M. PITT A M. ADDINGTON
« 8 octobre 1800.
* .... Après tout, la question de la paix et de la guerre n'est pas moitié aussi redoutable que celle de la disette, à laquelle elle se lie naturellement, et pour les maux et les dangers croissants de laquelle je ne vois point de remèdes sufiSsants. Ces réflexions sont pénibles, et je ne me trouve pas mieux de les avoir retournées à mon aise dans ma solitude et mon malaise de ces dernières semaines. Sir Walter Farquhar commence môme à me me* nacer de la nécessité d'une visite à Cbeltenham ou à Bath, si je veux être tant soit peu en état de supporter la session. On ne me dit pas encore bien combien de temps on pourra la reculer.
» Toujours à vous de cœur»
Il écrit le lendemain :
V* Downing-street, octobre 1800.
» Depuis que je vous ai écrit hier, i*ai beaucoup réfléchi à une idée qui m*a été suggérée par diverses circonstances survenues ces jours-ci, et dont la convenance me parait évidente. J^e ne vois rien d*aussi propre à arrêter le progrés du mécontentement et du danger intérieur que le remède que nous avons tant de fois trouvé efficace, et sur lequel nous ne pouvons trop habituer le public à compter, la prompte réunion du Parlement. Quand môme le Parlement ne prendrait aucune mesure législative importante, les enquêtes et la discussion feraient plus que tout le reste pour calmer les esprits et pour détruire des idées fausses; tandis' que, si les pétitions pour réclamer le Parlement venaient à se propager généralement, comme cela me parait peu douteux, et qu*elles né fussent pas écoutées, nous donnerions par là prétexte aux clameurs, et les mécontents pourraient aisément en profiter dan& les plus mauvais desseins.
» Je crois d'ailleurs, en fait, qu'il y a certaines mesures à prendre sans retard, d'un avantage réel et pratique, aussi bien qu'utiles pour l'impression morale ; par exemple et tout particulièrement le renouvellement de la mesure qui garantissait un prix certain pour tout le blé et le riz importé l'année prochaine ; ce qui est spécialement destiné à l'importation du riz venant de l'Inde, pour laquelle nous avons déjà fait donner des ordres par la compagnie, comptant sur le Parlement pour assurer la prime. Il pourrait également être utile de renouveler la défense de faire de l'amidon et d'arrêter les distilleries, bien que ce soit moins important. On pourrait peut-être imaginer aussi
des procédés plus lents, mais d'une utilité plus durable, pour encourager davantage la culture du blé, et je ne désespère pas de voir une discussion modérée apaiser peu à peu les clameurs irréfléchies contre le genre de commerce le plus indispensable ; peut-être persuadera* t-on au public de borner les rigueurs de la loi aux machinations qui sont toujours illégales» ou tout au moins aux spéculations qui auraient pour but bien avéré le désir de faire monter le prix du grain artificiellement et avec excès. Il me semble qu'il y aurait là matière à des mesures sérieuses et qui ne seraient pas indignes du Parlement.
» Quant à la question de la paix et de la guerre, il me semble qu'il y aurait avantage plutdt qu'inconvénient à la discuter sur le terrain où nous place notre dernière correspondance. Faites-moi savoir, je vous prie, ce que vous pensez de ces idées. Nous déciderons probablement demain la question en conseil.
» Toujours à vous de cœur,
Ces lettres furent bientôt suivies d'une visite de Pitt à son ami, à Woodley. Le 19 octobre, M. Addingfon écrit à son frère Hiley : « Pitt est ici pour le moment ; il va certainement mieux, mais je suis loin d'avoir l'esprit en repos sur son compte. Sir Walter Farquhar viendra ici mardi, et il décidera si Pitt doit y rester ou se rendre à Bath ou à Cheltenham. Il a besoin de repos et de consolation, et j'espère qu'il les trouvera ici. »
Le 26, Addington écrivait de nouveau à Hiley : « Grâce à Dieu, Pitt est infiniment mieux que je ne l'osais espérer, et sir Walter Farquhar encore moins ; il lui conseille fort
de rester où il est....* Il a l'air parfaitement heureux, et je dois dire que Woodley ne m'a jamais été plus
agréable. »
Le 5 novembre enfin , M. Addington dit : « PiU mni de nous quitter. Il avait al longtemps fait partie de la famille que la séparation a été très-pénible pour tout le monde*. » Au même moment M. Pitt donna une preuve pratique de son attachement pour son ami de Woodley en nommant son frère, M. Hiley Addington, lord de la
trésorerie»
Durant tout son séjour à Woodley, Pitt surveilla atten^ tivement le prix du blé. Il écrivait à M. Rose le 25 octobre : « Le marché de Reading, tout prêt d'ici, a été bien approvisionné aujourd'hui samedi ; le blé a baissé de 7 soh. par quarter, ce qui, j'espère, est de bon augure pour le marché de Londres lundi. »
Il faut observer que, sur les questions relatives au prix du blé, les opinions de Pitt et de Grenville n'étaient point les mêmes. Pitt était convaincu qu'en ce qui regardait le premier élément de l'alimentation du pays, il pouvait être justifiable et sage de s'écarter quelque peu des principes rigoureux d'Adam Smith. Il soutenait qu'il fallait avoir quelque égard à la situation particulière du pays, et à l'opinion répandue, à cette époque, chez ceux que concernait la mesure. Il soutenait que, pour encourager rimportation immédiate du blé, ou pour développer chez nous la production de manière à suffire à la consommation, il pouvait être bon de faire intervenir l'action de la législature. Pitt penchait donc pour le principe des lois sur les céréales, comme on les a appelées depuis.
i vu de lord Sidmouth^ par le doyen PeUew, vol. h
WILLIAM t'tTT ET SON TEMPS. 243
Gi'eDVille, fiiu contraire, maidtônait le libre échange sous sa forme la plus absolue et dafis le langage le plus pêremptoire. Il était obligé de céder au conseil» mais il n*en était que plus ardent à exprimer 'son opinion quand il écrivait au premier ministre. Je joins ici sa principale lettre de cette époque :