‹ William Milne EdwardsChapitre 8 sur 19 · DE LA TRANSPIRATION · texte numérisé non relu

DE LA TRANSPIRATION

Un agenl physique ne se borne pas ;\ un soûl raplorl avec l'économie animale, il peut exercer en même temps diverses influences. Ainsi, l'air atmosphérique, par les qualités qui lui sont propres, ;t une action vivifiante indispensable à. l'entretien de la vie. La respiration est la fonction par laquelle cet effet a lieu. Nous en avons traite dans le chapitre précédent. Mais, en même temps que l'air atmosphérique sert à la respiration, il influe sur la conversion en vapeur d'une partie des liquides contenus dans le corps.

Cette considération QOUS conduit à l'étude d'une autre fonction, la transpiration, selon qu'elle est iffectée par les divers états de l'atmosphère.

En nous occupant des animaux ;\ saut; froid, nous en avons déjà traité dans une grande étendue. Ces recherches nous dispenseront de donner la même extension à ce genre d'expériences sur les animaux a sang chaud, il ae s'agil pas ici de déterminer la nature chimique de L'excrétion qui se faii par la peau et les poumons: pour l'objet que nous nous proposons, il nous suilit de Bavoir qu'elle est composée d'eau et d'une fcrès petite portion de

matière animale. Que cette matière varie suivant! les classes et selon les espèces, ou dans le même! individu diversement affecté, toujours est-il vrai que l'eau est un liquide commun à toutes les pertes qui se font par la transpiration, et que la diminution de poids que le corps subit en conséquence porte principalement sur cette partie constituante. Voilà au moins ce qu'il y a de commun à tous les vertébrés, relativement à la nature de la transpiration. Quant à l'action des divers états de l'air pour augmenter ou modérer les pertes qui se font par cette voie, chez les vertébrés à sang froid, on a vu dans les résultats des recherches que j'ai déjà exposés, un des exemples les plus frappants de l'empire que les cauises physiques peuvent exercer sur l'économie animale. Elles ont une action uniforme sur tous les animaux de ces classes que j'ai soumis à l'expérience. Les quantités absolues que des espèces différentes perdent dans les mêmes circonstances varient souvent dans des limites très éloignées; mais chaque modification de l'air dont nous avons examiné l'effet agit toujours de même sur tous, soit pour augmente!*, soit pour diminuer la transpiration.

Voilà ce qu'il nous importe le plus de savoir, parce qu'il est présumable que cette influence doit s'étendre aux autres animaux, et que nous étudions principalement les espèces pour arriver à des vérités générales.

Les raisons en faveur de cette analogie sont si

folies, que je me semis à peine détermina à la vérifier par l'expérience, si je n'avais considéré" l'importance du sujet. Les différences qui existent entre les deux groupes d'animaux ont tellement frappé un grand nombre d'esprits, qu'ils ne sont guère disposés à admettre, par induction pour les uns, ce qui a été prouvé pour les autres. Cette réserve, on général, est sage, quoiqu'on puisse la porter trop loin, et se fermer ainsi l'accès à. des vérités importantes, qui seraient inabordables par d'antres voies.

H est d'ailleurs de la nature de ces recherches de Soumettre :\ l'action des mêmes agents extérieurs des animaux pris dans les diverses classes des verfcébrés, toutes les fois qu'ils peuvent se prêter au même genre d'expériences.

1 1er. — Marche de la transpiration dans des temps égaux et successifs

C'est pourquoi nous reprendrons la même série de recherches sur la transpiration dos animaux à saii'j chaud, que nous avons faites sur les vertébrés à sang froid, on no les étendant pas plus loin qu'il no faut pour nous assurer s'ils sont soumis au même genre d'influence.

