‹ William Milne EdwardsChapitre 10 sur 19 · DE L'INFLUENCE DU FROID SUR LA MORTALITÉ A DIFFÉRENTS AGES · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DU FROID SUR LA MORTALITÉ A DIFFÉRENTS AGES

Ces faits établis, occupons-nous des conséquents qui en dérivent: lorsque la faculté de dévelop- 3r de la chaleur n'est pas la môme, la vitalité sera ifférente. D'abord, les rapports avec la tempéraire extérieure changeront nécessairement. Le be- >in de chaleur et la faculté de supporter le froid î sauraient être les mêmes là où le foyer intéeur n'a pas la même activité. C'est un des rap- ;>rts les plus intéressants à connaître; car il n'y a uère d'agent extérieur qui ait pins d'influence îr la vie que la température de l'air, ("est aussi îlni que nous pouvons'le pins modifier pour l'ap- Poprier à nos besoins: et. dans les circonstances 1 nous n'en avons pas les moyens, comme 1<t< lie nous sommes exposes à l'air libre, nous avons autres ressources qui peuvent y suppléer. Jus-

qu'ici nous n'avons été guidés dans les soins qu nous prenons à cet égard que par l'instinct, ou pa ce genre d'observation qui est à la portée de toi le monde. Mais il faut une connaissance plus il time de nos rapports avec la température exti rieure pour bien régler l'usage des moyens propre 5. nous garantir des effets nuisibles de la chaleu et du froid.

Voyons d'abord comment ces relations varier suivant les modifications dépendantes de l'âge, qu nous avons exposées dans le chapitre précédent.

L'instinct porte les mères à tenir leurs enfant chaudement. Des philosophes, par des raisonne ments plus ou moins spécieux, les ont engagées, différentes époques et dans divers pays, à s'écarte de ce principe, en leur persuadant que le fror extérieur fortifierait la constitution des enfant; comme il fait celle des adultes. Nous examineron cette question par la voie de l'expérience, poii nous régler d'après l'observation de la nature, c non d'après les opinions variables des hommes.

Commençons par les jeunes animaux à san chaud qui produisent le moins de chaleur : les mari mifères qui naissent les yeux fermés, et les oiseau qui éclosent sans plumes.

Ils sont la plupart du temps soustraits à l'actio de la température extérieure, réchauffés dans leu' nid par leur contact mutuel, et surtout par leu' mère. Exposés à, l'air au printemps et en été, il n'excéderaient la température de l'air que d'un o

leiix degrés dans les premiers temps de la vie. Ils t'ont donc, pour ainsi dire, pas de température ►ropre. Mais celle qu'ils ont habituellement dans es circonstances que je viens d*indiquer diffère >eu de celle de leurs parents. Us en ont une par le ait, et à peu près aussi élevée que celle des adules, quoiqu'elle soit presque entièrement artificielle. m fait rend très présumable que cette chaleur st nécessaire pour l'entretien de leur vie; mais e n'est pas une preuve suffisante: l'application de a chaleur pourrait servir à leur développement dus rapide ou à d'autres usages, sans être indis- >ensable à leur conservation.

Puisqu'ils produisent peu de chaleur, ne viraient-ils pas avec une température à peine sulérieure à celle de l'air, comme font les reptiles et es poissons? Nous ne saurions décider la question >ar les faits que nous avons rapportés relativement j ces jeunes animaux. Nous savons bien que l'ex- >osition à l'air fait baisser considérablement leur empérature, mais nous n'avons pas examiné le ésultat de ce refroidissement: nous allons nous en iccuper.

Le 12 février 1819, un chat nouveau-né éloigné le sa mère, et exposé à l'air dont la température Éait de 14°, s'étant refroidi, en 9 h., à 18°, était 'oide, et pouvait à peine faire de légers mouvenents.

Le mois suivant, l'air de l'appartement étant à .0°, j'y exposai deux petits chats âgés d'un

jour, et qui avaient 37°. Au bout de 2 h. 25 m. 1 température de l'un était descendue à. 17°, celle de l'autre à 18°; ils étaient devenus roides et presque insensibles.

Au mois de janvier de la même année, quatre petits chiens, nés de la veille, avaient 35° à 36" Pair de l'appartement était à 11°. Le refroidisse ment qu'ils y subirent, depuis 9 h. du matin jus qu'à 10 h. du soir, fit baisser leur température â 13° et 14°. Ils étaient alors tellement affaiblis, qu'il] | étaient presque sans mouvements.

