LACHER LE CABLE
— Eux venir, les brigands du grand radeau !
murmura Boule-de-Neige, que nous faire, Massa Brace ? Si nous restons ici, eux nous massacrer, bien sûr.
— Rester ici! Tout excepté ça! Vite, Boule-de- Neige ! Vite, William ! Retournons au Catamaran , dépêchons-nous! nous n'avons que le temps... Ne vous effrayez pas tant, Noiraud, le Catamaran est solide J’ai confiance dans sa marche. Nous les dépasserons encore !
— Espérons ! Massa, dit le nègre qui se laissa
glisser de la corde sur le radeau où. William venait d’arriver. ,
Couper le câble qui attachait l’embarcation à la’
SM
nageoire de la baleine, et la pousser vigoureusement au large, fut l’affaire d’un instant.
Si bref que fut le délai, le brouillard, absorbé par les rayons brûlants du soleil, s’était éclairci, et l’on pouvait maintenant voir assez loin devant soi :
D’abord, la carcasse du cétacé s’élevant comme un grand bloc noir, puis le Catamaran , et enfin, à cent verges en arrière, le grand radeau monté par une vingtaine d’hommes hâves et décharnés, les uns occupés aux rames, les autres au gouvernail et à la voile, tous paraissant très-surpris du spectacle qui venait de se montrer subitement à eux.
Quant aux gens du Catamaran, leur étonnement fut médiocre ; ils savaient déjà à quoi s’en tenir ; la conversation qu’ils avaient entendue les avait prévenus, mais l’ancien équipage de la Pandora se perdait en conjectures sur l’embarcation si semblable à la leur qui venait de leur apparaître soudainement. Quelles pouvaient être les quatre personnes qui la montaient? On était trop loin d’elles, et l’atmosphère n’était pas encore assez claire pour qu’il fût possible de distinguer leurs traits. Si elles n’eussent été que deux, on aurait pu penser à Ben et à William qu'on avait vus s’éloigner sur quelques planches ; mais les tonnes, le mât et la voile suffisaient pour dérouter ces suppositions.
Lorsqu’on s’aperçut sur le grand radeau de la fuite du Catamaran , l’idée vint aussitôt aux baudils
que les quatre individus qui redoutaient leur approche, devaient avoir quelque chose de précieux à leur soustraire, de l’eau peut-être !
Dès que cette idée se fut emparée d’eux, elle souleva chez ces hommes mourant de soif, une telle convoitise que chacun se précipita sur les rames, , n’ayant plus qu'un but... atteindre ceux qui possédaient de quoi mettre un terme à leurs horrible souffrances !