‹ William Pitt et son tempsChapitre 21 sur 29 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Ouverture du Parlement. — Débats au sujet de la paix. — Âbbot nommé orateur. — Orey refuse une place dans le cabinet. — Duvertures d*£rskine. — Froideur momentanée entre Addington et Pitt. — Négociations d'Amiens. — Conclusion du traité. -^ Budget. — Vote de remercîments en l'honneur de Pitt. — Dîner pour célébrer son anniversaire. — « Le Pilote qui a soutenu la tempête. «—Dissolution du Parlement. — Élections générales. — Popularité de la paix. -^ Lord Gastlereagh président du bureau du contrôle. — Mort de Barré. — Fox et Erskine à Paris. — Pitt à Walmer. — Sa maladie. — Visite de Gannlng et de Grenville.

Peu après la signature des préliminaires, H. Pitt partit pour Walmer-Castle, mais il revint en ville deux ou trois jours avant la réunion du Parlement, qui était fixée pour le â9 octobre. Il était alors préoccupé des projets financiers que devait amener la conclusion de la paix, comme le prouve ce billet :

fil. PITT A M. ROSE.

» Park Place ,20 octobre 1801.

» Cher Rose,

» J*ai reçu votre lettre hier matin, au moment où je partais de Walmer. Tous les sentiments qu'elle exprime

sont précisément ce que j*éprouve et ce que tous les hommes modérés et impartiaux s'accorderont, je crois, à penser; maisfai peur que quelques-uns de nos amis ne soient pas du nombre. Je suis bien aise que vous tous soyez décidé à venir, et si cela ne vous gêne véritablement pas d*étre ici mercredi, je vous en serai fort obligé; il y a plusieurs questions de finances dont je voudrais causer avec vous et au sujet desquelles je roule de grands projets dans mon esprit.

» Toujours sincèrement à vous,

» W. PiTT. »

Le Parlement fut ouvert par le roi Qn personne. Sa Majesté annonça la pacification avec les puissances du Nord et les préliminaires d'un traité avec la Franc^e. Ces dernières négociations, dit-il, prouveraient la justice et la modération de ses vues, et se trouveraient également favorables, espérait-il, aux intérêts de ses sujets. La discussion fut insignifiante ce soir-là. A la cbambre des lords, le duc de Bedford fut le seul orateur, outre celui qui proposait et celui qui appuyait Tadresse. A la chambre des communes, plusieurs personnes prirent la parole, mais toutes brièvement; chacun se réservait pour une discussion plus approfondie, dans une autre occasion. M. Fox ditque, quelles que pussent être les différentes manières de voir sur les conditions de la paix ou sur la manière dont elle avait été conclue, il s'unissait cordialement à iajoie générale et à la satisfaction qu'eue faisait naître. M. Pilt, qui se leva ensuite, dit à peu près la même chose : « Je vois ces deux traités, dans l'ensemble, avec beaucoup de plaisir,»dit-il ; < quelle que soit la critique qu'on puisse faire des articles secondaires dans ces grandes transactions, elles sont, à

tout prendre, de nature à causer une grande joie dans le pays, et donnent au gouvernement qui les a conclues des drbits à notre estime et à nos remercîments. »

M. Windham, qui le suivit, ne put s'empêcher d'exprimer, dans une certaine m^ure, ses opinions excessives, ne pourrait-on pas dire extravagantes T < Monsieur, je parle du fond de mon cœur, aussi solennellement que si je me trouvais sur mon lit de mort (situation qui ressemble beaucoup à celle où nous sommes tous en ce moment), lorsque je déclare que mes honorables amis, en signant fatalement ce traité dans un moment de témérité et deiaiblesse, ont signé Tarrét de mort de leur pays. Ils lui ont donné un coup à la suite duquel il peut languir encore quelques années, mais dont je ne crois pas possible qu'il se relevé. »

Le 3 novembre, on proposa dans les deux chambres une adresse au roi pour approuver la paix. Chez les pairs, lord Grenville exposa ses objections nettement et avec force; lord Spencer et lord Fitz William en firent autant en quelques mots. Mais, lorsqu'on en vint au vote, leur avis ne fut partagé' que par 10 voix contre 414. Â la chambre des communes, M. Windham ne put parler par suite d'une indisposition ; le lendemain , à propos du compterendu, il prononça un discours extrêmement éloquent et ingénieux ; mais le sentiment de la chambre lui était si contraire que la hardiesse de Windham n'alla pas jusqu'à demander le vote.

