CHAPITRE XXIX
Mécontentement de lord Wellesley. — CoATention d'El-Arish.— Bataille d*Héliopolis. — Mort de Klébor. —Justification de la loyauté anglaise» — Bonaparte enti*e à Milan. — Bataille de Marengo. — Succès de Moreau en Allemagne. — Ouvertures de lord Hinto ; négociations qni en résultent ; elles échouent. — Malte se rend aux Anglais. «^ Dissentiments dans le cabinet, — Disette de vivres. «- Mauvaise santé de Pitt. — Sa manière de voir et celle de lord Grenville sur le libre échange. — Réunion du Parlement. — Mesures prises pour combattre la disette. «- Le Vrai Breton. — Bataille de Hohenlinden. •*• Traité de Luné ville. — Alliance des puissances du nord. — Première réunion du Parlement de TEmpire. — Question catholique. — Intrigues politiques . — Projet de Pitt présenté au cabinet. — Lettre au roi.— ' Réponse du roi.— Pitt donne sa démission, -i^ Addington lui succède.
Dan$ le courant de l'été, Pitt eut la mortification (i*ap* prendre qu'en conseillant h Sa Majesté de conférer un marquisat irlandais au gouverneur général de l'Inde» il n*avait aucunement satisfait son ami; il reçut au contraire de Calcutta une lettre où débordaient ses plaintes.
LK MARQUIS WKLLESLEY A M. PITTt
« Fort William, 1800.
» "Mon cher Pitt,
» Avec tous mes meilleurs remerclments pour le
vif intérêt que mes» amis ont pris à mes succès, je ne puis vous exprimer l'angoisse que j'éprouve en me
voyantobligé, partous mes sentiments d'honneur et de devoir, à vous avouer Tamer désappointement que j'ai éprouvé en voyant comment le roi a apprécié mes services, et la marque ostensible de faveur qu'il ni'a conférée En Angleterre comme dans Tlnde, la disproportion entre le service et la récompense sera attribuée à quelque opinion particulière du roi ; on croira qu'il me tient, pour quelque incapacité personnelle, hors d'état de recevoir la récompense de ma conduite. Je vous laisse à deviner quel peut être l'effet d'une pareille impression sur Tesprit de ceux que je suis appelé à gouverner, et avec quel courage et quel espoir de succès je puis chercher maintenant à prendre, parmi nos alliés, le rang qui doit appartenir dans l'Inde au gouvernement anglais. Je vous avouerai franchement que, sentant, comme je le faisais, qu'il n'y avait dans ma conduite rien d'ir/awdai* ni de similor^ je me croyais également sûr de ne rien recevoir ^irlwnÂais ou de similor dans la
récompense Ma santé souffre naturellement de mon
abattement, et la situation mortifiante dans laquelle je suis placé me deviendra bientôt intolérable. Vous devez donc vous attendre, soit à apprendre qu'il m'est arrivé ici quelque malheur, soit à me voir en Angleterre, où j'arriverai (si ita diis visum) d'excellente humeur, parfaitement bien disposé envers tous mes amis, et absolument décidé à passer le reste de ma vie à la campagne, pour chercher à oublier ce que j'ai subi, et pour demander aux dieux « novos consules, legionesque Britannas f ita in Asia bellum gerere ut^ me consule, bella gesta sunt. »
» Toujours, mon cher Pitt, à vous de cœur,
» MORNINGTON. »
« (Je n*ai pas encore reçu ma pomme de terre à dorure superflue*.) »
Il faut ajouter que la. douleur exprimée ici par lord Weilesley n'influa jamais sur ses amitiés personnelles. Il continua toujours à écrire à M. Pitt, qu*il fût ou non au pouvoir, dans les termes de la plus grande cordialité, et même d'une véritable affection.
En Egypte, le départ du général Bonaparte avait plongé dans une sombre disposition le général Kléber et les troupes qui lui restaient. Ils n'avaient qu'un cri et qu'un désir, celui de retourner en France. D'autre part, l'armée turque, qui s'avançait sur eux, n'avait d'autre but que de faire évacuer l'Egypte. Peu importait au grand vizir à quoi les troupes françaises pourraient être employées après leur départ, et il était tout disposé à leur assurer un libre passage pour retourner en France.