Commençons par déterminer quelle est la marche de la transpiration des animaux à Bang chaud «Unis

le cas où les circonstances extérieures ne changent pas. Il faut d'abord s'assurer du rapport des pertes dans une suite de temps égaux, sous une môme influence extérieure: car, pour apprécier les variations de la transpiration causées par les agents physiques, il est indispensable de connaître la marche de cette fonction, dépendante de l'organisation. On peut supposer plusieurs cas: 1° que les pertes sont égales, ou à peu près égales, dans des temps égaux; 2° qu'elles sont régulièrement ou irrégulièrement croissantes ou décroissantes; 3° enfin, tellement variables qu'on ne puisse apercevoir aucune tendance déterminée vers aucun de ces résultats. Toutes ces suppositions sont admissibles lorsqu'on rejette l'exemple des vertébrés à sang froid, jusqu'à ce que l'expérience sur les animaux à sang chaud en ait décidé.

J'ai soumis à l'expérience quatre jeunes cochons d'Inde, que j'ai placés séparément dans de petites cages de fil de fer, pour laisser un libre accès à, l'air, et contenir leurs mouvements. La température de la chambre était de 14°, terme éloigné des extrêmes de chaleur et de froid, et qui permet le libre exercice des fonctions. On évitait de produire des courants d'air, afin que la transpiration pût suivre sa marche naturelle. On avait donné à manger à ces animaux, pour que leur corps fût dans le meilleur état possible. Je les pesai d'heure en heure; mais,- dans ^intervalle, il fallait tenir compte des excrétions urinaires et alvines pour

■éterminer les pertes par la transpiration. Une as- Bette était placée sous la cage pour les recevoir, phaque excrétion était pesée sur le champ, et la partie liquide enlevée avec <Iu papier Joseph, dont k déterminait le poids avant et après cette opération. L'expérience dura six heures. Les pertes par la transpiration, comparées d'heure en heure, furent si variées, et présentèrent de telles alternatives en plus ou en moins, qu'on n'y reconnaissait aucune tendance à une marche régulière. Mais, en établissant La comparaison de deux heures en deux leures, les portes décroissaient successivement ehe/, les uns, et tendaient manifestement au dénroissement chez les autres: aussi, en les comparant dans un plus grand espace, à des intervalles de trois heures, le décroissement des pertes, dan-. ces temps égaux, était évident chez tous.

Je lis le même ossai sur un autre genre de mammifères. Quatre souris adultes furent également placées dans de petites cages de til de fer, avec les mêmes précautions, pour recueillir et évaluer les excrétions. La température de la chambre était de p.i . L'expérience fut continuée pendant six heures. La fluctuation que qous avions observée (die/, les cochons d'iu le dans les pertes successives d'heure en heure, par la transpiration, se reproduisit également chez cette espèce. De même, la comparaison établie de deux heures en deux heures diminuait considérablement ces alternatives; on y apercevait une tendance au décroissemenl succès-

sif, qui devenait manifesté et sans exception, en prenant des intervalles de trois heures.

Au lieu de poursuivre ces recherches sur desi mammifères, j'ai cru qu'il serait préférable de sou-! mettre à la même épreuve des animaux pris dans! l'autre classe des vertébrés à sang chaud. Si leur transpiration suivait la môme marche, il devenait; inutile de multiplier les faits. Plus l'organisation) diffère chez des individus qui présentent les mê-| mes phénomènes, plus on est certain qu'ils doivent: être communs à un plus grand nombre d'espèces.

Je répétai donc ces expériences sur des oiseaux.; Je me servis de moineaux francs; j'en exposai quatre à l'air, dans une chambre à 19°, quatre autres à une température de 20°, en employant les; mêmes précautions et les mêmes procédés, pendant le même espace de temps que dans les deux cas précédents. Il ne convenait pas de donner une plus grande durée à l'expérience, pour ne pas affaiblir le corps par une trop longue abstinence.

J'obtins la confirmation la plus complète des résultats précédents: pertes irrégulières en plus ou en moins, considérées d'heure en heure et décroissement marqué, en prenant en plus grand espace de temps. Telle était la diminution successive de la transpiration, qu'elle eut lieu, sans exceptions, chez les huit individus, dans des intervalles de deux heures.