Les symptômes d'affaiblissement et fie souffrance commencent à se manifester peu après leur expo sition à l'air, et augmentent à mesure que leuï température baisse. Tl en est de même des jeunes oiseaux qui, à leur -naissance, produisent le moins}» de chaleur.

Ils peuvent ainsi mourir rie froid par l'exposfl tion à l'air aux degrés de température extérieure que je viens d'indiquer; température qui, bien loiilf d'être rigoureuse, correspond à peu près h la cha leur moyenne de l'année; mais ils mourraient aussi par le refroidissement à l'air dans les chaleurs dii printemps et de l'été.

Quoique l'abaissement soutenu de leur tempe rature par l'exposition à l'air leur soit funeste, c'esf une chose remarquable combien de temps ils peuvent souffrir un refroidissement considérable. Defj chiens et des chats nouveau-nés peuvent vivre deux ou trois jours avec une température de 20°, et mêJ «

1e de 2° ou 3° au-dessous. Mais il ne faut pas que lir extérieur soit trop froid, sans quoi ils seraient ientôt privés de sentiment et de mouvement; et ît état de mort apparente ne tarderait pas à être îm de la mort réelle.

Lorsqu'ils paraissaient sur le point d'expirer, )mme dans les observations que j'ai citées plus lut, je les ranimais facilement, en les réehaufint devant le feu, ou par l'immersion dans un ain.

Lors même qu'ils sont privés de tout mouvement : qu'ils semblent morts, on les rétablit prompteient par les mêmes moyens, pourvu qu'on ne tarde as à les appliquer.

Kous voyons, par les faits que je viens de citer, ue ce groupe de jeunes animaux supportent un baissement considérable de leur température sans lourir. Il y a plus; si on 'ne lels laisse pas trop mgtemps dans cet état languissant, et qu'on les échauffe convenablement, ils sont susceptibles 'être refroidis de même à- plusieurs reprises. Je l'en suis assuré sur un grand nombre d'individus, armi les mammifères et les oiseaux.

Ce n'est pas qu'ils subissent ces épreuves sans iconvénient: les phénomènes qu'ils présentent rouvent le contraire; mais ils y survivent pour i plupart, si elles ne sont ni trop répétées ni trop rolongées, sans quoi elles seraient mortelles. Cette facilité de se rétablir après un grand abaisement de température ne persiste pas au même

degré avec Les progrès de l'âge. Je refroidis artii ciellemenl des oiseaux de diverses espèces, tellfl que des geais, des pies, des loriots, etc., à l'épi que <>ù ils étaient à peu près couverts de plume Leur température fui réduite chez les nus à 26 chez les autres à 18 . Ds n'avaienl été exposés a froid que pendant peu de temps. Ils étaient alor fcrèi faibles, et semblaient près d'expirer: cepeo liant ils ne laissèrent pas de se ranimer aussi promu tement el aussi bien en apparence que l©s oiseau} plus jeunes; mais ce rétablissement ne fut pas <1 Longue durée: La pluparl périrent dans l'espac d'un on deux jours.

L'abaissement de température «lu corps n'est <l<»n< pas également nuisible dans les différents âges: i L'est d'autant moins que les animaux sont plus jeu nés. Or, il y a ici un autre rapport qu'il est impôt tant de saisir: nous voyons que c'est à mesure qur la faculté de développer la chaleur s'accroîl <|ur la faculté de supporter l'abaissement de la tempe rature du corps diminue; et pour non- assurer qu'il y a une relation intime ouïr.- ces deux termes, toile que je viens de l'exposer, comparons de la menu manière Les adultes de différents groupes de veri& lues: les animaux à sang froid, lésinai îfères hibernants et les autres animaux à Bang chaud. En les disposant «le la sorte, ils forment une échelli dans laquelle la chaleur animale va en croissant] Les reptiles et les poissons, qui en occupent les degrés inférieurs, sont précisément, comme tout 1<

monde sait, ceux qui supportent le mieux l'abaissement de la température du corps; et les mam- , mifères hibernants, inférieurs pour la chaleur aux -autres animaux à sang chaud, ont sur eux l'avantage de pouvoir vivre avec une réduction de température qui ferait périr ceux-là.

De même j'ai fait voir que les jeunes animaux

à sang chaud ont une faculté d'autant plus grande

de supporter des abaissements de température,

qu'ils produisent moins de chaleur: j'en vais mon-

, trer la nécessité.