Sur la c6te croisait alors un vaisseau de guerre anglais pris aux Français, le Tigre; lord Keith' l'avait détaché de son escadre, et il était sous les ordres de sir Sidney Smith. SirSidney n'avait aucune autorité quelconque pour traiter avec les Français en Egypte ; il n'en avait reçu mission ai de son officier supérieur, lord Keith, ni du ministère anglais. Cependant, il prit une part active dans les ouvertures de négociation qui eurent lieu entre le grand vizir et le général Kléber. Il permit aux agents des deux parties de se rencontrer et de tenir leurs premières conférences à bord de son vaisseau. Ces premières entrevues furent suivies de plusieurs autres dans le camp turc. Enfin, le 24 janvier, on conclut la convention d'Ël Ârish,
* Allusion ironique à ses lettres patentes de marquis en Irlande, pays des pommes de terre.
avec le plein consentement de sir Sidney Smith, qui pourtant ne signa pas la pièce. D*aprës cette convention, les Français devaient quitter le pays et retourner en France sur des vaisseaux appartenant à la Porte. Ils devaient conserver leurs armes», bagages et effets, et le traité ne contenait aucune clause qui les empêchât de servir immédiatement dans quelque autre partie du monde que ce fût. Cependant la possibilité d*une négociation de ce genre, delapartdes'Turcs, était venue à Tesprit des ministres en Angleterre. Ils ne trouvaient pas que TAngleterre pût Fadmeltre; ils pensaient qu'étant maltresse de la Méditerranée,* grâce à la victoire de Nelson , elle ne devait pas permettre à vingt-cinq mille hommes bien équipés de rentrer tranquillement chez eux pour se trouver libres de totirner leurs armes contre elle ou contre ses alliés. Les vues générales du cabinet anglais furent confirmées par le ton d'abattement d'une lettre de Kléber à Bonaparte, écrite immédiatement après le retour de Bonaparte, et qu'on avait interceptée. En conséquence, le 17 décembre, l'amirauté avait envoyé des instructions à lord Keith pour lui donner l'ordre de ne consentir à aucun traité par lequel il ne serait pas stipulé que les Français mettraient bas les armes et se rendraient prisonniers de guerre. Lord Keith, qui était alors h Port-Blahon, envoya sur-le-champ ces ordres à sir Sidney Smith; mais ils n'arrivèrent qu'après la signature de la convention d'El Arish. Lord Keith, dans une lettre adressée au Caire, annonça également les ordres qu'il avait reçus au général français. A la simple idée de se rendre, toute l'ardeur martiale de Kléber se réveilla. IL publia la lettre de lord Keith dans son ordre du jour, en y ajoutant seatement cette phrase laconique: « Soldats! nous ne pouvons ré-
pondre à ces insolents que par deg victoires ; préparezvous à vous battre 1 »
Ce n'était pas une forfanterie; le grand vizir arrivait alors dans les environs du Caire avec ses hordes turques. Près des ruines d*Héiiopolis , il fut attaqué avec une fureur irrésistible par les Français , et ses recrues inhabiles, en dépit de leur grande supériorité numérique, furent bientôt dispersées dans toutes les directions. Le grand vizir lui-même, à la tête de quelques centaines de cavaliers, prit la fuite à travers le désert, et alla se réfugier en Syrie. Mais au bout de quelques semaines, la carrière triomphante de Kléber fut arrêtée tout d'un coup. Le U juin, il tomba sous le poignard d'un assasisin, musulman fanatique, sur la terrasse de sa maison du Caire.
Dans l'intervalle, le gouvernement anglais avait su jusqu'à quel point un officier anglais se trouvait compro* mis dans la convention d'Ël Arish. En apprenant ce fait, la résolution des ministres fut complètement changée. Rien ne peut mieux expliquer toute leur politique dans cette affaire qu'un discours de Pitt, prononcé quelques mois plus tard à la chambre des communes.