En s'arrêtant aux irrégularités qui ont lieu dans les intervalles successifs d'une heure, on aurait pu

se méprendre sur la marche de la transpiration, 5t n'y reconnaître aucune tendance déterminée; et 2e fait se serait joint h tant d'antres anomalies des phénomènes de la vie, pour confirmer l'opinion, que par leur nature, ils ne sont guère susceptibles d'Atre assujettis à des règles. Cependant, on peut les envisager de manière h y trouver plus d'uniformité qu'on ne croit, et les faits qu'on vient de citer en sont un exemple. Malgré la diversité des espèces que nous avons soumises aux mêmes expériences, nous les voyons présenter ides résultats analogues; ne que les mammifères offrent d'une part se reproduit d'autre part chez les oiseaux. Ces faits étant constatés sur des animaux pris dans les deux classes, il est inutile d'en multiplier les exemples, et nous sommes autorisés h les regarder comme communs aux animaux h sang chaud.

Pour exprimer ces résultats d'une manière générale, nous dirons que les pertes successives par la transpiration varient considérablement en plus ou en moius, lorsqu'on les compare dans de courts espaces de temps, mais qu'elles décroissent constamment lorsqu'on les considère dans de plus grnnds intervalles. J'irai plus loin, et cela est nécessaire pour que ces observations soient susceptibles de quelque utilité pratique: il s'agit d'assigner des limites de temps dans lesquelles on peut approximativement renfermer les phénomènes que nous venons d'indiquer. Puisque ces phénomènes sont communs à tous les animaux vertébrés, et

que nous avons constaté, sur un grand nombre d'individus d'espèces différentes, les limites de temps propres à chacune, nous donnerons leur terme moyen comme limite approximative pour une espèce quelconque: on verra qu'elle doit approcher beaucoup de la vérité.

Les espaces de temps dans lesquels les fluctuations de la transpiration ont lieu généralement chez les animaux vertébrés, sont faciles à déterminer, même avec précision. Nous avons toujours observé, chez les vertébrés à sang chaud, que les variations en plus ou en moins avaient lieu dans les intervalles successifs d'une heure, et ce terme peut être regardé comme la règle générale. Quant aux espaces de temps que l'on peut assigner pour que le décroissenient successif de la transpiration ait généralement lieu, l'approximation se fonde sur les considérations suivantes: en examinant toute la série des résultats d'expériences sur les vertébrés de diverses classes», j'observe kme les plus courts intervalles dans lesquels ce phénomène a eu lieu étaient de deux heures, et les plus longs de neuf. En prenant un terme intermédiaire de sii heures, on peut espérer de renfermer la presque totalité des cas; car, lors même qu'il fallait un plus long espace de temps, trois heures suffisaient pour déterminer un décroissement, sinon constant, du moins très peu variable. Dans le plus grand nombre des cas, ce phénomène a eu lieu dans les espaces successifs de trois heures.

Cciic première série d'expériences sur la transpiration des animaux à sang chaud ayant eu des résultats parfaitement conformes à ceux que nous uvons obtenus des recherches correspondantes sur les vertébrés à sang froid, il est probable que nous prouverons de l'uniformité dans les autres.

Nous n'avons pas besoin de dire que l'action de ■air, considérée uniquement sous le rapport de la température, agit de même sur la transpiration des uns et ^<. autres. Personne n'en demandera des preuves; la chose est manifeste.

| !L — Influence de l'état hygrométrique de l'air

Il n'en est pas de même de l'inlluence de l'air sec et humide. Le témoignage de nos sens ne suffit pas [tour nous éclairer sur les effets de ces deux inoditicaiions de ce fluide. Ils peinent, au contraire, nous induire en erreur. Un air sec peut faire disparaître la sueur, par su propriété d'absorber l'humidité, l'n air humide, par la propriété contraire, la laisse s'accumuler sur la surface du Jorps. Dans le premier cas, on jugerait «pie l'air sec diminue la transpiration; dans le second, que l'air humide l'augmente»

Si l'on n'admet tait pas l'exemple des vertébrés

à sang froid pour juger de l'effet de ces deux ino difications de l'air sur les animaux à sang chaud à plus forte raison ne se laisserait-on pas influen* cer par des considérations tirées de la physique La sensibilité, qui, chez les êtres de cet ordre élevé, est si exquise, et qui influe si puissamment sur les sécrétions, ne peut-elle pas être affectée par les agents extérieurs, de manière à produire «les effets bien différents de résultats purement physiques? L'air sec ne produirait-il pas sur la surface de la peau et des poumons une astriction qui diminuerait la transpiration, et l'air humide un relâchement qui produirait un effet contraire?

