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LE ROI A M. ADDINGTON

« Dimanche soir, 15 mars 1801.

» Sa Majesté a reçu la boîte contenant les nouvelles nO'minations de directeur des postes et de payeur général» Le roi ne peut trouver de termes assez expressifs pour indiquer la cordiale approbation de Sa Majesté au sujet de tous les arrangements que son chancelier de rÉchiquier à lui a si sagement et si convenablement recom-* mandés. Sa Majesté tient à le dire formellement.

» George R« »

Quelques semaines plus tard, Sa Majesté témoigna de nouveau sa complète satisfaction en accordant, comme son ministre le demandait, une grande promotion dans la pairie. Cinq barons, les lords Craven, Onslow, Romney, Pelham et Grey de Wilton furent faits comtes, trois d'entre eux sous le même titre ; Pelham fut fait comte de Chîchester, et Grey comte de Wilton.

Mais pendant que le roi témoignait ainsi toute son ap* probation à son nouveau premier ministre, il savait combien il avait besoin de ^assistance du ministre sortant. On raconte qu'à l'un de ses levers ce printemps-là, Sa Majesté attira M. PittetM. Addington dans l'embrasure d*une fenêtre en disant : « SI nous nous tenons seulement bien ensemble, à nous trois, tout ira bien *• »

Le cabinet, tel que M. Addington le forma, se composait de neuf personnes. Il y avait cinq pairs, lord Ëldon,

* Vie de lord Sidmouth^ par le doyen Pellew, vol. I.

lord ChathamJordWestmoreland, le duc de Portland, et lord Saint-Vincent, comme premier iord de l'amirauté. Il y avait quatre membres de la chambre des communes, tous fils aînés da comtes, Addington excepté; c'étaient lord Hobart, lord Lewisham, et lord Hawkesbury, qui était secrétaire d'État aux affaires étrangères. Lord Hardwiçke fut nommé lord lieutenant d'Irlande, avec M. Charles Abbot pour secrétaire.

Dans les carrières judiciaires, sinon dans la politique, Addington obtint une brillante accession k son ministère. Sir Richard Pepper Arden, sous le titre de lord Alvanley , avait été nommé grand juge des communs plaids à la place de lord Eldon. La charge de maître des rôles se trouvant ainsi vacante, sir William Grant y fut nommé. Deux hommes plus jeunes, mais de grande espérance» M. Law et l'honorable Spencer Percival devinrent avocat et procureur général.

Quelque temps après, un petit changement s'opéra dans quelques-uns de ces arrangenients : lord Corn wallis ayant donné sa démission comme grand maître de rartillerie, cette charge fut conférée à lord Chatham, et le duc de Portland passa à la présidence du conseil» Il se trouva ainsi une place pour Thomas Pelham, devenu lord Pelham, qui fut nommé secrétaire d'État de l'intérieur.

Je dois faire remarquer que les membres de la nouvelle administration, en dehors du cabinet au moins, n'é-* taient pas tous hostiles aux réclamations des catholiques. Tel était, par exemple, le nouveau lord lieutenant d'ïrlande. Nous apprenonsf par son secrétaire que lord Hardwicke consentit à accepter la charge aux conditions politiques qu'on lui demandait. « c'est à-dire en déclarant qu'il était opposé à ce qu'on agitât pour le moment

la question, mais en se réservant sur le principe pour d*aulres temps et d'autres circonstances *. » C'était précisément le terrain qu'eût pris M. Pitt après la maladie du roi.

On peut remarquer que le nom de iofd Loughborough ne se trouve pas sur la liste du nouveau cabinet. Comme nous l'avons vu, Addington désirait lui conûer la présidence du conseil, mais, par quelque raison qui reste inexpliquée, la nomination n'eut pas lieu. L'omission de son nom doit très-probablement être attribuée à la connaissance approfondie que Sa Majesté avait récemment acquise de son caractère. Lord Loughborough fut dans un profond chagrin. Une ou deux fois, il se rendit sans invitation aux séances du nouveau conseil, et il fallut une lettre très-catégorique* de M. Addington pour le décider à rendre la clef du cabinet. Une promotion dans la pairie, le titre de comte de Rosolyn, transmissible à son neveu, ne consola guère sa seigneurie. Il se retira dans une villa près de Windsor, et, ne sachant pas les sentiments du roi à son égard, il s'appliqua à cultiver la faveur royale çd fréquentant assidûment la cour.

