‹ William le MousseChapitre 61 sur 78 · UNE ENQUÊTE · texte numérisé non relu

UNE ENQUÊTE

Boule-de-Neige, Ben et William se tenaient sur le cachalot et écoutaient attentivement, lorsqu’une voix rude se fît entendre.

— Holà 1 criait-elle, regardez, camarades, il y a un homme mort parmi nous !

Aucune voix n’eût pu produire un effet plus terrible sur les naufragés du Catamaran ; ils la reconnurent immédiatement.

— Massa Legros ! sûr, murmura le Coroman, et faisant signe à ses compagnons de se taire, tous les trois devinrent plus attentifs que jamais aux paroles qui s’échangeaient si près d’eux.

— Un homme mort! répéta quelqu’un, qui donc?

— L’Irlandais ! répondit un troisième interlocu-

Pli TERRE ET DE i'ER

teur. Regardez! Il a été tué... Il y a un couteau dans sa blessure... On l’a assassiné !

— G’est son propre couteau, reprit un autre, je la reconnais pareequ’il m’a appartenu... Vous verrez son nom sur le manche ; c’est lui qui l’a gravé le le jour où il me l’a acheté !

Il y eut un intervalle de silence, comme si l’on s’occupait de vérifier l’assertion. )(

— C’est vrai ! répéta-t-on.

— Il s’est tué lui-même ! Il s’est suicidé, cria impérieusement une voix.

— Cela ne m’étonne pas, reprit une autre ; il aura mieux aimé en finir tout de suite... Il savait que la mort l’attendait au matin...

— Et pourquoi aurait-il cru son tour venu? demanda un truisième.

— Vous oubliez, maître, que le combat entre lui et Legros n’était pas encore terminé ?

— Je ne l’ai pas oublié.

— Eh bien 1 alors ?

— Alors il ne s’ensuit pas qu’il dût se regarde* < comme vaincu, puisque c’est lui au contraire qui avait l’avantage, lorsque la lutte a été interrompue. * Attention, camarades ! on joue un vilain jeu ici I — Que l’Irlandais soit mort, c’est certain, mais il n’est pas sûr qu’il se soit tué lui-même... Pourquoi l’aurait-il fait ? Je répète qu’il y a un assassin ici !

— El qui accusez-vous?

— Personne. Que ceux qui ont vu parlent !

Mais s’il se trouvait quelque témoin de la terrible scène de l'a nuit, aucun ne se déclara. Le silence seul répondit au vengeur du malheureux O’Gorman.

— Que cela finisse, mes maîtres, cria une voix sauvage, semblable au cri de la hyène. J’ai faim ! J’ai faim comme un requin affamé. Je propose qu’on remette l’enquête;’ qu’on déjeune d’abord! après nous, chercherons l’auteur du crime.

Personne ne répondit à l’horrible proposition. Le long murmure qui la suivit provenait d’une autre cause. •

— Une lumière ! Une 'lumière ! vociféraient une dizaine d’hommes.

— C’est Ja lumière que nous avons vue l’autre nuit, c’est le feu de cuisine ! Il y a un vaisseau à cent verges d’icr !

— Ho du vaisseau ! Ho du vaisseau !

— Pourquoi, par le diable, ne répondez- vous pas?

— Aux ruines ! aux rames, tous ! les loups de mer sont donc endormis ? Ho du vaisseau T

Il n’y avait pas à se tromper sur la signification de ces paroles ; le marin et Boule-de-Neige échangèrent des regards désespérés et se retournèrent : une flamme vive s'échappait, du dos du cachalot... ils avaient oublié leur feu qui venait de les trahir ; l’appel « aux rames ! * leur disait qu’ils allaient être poursuivis !

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