuisine ; moins de dix minutes après que la question du fourneau eut été agitée, il avait trouvé le moyen de le remplacer, et son invention, bien que non brevetée, avait au moins le mérite d’être appropriée aux cir-r constances.

— Et pourquoi troubler cerveau à vous à chercher fourneau ?

— Pourquoi? demanda Ben très-étonné de la question.

— Oui? pourquoi nous pas allumer feu ici ?

La conversation se tenait sur le dos du cachalot.

— Jcil répéta le marin de plus en plus surpris; et à quoi cela nous servirait-il, puisque nous n’avons ni pot, ni casserole?

— Ne pas vous inquiéter ni de l’un ni de l’autre, moi vous montrer bientôt, maître Brace, comment trouver vase assez grand pour contenir toute l’huile de la carcasse du vieux cachalot, comme vous appelez lui.

— Expliquez-vous, noiraud.

— Vous donner à moi cette hache, et comprendre bientôt.

Ben passa la hache.

En quelques minutes le nègre eut pratiqué un large trou dans la chair du cétacé.

— Maintenant, massa Brace, cria-t-il quand il eut fini, en balançant la hache sur son épaule d’un air triomphant, comment vous appeler ça ? Là être une lampe qui contenir toute l’huile que vous pouvoir désirer; vous n’avoir qu’à demander une marmite plus profonde ou plus large, et moi aussitôt vous donner ce que vous vouloir. Que répondre, massa ?

— Hourrah pour vous 1 Boule-de-Neige, c’est juste ce qu’il nous fallait. Vous avez une bonne cervelle, tout nègre que vous êtes, et moi, blanc que je suis, je n’aurais jamais eu cette idée-là. Maintenant, nous n’avons plus qu’à verser le spermaceti, à y jeter un morceau d’étoupe, et à y mettre le feu. Allons, à la besogne !

La cavité formée par Boule-de-Neige fut aussitôt remplie d’huile, un anspect et une rame ser-

virent de supports ; une longue flèche de fer prise à l’un des harpons tint lieu de broche ; on y unfila plusieurs tranches de requin, et on alluma la mèche.

Les cordes goudronnées prirent feu comme de l’amadou, une flamme vive et claire brilla à plu- , sieurs pieds au-dessus de la baleine... et le rôti eut bientôt besoin d’être retourné*

Page 1