Ces considérations suffisent pour faire connaître l'incertitude qui doit exister sur cette question lorsqu'on n'a pas recours à l'expérience directe, et que l'on se refuse à suivre l'analogie tirée des faits relatifs aux vertébrés à, sang froid.

Quant à- l'expérience directe, c'est une chose étonnante qu'elle n'ait pas été faite. Delaroche a déterminé les effets comparatifs de l'air sec et de l'air humide sur l'homme, à de hautes températures; condition qui change beaucoup les effets de ces agents. D'autres savants qui se sont occupés de recherches statiques sur la transpiration, ont aussi fait des observations à ce sujet, à des températures modérées, mais dans des conditions si compliquées, qu'on pourrait attribuer les résultats à d'autres causes qu'à celles qu'ils leurs assignent. Afin de comparer les effets de l'air sec et de l'air

. humide, il faut que toutes les autres conditions jde température, de pression, etc., soient égales. Pour y réussir plus facilement, il faut faire des expériences simultanément.

Quant à Pair humide, il convient que la vapeur soit transparente, et non à, l'état de vapeur visible, que les physiciens appellent vapeur vésiculaire, condition dans laquelle elle se trouve daus les brouillards. L'autre état de l'atmosphère est le plus ordinaire, et par conséquent le plus important à connaître.

J'ai placé un cochon d'Inde dans une cage de fil de fer; je l'ai suspendu dans un vase de verre, dont les parois avaient été préalablement mouillées, et que je posai de suite sur l'eau. Le vase était de la capacité de douze litres environ: en pareil cas, l'air y arrivait rapidement à. l'humidité extrême; je m'en étais préaloblement assuré. Dans un vase parfaitement semblable, je suspendis en même temps un autre cochon d'Inde de la même portée, le plus semblable possible pour le poids, dont j'indiquerai la différence en parlant des résultats. Le vase fut placé sur deux livres de chaux vive, pour absorber l'humidité, et entouré de suif pour intercepter le passage de l'air. Un hygromètre, dans l'intérieur, marquait la dessiccation progressive de l'air.

J'aurais désiré comparer les limites extrêmes de l'état hygrométrique de l'air parfaitement sec, et de ce fluide saturé d'humidité. H est facile de le

dessécher complètement avant l'expérience; maisL comme on doit l'isoler pour en absorber l'humi-, dite, et qu'il faudrait ensuite y introduire l'animal i en le passant à travers le mercure, il y augmenterait le poids en avalant de ce liquide. •

En supposant même que l'on puisse sans inconvénient introduire un animal dans de l'air parfaitement sec, il ne tarderait pas à devenir lmmide par la transpiration, et les moyens propres à le dessécher au fur et à mesure ne seraient peut-être pas assez prompts pour le maintenir dans son état de sécheresse extrême. D'ailleurs, le degré que l'on peut obtenir par le procédé que j'ai suivi est semblable à un grand degré de sécheresse de l'air dans notre climat, où elle n'est jamais extrême, à- moins qu'on ne s'élève à de grandes hauteurs. La connaissance de ces effets sera donc d'une plus grande utilité pratique.

La température extérieure était de 15°. La pression et le,s autres conditions étaient les mêmes dans les expériences comparatives, excepté l'état hygrométrique: les animaux n'étaient donc exposés qu'à éprouver d'une part les effets d'une sécheresse relative, et de l'autre ceux de l'air porté à l'humidité extrême. Mais on ne saurait les placer dans ces conditions sans s'ôter la faculté de déterminer d'une manière directe les pertes qu'ils font par les excrétions alvines et urinaires. En les supposant égales de part et d'autre, les différences dans le poids total, s'il en existe, avant et après

l'expérience, seront dues à celles de la transpiralion. Or on remplit suffisamment la condition d'égalité de? excrétions alvines et urinaires en multipliant les expériences; par ce moyen, il peut y avoir compensation dans les différences individuelles. Voyons d'abord quels sont les résultats des expériences faites d'après ces vues: nous les soumettrons ensuite à un autre examen.