M. Pitt dit :
€ Avant le départ de l'ordre auquel on a fait allusion (celui du 4 7 décembre) , personne ne supposait que sir l^id* ney fût alors en Egypte, ni qu'il pût mettre la main à un traité entre la Porte ottomane et le général français ; il n'a pas pris part à cette affaire d'une manière directe; il n'exerçait pas de pouvoir direct; l'eût*!! fait, il eût agi ' sans autorité; sa situation ne lui donnait pas ce pouvoir; il n'était pas commandant en chef Sir Sidney n'était
donc pas partie conlractanle dans le traité. Il est vrai qu'il le désirait sincèrement, que le traité a été signé à bord de son vaisseau, et qu'il a été témoin des négociations ; mais il n'a jamais prétendu agir au nom de son pays. L'ordre du 17 décembre signifiait à notre officier que nous n'admettions pas, entre les Turcs et les Français , un traité qui réagirait sur notre situation dans la Méditerranée. Quel tort peut-on trouver là? Quel droit légitime avaient la Porte ottomane et un* géjiéral français de disposer de nos intérêts dans la Méditerranée? Maintenant il y a un mot à dire au sujet du défaut de loyauté. L'ordre était de rompre tout traité auquel nous n'aurions pas pris part, en déclarant que, n'y ayant pas pris part, personne n'avait le droit de disposer de nos intérêts ; mais du moment que nous avons appris que la convention avait reçu l'assentiment d'un officier anglais, tout en désapprouvant cette politique, nous avons envoyé l'ordre de s'y conformer*. » Cependant, lorsque les nouvelles instructions des ministres anglais arrivèrent à leurs officiers dans la Méditerranée, les intentions des Français restés au Caire n'étaient plus les mêmes. Le général Menou, qui avait succédé, par droit d'ancienneté, au général Kléber dans le commandement en chef, n'avait jamais été disposé à abandonner l'Egypte sans coup férir; il l'était moins que jamais depuis là victoire d'Héliopolis. Il refusa de renouveler la convention lorsqu'on lui en fit l'oflfre. Les hostilités continuèrent donc sur les côtes, et une expédition anglaise se prépara. Je parlerai dans la suite, des résultats de cette expédition. Pour le moment, j'ose affirmer
^ Second discours de M. Pitt; 18 noyembre 1800.
WILLIAM PITT ft SON TEMPS. 233
qu'après avoir regardé de près à tous les détails, l'affaire du traité d*£l Ârish, dout on s* est souvent servi pour attaquer la bonne foi de TAngleterre, est au contraire une des meilleures preuves de cette bonne foi. Les ministres anglais avaient résolu de supporter un mal, sérieux à leur avis, plulôt que d'encourir l'ombre d'un juste reproche ; et plutôt que de désavouer un de leurs officiers, lorsqu'il avait agi sans autorité, ils avaient envoyé l'ordre de ratifier un contrat qu'ils ne pouvaient approuver.
En Europe, les espérances de M. Pitt, en tant que fondées sur la prolongation de la guerre, étaient destinées à une déception complète ; aucune armée russe n'entra en campagne pour soutenir les Autrichiens; depuis l'année précédente, la capricieuse humeur du czar avait complètement tourné; loin de faire la guerre à la France, il inclinait plutôt à s'allier avec elle , et la France, sous son nouveau gouvernement, ne semblait plus être la nation qui avait subi les nombreux échecs de 4799. L'énergie et le g^nie du premier consul triomphaient de tous les obstacles. Traversant les Alpes au moment où on s'y attendait le moins, et par un passage sans pareil depuis le temps d'Annibal, il entra triomphalement à Milan: puis, s'élançant de nouveau dans le Piémont, il livra bataille aux Autrichiens dans les plaines de Marengo. Là, il remporta, le 4 4 juin, une victoire éclatante. Le général autri< chien Mêlas, brave vétéran, accablé par l'&ge et par les infirmités, se vit obligé le surlendemain de signer une convention d'après laquelle les Français rentrèrent en possession, non-seulemènt de la forteresse de Gènes que Massèna venait de rendre quelques jours auparavant, après une résistance obstinée, non-seulement de la forteresse d'Alexandrie, qui aurait pu soutenir un siégé tout
aussi prolongé, mais encore de toutes leurs anciennes conquêtes dans le nord de Tltalie jusqu'à la rivière Oglio, Tous ces résultats obtenus, le général Bonaparte rentra à Paris le 3 juillet. '
En Allemagne, les Français eurent le môme succès sous les ordres du général Moreau. Us passèrent le Rhin et le Danube, couvrirent les plaines delà Bavière, et entrèrent dans la ville de Munich. Là, comme en Italie, on conclut une trêve pour les mois d'été, el on entama unenégociatioù.
