‹ William le MousseChapitre 77 sur 78 · UN BALEINIER · texte numérisé non relu

UN BALEINIER

Les réflexions mentionnées dans le dernier chapitre passèrent rapidement dans l’esprit du jeune mousse. Sans chercher plus longtemps, il appela ses compagnons qui se réveillèrent aussitôt.

Leur étonnement à la vue du navire se traduisit par trois exclamations bien différentes. Celle de Laly exprimait la terreur, celle de Boule-de-Neige l’alayne autant que la surprise; celle du marin semblait causée par la joie la plus vive. En même temps, Ben sauta si brusquement sur ses pieds que le radeau faillit en chavirer.

Et sans s’expliquer il se mit à crier à pleins poumons : Hô du vaisseau! hô 1 par icil

— Providence! dit Boule-de-Neige , c’être un navire !

— Non, non, répondit avec impatience le marin; rien de la sorte. C’est un baleinier occupé à épurer son huile. Est-ce que vous ne voyez pas les hommes travailler? Dieu puissant 1 s’ils allaient passer sans nous entendre 1 Hô, du vaisseau...? hô 1 baleinier ? Et Ben se remit à héler ; à ses cris se mêla a voix de stentor du Coroman. Après les paroles le son camarade, il comprenait la nécessité de changer le solo de Ben en duo. Pendant quelques instants le pont du Catamaran retentit d’appels désespérés. On aurait dû les entendre de beaucoup plus loin que ne l’était le navire mystérieux, mais à la grande consternation de ceux qui les poussaient, aucune réponse n’y fut faite. Ils pouvaient maintenant voir distinctement le navire et tout ce qui était à bord, car les deux colonnes de flamme s’échappant du double fourneau des « tryworks » illuminaient non-seulement le pont du navire, mais encore la mer, à plusieurs milles autour do lui.

De la poupe s’élevaient des nuages de fumée jaunie par la lumière éclatante des feux ; les hommes, dans le rayon des flammes, avaient l’air de géants. Quelques-uns se tenaient devant le fourneau, d’autres allaient et venaient et semblaient activement occupés. Tout autre qu’un baleinier aurait cru

voir des êtres fantastiques se livrant à quelque cérémonie occulte.

Malgré la proximité du navire et leurs cris réitérés, les marins ne parvenaient point à se faire entendre.

Cette circonstance devait leur sembler incompréhensible et contribuer à leur faire croire en une apparition surnaturelle.

Mais l’ex-baleinier savait à quoi s’en tenir sur le silence du navire ; le bruit des feux des grands fourneaux couvrait d’ordinaire tout autre bruit : les marias eux-mêmes devaient pas s’entendre parler.

Ben Brace, en se rappelant ces particularités, n’en était que plus désespéré : allaient-ils donc se retrouver seuls et perdus, après s’être crus sauvés?

C’est ce qui fut bien près d’arriver. Heureusement une circonstance imprévue amena un heureux dénoûment.

Le baleinior occupé, selon toute apparence, à extraire la graisse de quelque baleine harponnée depuis peu, était arrêté a contre le vent » et faisait, bien entendu, fort peu de chemin.

Comme il arrivait lentement, la proue tournée presque * dans l’œil du vent » les marins pouvaient, sans difficulté, amener leur radeau près du navire.

Ben ne tarda pas à s’apercevoir de la position avantageuse du Catamaran, et f1i ’’s qu’il eut constaté

que la distance était trop grande pour que son appel fut entendu, il s’élança sur la rame du gouvernail et mit le cap sur le baleinier comme s’il eût voulu le couler bas. t ‘

En quelques secondes, le Catan^aran « choquait » à une encablure du baleinier, quand le cri de : hô du vaisseau 1 fut de nouveau poussé par Ben el Boule-de-Neige.

On ne leur répondit pas aussitôt, bien que cette fois on les eût entendus. Les hommes restaient muets de surprise à la vue de cette étrange embarcation, juste sous l’avant du navire.

L'ex-baleinier, cependant, se fit bientôt comprendre. Dix minutes après les naufragés du Catamaran , assis devant un bon feu et un bon repas, recevaient des rudes compagnons qui les avaient recueillis les marques de la plus vive sympathie.

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