Quelque soin que les parents prennent de leurs petits, ils ne peuvent pas toujours rester auprès d'eux pour maintenir leur température à un degré élevé, s'ils sont de la tribu qui naissent les yeux fermés ou sans plumes. Aussitôt qu'ils les quittent pour pourvoir à leur subsistance, la température des petits commence à baisser plus ou moins suivant qu'ils se tiennent éloignés ou rapprochés les uns des autres et que leur nid est bien ou mal garni. Leur température s'abaisse donc d'un assez grand nombre de degrés; et si ce refroidissement leur était aussi nuisible qu'à des individus qui produisent plus de chaleur, la plupart périraient. Toutefois, si leur constitution est telle qu'ils peuvent en général subir sans inconvénient grave les abaissements de température qui résultent de l'absence de leurs parents, cette cause ne doit pas laisser d'en faire périr un assez grand nombre. Quels que soient l'instinct et la sollicitude des

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mères, elles n'ont pas ces facultés à un tel degfl de perfection qu'elles puissent mesurer la dura de l'absence au degré de refroidissement que le? petits peuvent supporter Bans danger. Quand ml me il en seraii ainsi, le tempe pendant lequel elle] s'absentent, quel que boîI Leur empressement, est al dmairement déterminé par relui qu'il faut poil se procurer une nourriture sufflsarijbe. Elle n'ed pas toujours facile s trouver, et les délais que sa recherche exige doivenl souvent être tels que le] petits s- refroidissenl au point que leur santé e| soufTic

Les autres jeunes animaux s sang chaud ne sont pas exposes s de pareils refroidissements, paroi qu'ils naissent avec une Bource plus abondante di chalear. Mais, si le température extérieure étalj tell • qu'elle fît baisser celle de leur corps au nieun- «l«'ri ■ et aussi fréquemment que chea le groupe de jeunes animaux donl dous menons de parler, il en résulterait une mortalité beaucoup plus grandetj Cest là le danger auquel Ils seraienl exposes s'ils naissaienl en hiver: aussi pourrait-on déduire di là que la nature y n pourvu, en évitant, en •: ■ ■ 1 1 « : rai, <l«- les produire dans cette saison rigoureuse* Cesl ce qu'elle a presque toujours f:iit pour les animaux sauvages, <i"i naissenl avec le plus grand <i.;\elopppTTipnr de chaleur. Quel qu'il suit, il ne bu& ftrait pas pour qu'ils Bupportassenl le froid de nos climats dans les premiers temps «le la vie', «•(. <• m* me ils sont ou même temps plus forts, plus actifs!

et plus indépendants, leur mère ne saurait les garantir de l'intempérie de l'air. Us viennent donc, pour l'ordinaire, au printemps ou au commencement de l'été, et dans le cours de la belle saison. Leur faculté de produire de la chaleur augmentant successivement, ils sont mieux en état de résister aux rigueurs de l'hiver suivant.

L'homme, qui exerce un si grand empire sur les animaux domestiques, et qui peut en disposer de manière à régler les époques de leur naissance, imite ordinairement cette prévoyance de la nature; ■et, lorsqu'un intérêt particulier l'engage à y déroger, il peut y suppléer par les ressources de son industrie.

Yoici le résumé général des faits relatifs à l'influence du froid, à différentes époques de la vie, depuis la naissance jusqu'à l'âge adulte.

Il faut distinguer deux choses, le refroidissement du corps et la température capable de le produire. Quant au refroidissement du corps, abstraction faite de sa cause, il est d'autant moins nuisible que l'individu est plus jeune.

Abaissez la température du corps de deux individus de même espèce, d'un égal nombre de degrés, le plus jeune en souffrira le moins, et sa santé se rétablira plus parfaitement.

Mais, pour abaisser d'un même nombre de degrés la température du corps d'individus d'âges différents, il faut des degrés différents de froid extérieur. Pour produire cet effet, il faut que la tem-

pérature extérieure soit d'autant plus basse que | l'individu est plus près de l'âge adulte.

D'une part, si les plus jeunes souffrent moins ! d'un même abaissement de température du corps, d'autre part ils se refroidissent plus facilement. | C'est de cette dernière disposition que dépend principalement la mortalité à différentes époques de la vie, depuis la naissance jusqu'à l'âge adulte, en tant qu'elle résulte de l'influence du froid extérieur sur les animaux à sang chaud; car dans l'échelle des variations de la température extérieure, les plus jeunes animaux sont plus fréquemment exposés à être refroidis par des degrés qui n'auraient aucune influence nuisible sur les autres. De là une cause de plus grande mortalité; de là également la nécessité de les mettre d'autant plus à l'abri du froid qu'ils sont plus jeunes.

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