Elles ont été faites sur des cochons d'Inde, dont cinq dans l'humidité extrême, et les cinq autres dans l'air relativement sec, et dont la sécheresse allait en augmentant durant tout le cours des expériences. La durée en était de six heures, excepté dans une occasion où elle a été de huit heures.

La comparaison des poids des animaux, avant et après l'expérience, a donné des résultats qui ne peuvent guère laisser de doute sur l'influence relative de l'air sec et de l'air humide. Dans tous les cas, les pertes dans l'air sec étaient beaucoup plus considérables que dans l'air humide. Lu coup d'oui sur le tableau oi\ les résultats numériques sont consignés, suffira pour convaincre que ces différences ne peuvent être l'effet du hasard, ou, pour m'exprimer avec plus de précision, ne sauraient être rapportées aux variétés individuelles. S'il en (lait ainsi, le résultat n'aurait pas été uniforme; des différences en plus ou en moins se seraient trouvées indifféremment dans l'une et dans l'autre série. Le plus, elles sont considérables, ce qui ajoute beaucoup à la certitude; car, si elles étaient

petites, on pourrait les négliger, à moins qu'elle» ne fussent constantes dans une longue suite dei faits. L'influence des variétés individuelles ne laisse pas d'être bien marquée dans le tableau que je viens de citer; mais elle se borne à faire varier l'excès des pertes dans l'air humide. On voit par là, une confirmation de l'action puissante de l'état hygrométrique de l'air, puisqu'elle prédomine sur les causes perturbatrices qui peuvent résulter des combinaisons variées de l'organisation et de la sensibilité des individus de même espèce.

Nous n'avons rien dit du poids relatif des animaux soumis aux deux séries d'expériences comparatives: ils sont nécessairement inégaux, et ce défaut de précision rendrait les résultats incertains ou illusoires, si l'on ne trouvait moyen de remédier à cet inconvénient. Si, du côté où les pertes sont les plus grandes, les individus étaient supérieurs en poids à ceux de l'autre série, on objecterait avec raison que la différence des pertes est due à l'inégalité de volume, et non aux conditions dans lesquelles ils sont placés. Mais j'ai obvié à cette objection, en plaçant les plus grands individus dans la série où je présumais, d'après les expériences sur les animaux à sang froid, que les pertes seraient moindres. C'est ce qui a eu lieu, malgré la supériorité de poids des animaux placés dans l'air saturé d'humidité. De sorte que l'obstacle même qui s'opposait à l'exactitude de nos recherches nous a fourni les moyens de nous éclai-

•er davantage sur l'influence de l'état hygrométrique de l'air.

On pourrait attribuer ces effets, non à la dimiîution de la transpiration par l'air humide, niais t celle des évacuations alvines et urinaires jjar la nême cause. Cette supposition serait également idniissible si nous n'avions aucune donnée sur ce sujet. Comme ces excrétions sont sensibles, on a

occasion d'observer l'influence qu'exerceraient suivies ces deux états de l'atmosphère. Quoiqu'elles soient Jbeaucoup moins soumises à l'empire des igents extérieurs, on a cependant reconnu que l'humidité de l'air tend à augmenter ces évacuations. Or, la diminution du poids du corps ayant éié moindre dans l'air humide, elle ne peut être attribuée qu'à la différence de la transpiration.

Il fallait vérifier ces résultats sur d'autres animaux à sang chaud; et, comme je l'ai déjà remarqué, le meilleur moyen était de les prendre parmi ceux qui diffèrent le plus des précédents par leur organisation: je les ai donc choisis parmi les oiseaux. Huit moineaux francs adultes ont été soumis à ce genre d'expériences, avec le même appareil et les mêmes précautions. Cette espèce présente ici un grand avantage pour parvenir à des résultats comparatifs. Ils différent moins entre eux en poids, et sous plusieurs autres rapports individuels, que beaucoup d'autres espèces.

