‹ William le MousseChapitre 70 sur 78 · LXXXV · texte numérisé non relu

LXXXV

l’abordage du bateau

Au bateau !

Telle fut la pensée qui se présenta dés la fin de cette tragédie aux esprits des marins; ils tendirent la voile et firent force de rames vers le Gig.

Après les événements qui venaient de se passer, il était presque impossible de supposer lebateauoccupé. Il avait dû être abandonné avant ce jour par ceux qui y avaient trouvé refuge, à l’exception du malheureux capitaine de la Pandora.

Mais où étaient les hommes qui manquaient?

L’équipage du Catamaran cherchait vainement une réponse satisfaisante à cette question. Il émettait toutes les conjectures sans en trouver une de vraisemblable.

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Ce que Ben et Boule-de-Neige supposaient devoir s’étre passé sur le grand radeau leur faisait tirer des conclusions terribles sur les drames qui avaient pu avoir le Gig pour théâtre.

Pourtant, cette embarcation s’était éloignée du navire incendié sinon approvisionnée pour un long voyage, du moins fournie d’eau et de nourriture, assez pour soutenir ses hommes quelque temps. William avait été témoin de leur départ et confirmait ces fait£. Quel nouveau malheur avait donc pu les frapper? Si ce n’était pas la famine, c’était donc ù7l ouragan !

Mais, dans ce dernier cas, le bateau eut été submergé ou renversé et le capitaine n’aurait pas été de force à le remettre à flot sans aide. En outre, pourquoi aurait-il seul survécu?

Enfin, il n’y avait pas eu d’orage assez fort pour amener une catastrophe de ce genre, et toujours aussi incapables de résoudre la question, ils arrivèrent près du Gig. /

Alors ils contemplèrent un spectacle qui les confirma dans la croyance que quelque sanglante tragédie s’était passée à bord, et que la main de l’homme, et non celle des éléments, avait causé la disparition de l’équipage.

Sur les couples du fond était étendue une forme humaine, non-seulement sans vie, mais encore défigurée par plusieurs blessures dont chacune avait

dû être mortelle. La face était balafrée d’une façon effroyable, et le crâne brisé en plusieurs endroits comme par les coups répétés d’un marteau ; tandis que des entailles nombreuses, faites par. une lame tranchante, couvraient la poitrine et le corps.

Celte créature mutilée était à demi-submergée dans une masse d’eau rougeâtre qui semblait teinte avec du sang. On ne pouvait supposer que celte eau eût été colorée seulement par ce seul corps tant elle était d’un rouge sombre.

bien que le visage de ce corps hideux fut méconnaissable, Ben et Boule-de-Neige parvinrent à y mettre un nom. Ils le reconnurent à ses vêtements; c’était le contre-maître du négrier.

Cette découverte ne jeta pas de jour sur le mystère. Il était évident que l’homme avait été assassiné ; ses blessures et le sang extravasé le prouvaient. Le crime avait dû être commis par le fou, ainsi que l’indiquaient encore les meurtrissures dont la plupart ne pouvaient avoir été faites que lorsque la vie avait déjà abandonné la victime. Mais les quatre autres hommes, qu’ôtaient-ils devenus? Les conjectures de Boule-de*Neige furent les plus rationnelles de celles auxquelles se livra l’équipage du Catamaran.

Il supposait que le capitaine et le contre-maître s’étaient défaits de leurs camarades dans le but

d’accaparer pour eux seuls l’eau et la nourriture.

Ils pouvaient avoir accompli leur atroce projet de plusieurs manières: d’abord par un combat, dans lequel ces deux hommes, beaucoup plus forts que leurs camarades, auraient été victorieux ; ou bien, le crime aurait été commis pendant la nuit, tandis que leurs compagnons, sans défiance, étaient endormis ; ou encore en plein jour, lors que ceux-ci se trouvaient sous l’influence de l’ivresse produite par l’eau de vie qui faisait partie des provisions du Gig.

Et en supposant que ces conjectures fussent justes, il n’était pas étonnant que le seul homme survivant à de telles scènes d’horreur en eût perdu la raison l

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