A peine le nouveau gouvernement s'était-il constitué que le champ de bataille s'ouvrit devant lui dans les deux chambres. La forme fut la même dans les deux assemblées : on demanda que la chambre se formât en comité pour délibérer sur l'état de la nation. Le 20 mars, le comte de Darniey fit cette proposition à la chambre des pairs. Lord Gren ville, entre autres, défendit les ministres anciens et lord Westmoreland les nouveaux; mais tous deux s'ac-

< Journal de M, Abbot^ 20 février 1801.

s La lettre de M. Addington, en date du 25 avril 1801, a été publiée par lord Campbell, Vies des chanceliers, vol. YL

cordèrent à repousser la motion. D*autre part, lord Carnarvon soutint que « la conduite de la guerre tout entière donnait nécessairement matière à une enquête minutieuse. Plus de trois cents millions sterling ont été dépensés dans une guerre qui n'a duré que neuf ans. » De même lord Lansdowne attaqua le but et la direction de la guerre dans toutes ses parties, peut-être avec quelques-unes de ces subtilités ingénieuses et de ces distinctions superflues qui furent si heureusement définies naguère dans la parodie des discours de sa seigneurie, « les Eglogues politiques : » Un noble duc afSrme que j'approuve son projet. Je ne Tai jamais dit, mylords, je ne le puis pas. En parlant clairement, grâce au ciel, on se fait toujours comprendre. J'ai dit que je pourrais approuver, non quQ^j'approuvais. » Il y eut plusieurs autres discours sur la proposition de lord Darnley avant d'en venir au vote qui donna, y compris les procurations, 28 voix pour la motion et 415 contre. De tous les discours prononcés ce soir-là, celui de lord Auckland attira surtout l'attention. Il commença par faire quelques compliments fleuris à M. Pitt, et fit allusion à la longue amitié qui les unissait. Puis il en vint aux récentes démissions : « Ici, mylords, > dit-il, « je me trouve dans l'embarras. D'une part, je ne puis trouver aucune cause suffisante aux malheureuses démissions qui sont venues tomber sur nous dans un moment de difficultés croissantes. D'autre part, il est impossible que des hommes de grand courage et d'une ambition si légitime et si bien fondée aient pu se laisser atteindre un moment par le désir d'échapper à la fatigue et à la responsabilité. Il n'est ni dans la nature humaine ni dans l'histoire que les généraux habitués aux grandes batailles, et nés pour les gagner, puissent monter dans leur chaise de poste et

3<8 WILIUM PITT 8T SON TBMPS.

abandonner leur armée, au moment de Taotion, sans des raisons péremptoires. Je suU donc obligé de recourir à Texpression d'un noble comte (Car)islej, et dédire qu'il y a dans celte affaire un mystère et quelque chose de di|&cile à g'expli()uer réciproquement. 11 y ar là un voile que le regard ne peut pénétrer. Le temps et les circonstances feront peut-être disparaître ce voile; le comité que la prégente motion voudrait établir n*y réussira pas. »

Il eût été désirable que lord Grenville, comme chef de la chambre des pair» di^ns le dernier ministère, se fût levé pour répondre « à ce cher et intime ami. » Mais il avait déjà parlé deux fois et fut obligé de garder le silence. A sa placç lord Spencer répondit à lord Auckland, en repoussant son accusation par quelques mots vifs mais trop polis, à Tavis de quelques-uns des assistants.

Cette accusation causa cependant un ressentiment et une surprise extrêmes parmi les amis de Pitt ; « Lord Aucklandi » écrit lord Malmesbury, « a r^çu de M. Pitt des services qu'aucun ministre n'aurait pu rendre sans le pouvoir de Pitt, et que personne ne demanderait, h rnoim d*étre aussi avide de places que tord Auckland, Cependant, à peine a-t^il quitta le pouvoir que lord Auckland insinue qu*U Ta fuit par quelques motifs secrets et que le motif ostensible n'est pas véritable I »

M. Rose ne fut pas moins indigné, comme le prouve une lettre écrite le jour suivant :

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