£n face de cette situation, lord Minto, ambassadeur d'Angleterre à Vienne, ayant reçu de nouyelles instructions du cabinet, annonça le 9 août que Sa Majesté britannique était disposée à prendre part aux négociations qu'on pourrait ouvrir pour traiter de la paix générale. M. Olto, employé par le premier consul, se trou-* vait alors à Londres pour traiter de rechange des pri* sonniers. On le chargea de demander à lord Grenville quelques explications sur les ouvertures de lord Miato, et il s'ensuivit une correspondance qui dura six semai*nés, et qui fut ensuite communiquée au Parlement.
Les négociateurs français déclarèrent que rarmistice avec l'Autriche allait expirer, et qu'ils étaient décidés à ne le point renouveler, à moins qu'il n'y eût également armistice avec l'Angleterre. Ils proposèrent une trêve générale, avec pleine liberté de communication par terre et par mer, dans l'intention évidente d'envoyer, en dépit de la flotte anglaise, des secours à l'armée d'Egypte et b la garnison de Malte. Hais le bat était trop évident, et la proposition fut refusée. Lord Grenville présenta alors un contre-projet proposant ce qui suit : « Malte et les villes maritimes de l'Egypte seront mises sur le même pied que les places qui sont occupées par les troupes autrichiennes.
bien que comprises dans la ligne de Tarmée française en Allemagne. En conséquence, on ne pourra rien j apporter par mer pour augmenter les moyens de défense, et on ne pourra y faire entrer, à chaque convoi, une quan* tité de provisions dépassant la consommation de quinEO jours, d'après des calculs approximatifs sur les besoins de la place. »
Dans une lettre particulière écrite par H.,Pitt à cette époque , nous apprenons qu*ii était très-favorable à ce contre*projct, comparé à un refus absolu des prétentions françaises qu'aurait préféré le roi. 11 écrivit au chancelier, à Weymouth :
« Downing-street, 5 septembre 1800.
» Mon cher Lord,
» .... La question est assurément délicate, comme tout armistice naval doit Tétre dans le moment, puisque tous les avantages qu'il peut avoir sont pour la France ; mais le refus absolu d'une semblable mesure amènerait immédiatement, ce me semble, la reprise (les hostilités entre la France et l'Autriche, et jetterait probablement cette dernière puissance, après quelque nouveau désastre ou par crainte de subir un nouvel échec, dans une paix particulière à de déplorables conditions. Nous perdrions nonseulement les avantages d'une négociation commune, à laquelle nous tendons depuis si longtemps; mais nous renoncerions également à l'occasion <iui se présente de négocier pour notre propre compte, d*une manière plus lionorable et plus satisfaisante que ne le seraient les ouvertures directes et particulières que nous pourrions faire par la suite... D'ailleurs, la saison actuelle, indépendamment des articles de la convention que nous pro«
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posons et du droit de visile que nous conservons, leur rendra absolument impossible de se procurer dés approvisionnements un peu considérables, en fait de matériel maritime, avant la fin de Tannée, en sorte qu'ils ne pourront pas profiter de Tavantage que nous aurions le plus à craindre. A tout prendre, je suis convaincu que les inconvénients de l'armistice ainsi modifié sont beaucoup moindres que ceux qu'il y aurait à voir l'Autriche poussée tout d'un coup soit k une paix particulière, soit au renouvellement des hostilités. Si nos modifications sont rejelées par la France, nous aurons au moins prouvé que nous faisons tout ce qui est équitablement possible pour la paix générale; nous serons parfaitement justifiés envers l'Autriche,- et nous aurons avec nous l'opinion et l!esprit de notre pays, quelles que soient les mesures que pourraexiger la guerre continuée sur ce terrain (si tel devait être le résultat de nos propositions). J'aurais voulu que Wi pût avoir le temps de vous prévenir ainsi que ceux de nos collègues qui «sont absents; mais l'affaire était si urgente, à un jour près, que cela n'a pas été possible. » Toujours, mon cher lord, W. Put. »
A celte époque, lord Grenville et M. Pitt se flattaient l'un et l'autre de l'espoir de commencer bientôt une négociation commune pour la paix. Ils avaient déjà choisi leur négociateur pour le congrès projeté à Lunéville. Le ministre des affaires étrangères avait proposé son frère, M. Thomas Grenville, et le premier ministre avait volontiers consenti au choix d'un homme si capable. Mais la réponse de Paris ay contre-projet anglais vint renverser toutes ces espérances. Les Français ne pouvaient nier l'analogie que la note de lord Grenville éta-
blissait entre les garnisons autrichiennes en Allemagne et les stations françaises dans la Méditerranée; mais ils soutenaient que la trêve maritime devait offrir à la République française des avaqlages équivalents à ceux que la trêve continentale assurait à la maison d'Autriche. En définitive, a^rës bien des efforts des deux parts pour arriver à s*entendre, la négociation tomba dans Teau. Avant d*en venir là cependant, un des points en litige se trouva décidé. La garnison de Malte, réduite aux dernières extrémités, se rendit à l'escadre anglaise, au commencement de septembre, après avoir subi un blocus de deux ans.