Lors du débat du 3 novembre, Pitt et Fox parlèrent longuement, exprimant, chacun par des raisons différentes, Tapprobation qu'ils donnaient à la paix : < Pour ma part , » dit Pitt, « je n'ai pas d'hésitation à déclarer que j'accepterais des conditions inférieures aux justes prétentions du pays , pourvu qu'elles ne fussent pas in-

compatibles avec Thonneur et la sécurité, plutôt que de continuer la lutte pour quelques possessions particulières. Quant à Tile de Minorque, je suis parfaitement de Tans de mon noble ami (lord Hawkesbury] ; elle appartiendra toujours à celle des puissances qui possédera les plus grandes forces maritimes. L'expérience des quatre der^ niéres guerres démontre la vérité de cette assertion. Je ne puis m*empécher d'exprimer mes regrets que les circonstances n'aient pas été de nature à nous permettre de conserver un point aussi important, sous bien des rapports, que rtle de Malte... Mais la possession de ces lies nous eût-elle permis de contrebalancer la puissance que la France a acquise sur le "bontinent? Elles nous vaudraient un peu plus de richesse; mais un peu plus de richesse serait chèrement acheté au prix d'un peu plus de guerre. »

« Nous avons au moins la satisfaction, » dit M. Pitt dans une autre partie de son discours, « de savoir que nous avons survécu à la violence de la crise révolutionnaire, et que nous voyons déjà diminuer la portée de ses principes. Nous avons vu le jacobinisme dépouillé de ses séductions, nous l'avons vu privé du nom et de rappa<* rence de la liberté. Il s'est montré capable de détruire, et non d'édifier; 11 a prouvé que le despotisme militaire est sa conséquence naturelle. J'espère que cette importante leçon ne sera pas perdue pour le monde. »

Les deux chambres continuèrent à siéger jusqu'au 15 décembre. Elles n'avaient cependant pas fort à faire depuis qu'elles avaient donné leur assentiment à la paix, et cette paix était si populaire que le nouveau ministère ; puisait chaque jour des forces. Voici comment Wilberforce décrit la situation, le 1*' décembre : « L'opposition se fond à vue d'œil ; Grey est parti ; Tierney déclare qu'il est

WILIIÀM PITT ST SON TBMPS. 866

favorable ; Erikine et lord Moira de môme. Fot et Shern dan seuls en sont toujours au même point. Pitt soutiettt magnanimemeot le ministère et Faide de toutes les façons* Addington va bien ; il est honnête et respectable, et il fait des progrès dans la parole. Il n'y a presque rien k faire à la chambre. »

A cette époque, cependanti Wilberforce chercha à re* prendre Tattaque contre la traite des nègres, et la chanoe était meilleure depuis la pacification. Nous apprenons dans ses lettres un fait remarquable : c'est que PiU ayait eu le premier Tidée du projet de traité sur la traite des nègres, que ses successeurs adoptèrent ensuite. Wilberforce écrit à Addington : t Si nous abolissons pour nous et nous seuls» nous laissons notre part de la traite aux mains des autres pays, et^ tout en accomplissant notre devoir, quelque tardivement que ce soit, les bienfaits pcfur l'Afrique seront infiniment moins grands que si toutes les puissances eu«* ropéennes rabolissaient d'un commun accord et s'entendaient, ce qui est, je crois, l'idée de Pitt, pour étabhrun système judicieux, destiné à venger les injures et à développer la civilisation de ce malheureux continent S »

Je joins ici deux autres lettres de la même époque, qui s'expliqueront d'elles-mêmes.