La vue du tableau, ou j'ai consigné Leurs pertes dans l'air sec et dans l'air humide, ne laissera au

cim doute sur l'influence de ces agents- Non-seulement la diminution du poids de ces animaux est constamment plus grande dans le premier cas que dans le second, ainsi que nous l'avons constaté précédemment sur des mammifères; mais les résultats sont d'autant plus satisfaisants qu'ils sont très comparatifs. Les nombres qui les expriment diffèrent peu dans les expériences analogues, toutes les fois que leur durée n'excède pas les limites convenables: car, en la prolongeant au delà de six heures, le défaut de nourriture et d'autres causes occasionnent, comme je l'ai déjà remarqué, un état de souffrance qui, sans changer le prédominance des pertes dans l'air sec, peut augmenter la transpiration, en accélérant la respiration et la circulation, etc. 'L'état de la respiration y contribuf3 aussi puissamment.

Jusqu'ici nous n'avons considéré que les différences; mais nous pouvons trouver le moyen d'évaluer approximativement le rapport dans lequel ces pertes ont eu lieu dans les deux cas. J'ai déterminé le poids des évacuations alvines et urinaires des huit individus de même espèce exposés à l'air libre de l'appartement, pendant six heures. J'en ai pris le terme moyen, qui, soustrait de la diminution de poids subie par ceux qui se trouvaient dans l'air sec et dans l'air humide pendant le même espace de temps, donne les quantités perdues de part et d'autre par la transpiration. On trouve, par cette opération, une perte de 1 gr. 04 pour ceux dans

l'air sec, cl de 0 gr. 17 pour ceux dans Pair humide. Il y a deux points de vue sous lesquels nous levons considérer ces résultats: le rapport de ces nombres et la quantité absolue exprimée par ce dernier; ce rapport est de G: 1; d'où il suit que la transpiration a été" six fois plus abondante dans l'air sec que dans l'air humide.

Quelque grande que soit cette proportion, il est manifeste que, d'à] très les conditions des expériences qui la déterminent, elle pourrait être beaucoup plus considérable encore, puisque la sécheresse de l'air était loin d'être «a t renie, et qu'un plus baul degré, en augmentant les pertes par la transpiration, aurait rendu le rapport plus grand.

Ces rapports, qui expriment l'influence relative des divers états hygrométriques de l'air, sont ce qui nous intéresse le plus, parce qu'ils sont de nature à pouvoir se reproduire chez d'autres espèces, et même fournir des résultats généraux; tandis «pie la considération des quantités absolues ne présente le plus souvent que des données individuelles.

Cependant, il ne faut pas ici les négliger entièrement. 11 n'est pas indifférent 'le faire attention ai la diminution de poids qui a lieu dans l'air à L'humidité extrême. Je me contenterai pour le moment d'observer combien peu elle était marquée. Nous avons vu que le terme moyen eu a été de 0 gr. 17; quantité si petite, m1"' 1:i transpiration semblerait eu ce cas presque réduite à rien. 11 en

a été à peu près de même des expériences analogues sur les cochons d'Inde.

Ces faits paraissent très simples; ils sont cependant très compliqués; je les développerai dans la seconde partie de cet ouvrage,

| III. — Influence du mouvement et du repos de l'air

Nous passerons maintenant à l'influence du mouvement et du repos de l'air sur la transpiration des animaux à sang chaud. Les recherches expérimentales que nous venons d'exposer sur l'action relative de l'air sec et humide sont de nature à éclairer cette nouvelle question. Les effets de l'équilibre et de l'agitation de l'air ont des rapports intimes avec les faits précédents. La vaporisation continuelle qui a lieu autour du corps des animaux, dans un air qui n'est pas saturé d'eau, leur fait une petite atmosphère particulière, plus humide que le reste de l'air. Or, les courants renouvellent les couches qui environnent immédiatement le corps, et les remplacent par un air plus sec. Il doit donc se produire ici un effet semblable à celui que nous avons constaté plus haut. La présence d'un air relativement sec augmentera la transpiration. Elle diminuera, au contraire, dans un air calme,

parce que les couche* ambiantes, en se renouvelant plus lentement, seront plus imprégnées (l'humidité.

