CHAPITRE PREMIER
DES MODIFICATIONS DE LA CHALEUR CHEZ L'HOMME DEPUIS LA NAISSANCE JUSQU'A L'AGE ADULTE
Ayant consacré la première partie de cet ouvrage h, des recherches 'expérimentales pour constater l'influence des agents physiques sur les animaux à ?ang chaud, je n'ai pas parlé de l'homme, parce qu'il ne pouvait être soumis à l'expérience.
Les résultats que j'ai obtenus sont tellement uniformes, qu'ils s'appliquent nécessairement à tous les animaux à sang chaud. Je dis nécessairement, parce que la force de l'analogie nous y entraîne. Il n'y en a pas d'autres preuves; il ne saurait y en avoir; car jamais on n'établira des vérités générales, en physiologie, sur des preuves directes, fon-
dées sur l'examen de chaque individu, ou même; de chaque espèce. On. ne £>eut espérer arriver] jamais à les connaître toutes; et à coup sûr, on ne les soumettra pas au même genre d'observations et d'expériences.
Il faut donc se borner dans ces recherches; mais; ce n'est qu'après avoir assez multiplié les faits par-, ticuliers pour que la force d'analogie amène la conviction. Malheureusement, il n'y a pas là de limite bien tracée; elle varie suivant les esprits, qui sont] plus ou moins exigeants pour le nombre et la nature des faits, et les espèces d'animaux auxquelles on applique les principes qui résultent de ces faits.
Considéré sous le rapport de la structure, l'homme a été rangé dans la classe des « mammifères », non d'après le seul caractère que cette dénomination exprime, mais d'après une foule d'autres.
Unique par son intelligence, il se rapproche des mammifères par les nécessités de. la vie communes à tous les êtres qui ont une organisation semblable. ;
Comme eux les forces mécaniques le détruisent^ et son intelligence ne lui sert que pour opposer à( ces forces des forces de même nature.
L'homme souffre, comme eux, des extrêmes de chaleur et de froid, et y succombe de même s'il ne trouve, dans l'étude qu'il a faite de ces agents destructeurs, le moyen d'opposer l'un à l'autre.
Il n'est pas moins asservi à la nécessité du con-j
ici et du renouvellement de l'air, sans lesquels i vie s'éteindrait aussi promptement que celle «les ■maux de la même classe.
Il n'a aucun privilège d'organisation capable de
Boustraire à l'empire des lois physiques qui prédent ù la formation des vapeurs, et en vertu desselles une partie de l'eau qu'il contient se dissipe uis d'atmosphère, ni une sensibilité si spéciale ue la fonction par laquelle la peau porte au deors une partie de ce même liquide, ne soit souiise. comme chez les mammifères, à. l'influence de
température extérieure.
Comme espèce, il sera affecté par ces divers ieins dans la mesure qui lui est propre, mais de i même manière que les autres mammifères: en •la chaque espèce, je dirai plus, chaque individu, b le même à différentes époques de sa vie a sa «sure particulière. Comme espèce, il rentrera onc dans le groupe que nous avons étudié dans t première partie de cet ouvrage, et les vérités énérales que nous y avons établies lui seront égaillent applicables.
Nous nous occuperons d'abord des modifications, ans la faculté «le produire de la chaleur, qui doieni avoir lieu chez l'homme, en vertu de l'âge, 'après les observations e1 les expériences que nous
vous faites sur les animaux à sang chau I.
Tl en résulte que cette faculté chez L'enfant noneau-né sera à son minimum, et qu'elle s'aCCTOÎtra uecessiveinent jusqu'à l'âge adulte.
Nous avons constaté que les animaux à san chaud, à leur naissance, différaient entre eux p? ira phénomène remarquable, relatif à la chalei; animale. Les uns, lorsqu'on les expose à l'air, so: au printemps, soit en été, se refroidissent à pe; près comme les vertébrés à sang froid; les autre dans les mêmes circonstances, conservent une cht leur élevée et constante.
Nous avons donné des caractères extérieurs qi peuvent servir à les distinguer sous ce rappor Les espèces, parmi les mammifères, qui naisseï les yeux fermés, forment le premier groupe; celle qui naissent les yeux ouverts appartiennent a second.
Telle est aussi la condition de l'homme. L'eufan nouveau-né aura donc, comme ces dernières espi? ces, la faculté de conserver une température él< vée, à peu près constante dans les saison chaudes.
Nous avons supposé ici que l'enfant naissait terme ; mais, s'il venait vers le cinquième ou 1 sixième mois, les phénomènes seraient diffi rents.
Quoiqu'à cette époque il naisse les yeux ouvert: il arrive ordinairement que sa pupille est encor fermée par une membrane que, d'après sa situ tion, on appelle « pupillaire ». Ce caractère, tii de l'état des yeux, me paraît équivalent à l'occli sion des paupières. Nous en conclurons, par anr logie, que la faculté de produire de la chaleu
«•ait si faible que sa température sérail I asse.
Cherchons maintenant à vérifier ces conclusions ar des observations directes. Nous n'aurons pas mvent cette ressource; car il est évident que nous 3 saurions soumettre l'homme aux diverses épreu- 3s que nous faisons subir aux animaux.