L'ivftQUB OB UNGOLN A M.' ROBB.

tt Doyenné de Sftînt-Paal, 39 décembre ISOl,

» Mon cher monsieur,

» Je suis resté en ville jusqu'au i 4, et de là j'ai été avec M. Pitt à Cambridge. Le 16, après avoir assisté à un grand

* Fié é$ wilbirfmi, v«l. III.

festin à Trinity-CoUege, nous nous sommes rendus à Buckden,et il nous^ quiltés le 49. Je n*ai reçu votre intéressante lettre qu'après mon arrivée à Buckden, et, pendant les quelques jours que j*y ai passés, j'ai été si occupé entre la compagnie et les affaires (ayant une consécration le SO) que je n'ai vraiment pas eu le temps de vous écrire. Je suis parti hier de Buckden et je suis arrivé ici ce matin. J'ai très-peu vu M. Pitt pendant que j'ai été en ville. Il est allé passer un jour ou deux chez lord Havtrkesbury; puis il est allé à Bolwood. Pendant qu'il était à Londres, il dînait tous les jours en ville. Je ne sais pourquoi , mais je n'ai jamais pu prendre mon parti d'entamer l'un de ces importants sujetiâ pendant que nous étions en voiture, sachant que je ne serais pas d'accord avec lui, et ma répugnance a été à peu'Jprès la même pendant son séjour h Buckden. Cependant, vendredi, lors de notre dernière promenade, nous en sommes insensiblement venus à parler politique ; il causait avec s'a franchise et sa bonne humeur accoutumées. J'ai exprimé très-décidément mon avis sur l'insufSsance de Tadministration actuelle, spécialement sur les questions de finances, et j'ai blâmé les fâcheuses conséquences de l'esprit de bienveillance et de conciliation qui a jusqu'ici distingué sa conduite envers M. A. J'ai essayé de lui prouver qu'il ferait un tort sérieux h sa propre réputation s'il continuait à être aussi intime avec M. A. et s'il se dispensait de dire son avis sur les mesures qu'il désapprouvait positivement. Je lui ai dit qu'une pareille ligne de conduite me faisait l'effet d'une trahison envers les intérêts de son pays. Je lui ai parlé des soins qu'on avait pris et qu'on prenait encore pour l'amoindrir dans l'estime publique, et je me suis aventuré à dire que sa conduite actuelle était tout ce que pouvaient

désirer ses ennemis et ce que ses amis ne pouvaient approuver.

- » J'aime à croire que je lui ai fait quelque impression. Il a avoué que Touverture des distilleries était € tout simplement absurde ; » il m*a dit que si rétablissement de paix n'était pas réglé comme il le désirait^ si une ou deux mesures particulières pour les finances n'éiaient pas adoptées, il en dirait certainement son avis au Parlement. Il avait l'air de ne pas croire impossible qu'on lui en fournit l'occasion.

» Sur la question catholique, notre conversation a été moins satisfaisante. Il espère certainement toujours arriver à la faire réussir, et j'ai peur qu'il n'ait pas envie de reprendre le pouvoir, à moins qu'on ne lui^ permette de remettre cette affaire en avant, avec l'appui nécessaire. J'ai cherché à le convaincre qu'il avait été trompé par ceux sur lesquels il comptait dans cette question, au moins au sujet de l'Irlande, et que la mesure serait trèsimpopulaire en Angleterre. Il ne in'a pas paru ' que je fisse beaucoup d'impression sur ce point, et je n'ai pas eu le temps de dire ce que j'aurais pu et voulu dire. J'ai cru qu'il valait mieux ne pas toucher aux perfidies du caractère et de la conduite d'une certaine personne ; vous avez traité ce point à fond, et je n'avais rien de nouveau à dire. Il m'a semblé plus prudent ie placer la discussion sur le terrain du bien public, et de tout rejeter sur ma préoccupation et mon intérêt pour sa réputation personnelle.

» Il n'était certainement pas aussi en train après notre conversation, et il est resté immédiatement quelque temps dans sa chambre sans rien faire, bien qu'il sût qu'une quantité de personnes venues de Cambridge l'attendaient

dans le salon. Je suis convaincu qu'il n'a pas Tesprit par* faitement en repos au sujet des affaires publiques, et que

cette inquiétude augmentera

» Toujours h vous cordialement . .

» 6. Lincoln.»

m« pitt a lady chatham.

« Park-Plâce, 5 Janvier 1S02.