Il était impossible que cette négociation eût lieu à Londres sans mettre au jour les tendances personnelles de chaque ministre. Aussi la dissidence commença à se faire sentir dans toute son étendue. M. Dundas, avec le bon sens pratique qui lui était propre, rédigea un aperçu de ces opinions diverses dans le sein du cabinet, qu'il communiqua à M. Pitt. Cette pièce, qui se trouve encore à Melville-Castle , porte la date du S12 septembre 1800.
« Quelquies-uns d'entre nous, » dit M. Dundas, « pensent que la seule espérance d'une paix solide repose sur la restauration des Bourbons ;
» D'autres, sans aller aussi loin, pensent qu'on ne doit pas faire la paix avec un gouvernement révolutionnaire, et que tel est le caractère du gouvernement actuel en France ;
> D'autres désirent qu'on négocie avec le gouvernement actuel de la France, mais seulement de concert avec l'empereur d'AJlemagne ;
» D'autres (il est évident que M. Dundas était du nombre) désirent que nous puissions négocier pour notre pro-
pre compte, sans perdre de vAe notre dignité, notre hoiH neur, et les conquêtes que nous avons faites hors d' Europe . »
M. Dundas fait remarquer que ces divergences ne sont point théoriques, mais bien pratiijues, et qu*elles se représentent dans toutes les discussions, soit au sujet de la continuation de la guerre, soit à propos des perspectives de paix.
La pièce se termine ainsi :
« Il est fort à espérer que M. Pitt prendra toutes ces observations en sérieuse considération avant qu'il soit trop tard. »
D'après cet aperçu , on comprend sans peine que M. Pitt pouvait se trouver obligé de faire quelques modifications dans son cabinet avant de pouvoir espérer de reprendre utilement les négociations.
Dundas avait^ à cette époque, une raison personnelle, en dehors des raisons publiques, pour désirer qu'on en vînt à conclure la paix. Je trouve dans les papiers de M. Pitt une lettre confidentielle de M, Dundas, en date du U avril 1800. Dans cette lettre, il raconte une conversatipn qu'il avait eue avec l'un des membres de sa faiuille qui, dans un affectueux intérêt, lui avait.fâit remarquer certains indices de Taffaiblissement de sa santé, « surtout que j'avais perdu le talent de bien dormir , que mon «ommeil était presque toujours agité, et dépendait plus ou moins des affaires de la journée. » En conclusion, M. Dundas disait à son ami : ^ En dépit de la promesse que je vous ai faite, et que je tiendrai bien certainement, de rester au ministère de la guerre, si cela est nécessaire, tant que la guerre durera , si vous voyez auparavant une possibilité, pour moi, de me retirer avec votre pleine approbation» je vous prie -de ne pas la laisser échapper. »
WILLIAM PITT Ëî SON TEMPS. 3)39
Cette division dans le cabinet sur la question de la paix et de la guerre était assurément très-pénible à M. Pitt. La prolongation de la disette et Teffet qu*elle produisait lui étaient encore bien plus pénibles. Sur certains points du pays, il y avait de Tagitation» partout régnait la détresse. Au commencement de la moisson, la pluie tomba par torrents ; on craignit que toute la récolte ne fût perdue, et le blé arriva au prix de famine,- ISO fr. le boisseau S A ces raisons d'inquiétude pour le premier ministre vint se joindre le délabrement de sa santé, qui exigeait les visites fréquentes de son médecin et ami sir Walter Farquhar. Nous le voyons écrire, sous le poids de ces diverses préoccupations, à son ami Torateur :