Ces effets sur l'économie se déduisent nécessairement des résultats que nous avons obtenus des recherches expérimentales sur l'influence de l'état hygrométrique de l'air. Mais nous ne pouvons adop- 1$r ce raisonnement sans examen ultérieur. Nous devons examiner si le mouvement ou le repos de l'air n'aurait pas quelque autre influence qui pût modifier la conclusion précédente. L'agitation de l'air, dans le cas qui nous occupe, ne se borne pas à remplacer un air humide par un air plus sec, La température des animaux à. sang chaud élève celle du fluide en contact avec eux; dans les circonstances ordinaires, le mouvement de l'atmosphère substitue des couches plus froides à des couches plus chaudes, et enlève par conséquent plus de chaleur au corps qu'il n'en perdrait, toutes choses égales d'ailleurs, par un temps calme. Ce refroidissement tend à diminuer la transpiration, et il reste à savoir si cet effet du mouvement de l'air ne l'emporte pas sur l'autre.

Je laisserai de côté tous les raisonnements qui serviraient à établir de quel côté doit pencher la balance, pour fonder une opinion sur des preuves plus positives. J'ai comparé les pertes par la transpiration dans l'air le plus calme que je pouvais me procurer, et dans l'air modérément agité. Voici les circonstances dans lesquelles j'ai opéré. L'ap-

pareil que j'employais pour les expériences sur l'état hygrométrique de Pair, servait en même temps à empêcher, autant que possible, l'agitation de ce1 fluide. Supposons des animaux placés chacun dans un vase fermé, mais assez grand pour que la respiration ne soit pas gênée; il est évident qu'il sera a. l'abri des mouvements de l'air libre de l'appartement. Des animaux de même espèce, placés dans celui-ci, seront dune exposés à un air plus agité! Si toutefois les autres conditions étaient les mêmes, on aurait occasion de constater les effets comparatifs du calme et du mouvement de l'air sur la transpiration. Tl n'est pas possible de se procurer le même état hygrométrique dans les deux cas. Dans le vase, la transpiration rend l'air plus humide qu'au dehors, et cette condition su Hit pour que la transpiration soit moindre. Si l'on prend le parti de dessécher l'air, elle sera relativement plus grande. Mais nous verrons qu'en suivant ce dernier procédé, nous tirerons de cet obstacle, qui s'oppose à l'égalité des conditions, un moyen de nous assurer davantage des effets de l'air en mouvement et en repos. On a vu comment nous avons évalué les pertes par la transpiration dans l'air sec. Je lesi ai comparées avec les pertes d'animaux de même) espèce à l'air libre de L'appartement, et j'ai trouvé, non seulement sur les mammifères, mais sur les oiseaux, que les pertes étaient plus grandes dans l'air libre de l'appartement. Or, en vertu de la plus grande sécheresse de l'air dans les va-

ses, la transpiration aurait dû y être plus abondante; mais l'air y était plus calme, et la légère agitation de l'air extérieur l'a emporté sur les effets qui seraient résultés de la seule différence de l'état hygrométrique.

Si, malgré cette inégalité de condition, la balance a été en faveur des effets de l'air libre, nous levons en conclure qu'a, plus forte raison cette prédominance aurait lieu de part et d'autre s'il y avait eu même degré de sécheresse.

Nous en trouverons la confirmation dans les expériences sur le même sujet consignées dans la première partie de cet ouvrage. Nous y avons exposé les effets marqués que de légères différences lans les mouvements de l'air produisaient sur la transpiration des vertébrés à sang froid.

Arrivés à la fin de cette nouvelle série d'expo- 'iences sur la transpiration des animaux à sang ïhaud, nous jetterons un coup d'oeil en arrière, Dour comparer tous les résultats précédents avec 10s recherches correspondantes sur les vertébrés à. sang froid.

L'inspection des tableaux de la transpiration lans les différentes classes d'animaux vertébrés, îuffit pour faire voir la similitude des effets proluits par les mêmes agents physiques. Cet accord entre les résultats de part et d'autre fait qu'ils ?e prêtent un secours mutuel; et la confirmation est d'autant plus grande, que les animaux qui les fournissent présentent les plus grandes modifica-

fions de structure dans l'échelle des vertébrés. Oi ne. saurait avoir une plus forte preuve de l'énergi d'une cause dont on veut apprécier les effets, qui d'y voir indistinctement soumis des êtres qui dil fèi ent le plus par leur organisation.

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