» Ma chère mère,

» J'avais fait le projet de partir pour Burton ce matin, et Je me flattais enfin d'avoir en perspective le bonheur de vous voir immédiatement; mais le temps si froid et la difiSculté Hes routes résultant des ' gelées et des dégels, joints à un rhume que j'ai depuis quelques jours, m'ont contraint de nouveau à retarder mon voyage. J)*aprës la mauvaise apparence du ciel aujourd'hui, je commence à craindre qu'il n'y ait guère de chance que le temps s'améliore sufSsamment et assez tôt dans la semaine pour me laisser le loisir d'exécuter mon projet et de revenir à temps pour lejour de naissance du roi, quejene puis convenablement éviter. Même dans ce cas, je me flatte que le retard ne sera pas long avant que je puisse reprendre mon projet; j'espère beaucoup qu'après les premières semaines de la session, il y aura trop peu d'affaires d'aucun genre pour que ma présence soit nécessaire ; auquel cas je pourrais accomplir mon voyage avec moins de chances d'interruption, et j'espère, avec un peu plu» de temps devant moi que pour le présent. La gelée ne s'est pas, ]*espère, fait sentir vers l'ouest autant qu'ici ; du moins je compte que vous n'en avez pas senti l'effet. Ayez la bontft de faire mes amitiés fa ma nièce, et de me rappeler

affectueusement au souvenir de mistriss Stapleton. Si je ne puis pas partir, je vous écrirai dans un jour ou deux. » Toujours, ma chère mère, etc. ,

» W. PiTT. »

Dans le courant de janvier, le premier ministre se trouva en mesure de prouver la cordialité de ses sentiments envers son prédécesseur, en appelant deux des amis les plus intimes de M. Pitt, M. Rose et H. Long, à siéger dans le conseil privé. A la même époque, M. Wickham, étroitement lié avec lord Grenville, fut admis au môme honneur, et peu de temps après il fut nommé au poste plus avantageux de secrétaire dlrlande.

A partir du 1 5 décembre, le Parlement avait été successivement prorogé jusqu'au 2 février. On reprit ce jour-là les affaires. La première fut le choix d'un orateur. Le comte de Clare était mort, et sir John Mitford avait été nommé chancelier d'Irlande avec la pairie, sous le titre de lord Redesdale. Addington recommanda son ami Charles Abbot pour le fauteuil vacant, et li}. Abbot fut élu en conséquence.

On passa ensuite à d'autres affaires. Il y avait un message <lu roi annonçant une nouvelle dette de la liste ci-^ vile qui ne s'élevait guère à moins d'un million sterling, comme on s'en assura par la suite. Il y avait également des dépenses extraordinaires à défrayer, contractées pour la conclusion de la guerre en Egypte et aux Indes occidentales, et ces frais s'élevaient à deux millions sterling. On demandait également un subside de la même importance pour réduire la dette navale. Le gouvernement l'emporta sans aucune difBcuUé dans toutes ces mesures et d'autres semblables pendant le reste de la session. Comme mes

lecteurs Tont déjà vu d*après un passage du journal de Wiiberforce, Tancienne opposition avait cessé d'être compacte. Quelques-uns commençaient à se rallier» et Âddington en espérait d'autres.

' Dès Tété , Addington avait conféré une pairie anglaise au général sir Charles Grey*. Sans doute son principal but avait été de récompenser un brave vétéran, mais il pouvait avoir aussi Fespoir de se concilier un orateur qui grandissait. H. Grey cependant ne fut nullement satisfait de l'élévation de son père ; elle pouvait le faire sortir de bonne heure d'une sphère où il brillait, et la pairie était une pauvre compensation pour une grande situation à la chambre des communes.

Dans rhiver, néaninoins, Mi Addington tenta une seconde démarche et proposa directement à M. Grey d*entrer dans le cabinet. Celui-ci refusa, autant que j'ai pur savoir, par ce motif que le ministère ne pouvait accéder à aucune mesure de réforme parlementaire ^

D'autre part, il y avait des gens disposés non -seulement à accepter, mais même à faire des ouvertures. Au premier rang, était M. Ërskine. Il existe une lettre de lui que le doyen Pellew a publiée *. Il y exprime d'abord son admiration pour le premier ministre, puis son espoir d'obtenir une de ces places pour lesquelles « ma naissanceet la situation que j'ai acquise m'ont formé. » Il espérait, dit-on, la charge de procureur général. Je ne crois pas qu'Erskine fût tenu de respecter ses liens de parti avec Fox, ni qu*on puisse lui reprocher d'avoir

* Cette offre n'était pas connue au doyen Pellew, biographe d'Addington, qiais elle a paru dans les Mémoires de Fox^ vol. IJI, et dans les Papiers de Buckingham^ vol. III.