Un enfant né à terme et séparé de sa mère, ex- Dsé à une chaleur douce, n'éprouve guère de vaatiou dans sa température. Il est vrai qu'on ne aviserait pas de le dépouiller de ses vêtements ïur juger de sa faculté de conserver sa chaleur ir une longue exposition à, l'air; mais j'ai fait xir précédemment que cette épreuve n'est pas icessaire. Les mammifères nouveau-nés, qui se rendissent à l'air à peu pies connue des animaux i sang froid, on1 beau être bien recouverts, leur impérature ne laisse pas de baisser, quoique cet ifet ait lieu alors plus lentement.
[L'enfant nouveau-né appartient donc au second î'oupe, comme nous l'avons conclu du caractère urni par l'état des yeux.
.it-il maintenant de déterminer si l'homme a
naissance produit moins de chaleur que dans
suite; nous n'exposerons pas les individus de Bférents âges a un froid artificiel pour juger, par
différence dans l'abaissement «le leur tempéra re, de leur faculté respective >1 • développer de
chaleur, ainsi (pic nous l'avons l'ait pour les aniîux. Me pouvant taire de pareilles expérien»
j'y substituerai des observations qui fourniront de [ données suffisantes.
Je n'ai pas considéré de légères différences dai] s la température des animaux, comme des indicl ! tions suffisantes d'une différence correspondani " dans leur faculté de produire de la chaleur; c'e! pourquoi j'ai eu recours, dans les recherches qi j'ai exposées dans la première partie, à la méthotf des refroidissements artificiels. Après m'être assui par ce moyen que les jeunes mammifères qui nail sent les yeux ouverts produisent moins de chalei1 que les adultes, nous pouvons tirer parti des o' servations que j'ai faites sur leur température ni turelle.
Tous les individus de ce groupe que j'ai ex minés ont habituellement, à leur naissance et qui que temps après, une température plus basse qf celle de leurs parents. J'ai observé, à cet égarj des différences de 1° ou 2° centigrades. Ce car£J tère, dans le cas dont il s'agit, est donc un indii d'une grande valeur de la différence dans la i culte de produire de la chaleur. Dans toute autj circonstance je n'en tiendrais aucun compte, jr qu'à ce que j'eusse d'autres faits à l'appui. \
Si une pareille (différence existe dans la temp rature de l'homme à ces deux époques de la vi nous n'hésiterons pas à la regarder comme m preuve suffisante d'une différence dans sa faculi de produire de la chaleur, telle que nous l'avo: constatée chez les mammifères.
On a souvent pris la température de l'homme
hilte; et, comme elle o'esl pas La même chez tous
|s individus, il s'agit d'en assigner les limites et
L terme moyen. Elle diffère aussi suivant la ré-
iUon du corps où on la détermine. A la bouche,
le est ordinairement un peu supérieure à celle
m parties extérieures du tronc, de quelques frac-
|Ons de degré à un degré entier. Tour établir une
pmparaison entre l'adulte et l'enfant nouveau-né,
test nécessaire d'appliquer le thermomètre aux lèmes endroits. Comme on ne saurait bien consulter la température de la bouche de l'enfant, il lut choisir l'aisselle.
En prenant ainsi la température de vingt adulis, il en est résulté qu'elle a varié entre 35°,5 el centigrades, dont le terme moyen était 36", 2, ce qui s'accorde avec les meilleures observapus. On a négligé d'en faire sur les enfants noueau-nés. Mon ami M. Breschet m'en a facilité les | loyens. il a permis qu'on prit, dans les salles de m hôpital, la température de dix enfants bien tfortants, âgés de quelques heures à deux jours. ,es limites des variât ions ont <;té de 34° à 3.")".."». <e terme moyen de toutes les températures indiliduelles fut de :'. L°,75. Leur température est donc Inférieure à celle des adultes; rapport prévu par si analogie et confirmé par l'observation. Je le réète, je n'aurais tiré aucune conclusion d'une si | 5gère différence si les expériences nombreuses fuies sur les animaux à sang chaud De m'en eussent
donné l'interprétation; si je n'eusse pas constatât que, dans les premiers temps de la vie, les anii* maux produisent moins de chaleur, et qu'une paig reille différence dans leur température natuiss relie coïncide alors avec cette modification de la fonction.
J'ai désiré pouvoir vérifier une autre conclusion tirée de l'analogie. Elle est relative à la tempéra ture des enfants nés longtemps avant terme. L'oc casion est rare, mais elle s'est présentée. M. Da gneau, accoucheur d'une dame dont j'étais le méde cin, me fit avertir qu'elle venait d'être délivrée d'un enfant à sept mois. L'accouchement avait et* tellement facile, que l'enfant était venu avant qu'oi pût appeler du secours. Deux ou trois heures aprèî sa naissance, je le trouvai bien portant, bien ein| mailloté et près d'un bon feu. Je pris sa tempéra ture à l'aisselle, et je la trouvai de 32° centigrafl des. Cette (différence de /température est remarji quable, et prouve évidemment que l'homme sut pour la production de chaleur le rapport de l'agi que nous avons constaté chez les animaux à sang chaud.
Au degré de développement où cet enfant est nël la membrane pupillaire n'existe ordinairement plus Il pourra donc conserver une chaleur élevée, quoij que inférieure à celle des enfants nés à termei lorsque la température de l'air est douce.
S'il venait au monde assez longtemps avant lq disparition de sa membrane pupillaire, point d
Dute, d'après les faits que nous venons do rapport. que sa. faculté de produire de la chaleur îrait si faible, qu'elle ne différerait guère de celle m jeunes mammifères qui naissent les yeux innés.