> Elle est datée du 28 décembre 1801.

cherché à se rapprocher d^Addington, mais je ne puis pas excuser l'avocat de grande réputation mettant en avant sa noble naissance comme un titre à son avancement professionnel.

M. Tierney et plus tard M. Sheridan se montrèrent également , favorables au gouvernement dans plusieurs discussions, mais sans rien demander, que je sache. Leur appui ou môme leur bienveillance étaient fort importants, mais non sans un grave inconvénient. Pour expliquer la cessation ou la diminution des hostilités, ils étaient obligés d'établir un parallèle entre le dernier ministère et le ministère actuel, tout au désavantage du premier. Dès le 8 février, dans une discussion au sujet des crédits extraordinaires pour l'armée , M. Tierney eut l'occasion de déblatérer contre M. Pitt, alors à Walmer-Castle. Il l'accusa d'avoir prodigalement dépensé les deniers publics, d'avoir négligé de surveiller les expéditions, et d'avoir^apporté beaucoup d'indolence dans l'examen des comptes. 11 reprochait encore au dernier chancelier de l'Rchiquier, qu'il regrettait de ne 4)as voir à sa place, d'avoir laissé tant de fardeaux s'accumuler jusqu'à la paix, pour laisser retomber sur son successeur des charges qui obligeaient celui-ci à encourir un blâme au sujet des quatre ou cinq millions qu'il avait à demander afin de solder les dépenses encourues par son prédécesseur. «Je n'ai pas, » ajouta-t-il, «les mêmes raisons de délicatesse que l'honorable membre pour ne pas me plaindre d'une pareille conduite. Je soutiens qu'il a élé durement et cruellement traité. »

A la suite de cette attaque, M. Steele se leva sur-lechamp pour défendre, dit-il, son ami absent, qui n'avait rien laissé accumuler sciemment, et qui n'avait pas été

daos la nécessité de faire au Parlement des demandes analogues aux demandes actuelles, attendu qu*il n'y avait point d'excédant dans ses comptes, et que ses estimations cadraient avec ses dépenses. M. William Dundas parla dans le même sens, avec Tappui des faits et des chiffres. Hais Addington, qui se leva ensuite, se borna à nier Taccusation par une seule phrase. Il avait déjà pris part à la discussion, ce qui pouvait expliquer un peu son laconisme. Il pouvait croire, d'ailleurs, que Pitt n'avait pas besoin d'être mieux défendu. Il faut bien reconnaître ce^ pendant qu'Âddingion était rarement insensible aux compliments personnels, et qu'il pouvait être peu empressé à repousser et à désavouer les éloges que Tierney' lui avait décernés.

En tous cas, Pitt fut fort blessé» Il écrivit sur-le-champ au premier ministre dans ces termes :

« Walmer-Gastle, 10 fé?rier 1802.

» Mon cher monsieur,

» Vous ne vous étonnerez pas que le compte que j*ai reçu ce matin de la discussion de lundi ait quelque peu attira mon attention. Je sais combien on peut difficilement se fier à l'exactitude des récits des journaux, en sorte que je résiste à l'impression que - me ferait leur compte rendu et que j'attends de plus amples informations. Mais si, en réalité, ce qui s'est passé ressemble le moins du monde à ce qu'on en dit, je n'agirais pas loyalement à votre égard si je ne vous disais pas tout de suite que je crois avoir de grandes raisons de m'étonner et de me plaindre ; ce que je dois & mon caractère ne me permettra pas de laisser là les choses. J'espère n'avoir jamais

élé-diflScile à vivre, et je suis sûr que je ne laisserai jamais influencer mes opinions politiques par mes sentiments personnels; mais il y a des attaques auxquelles il est impossible de se soumettre, plutôt à cause de la façon dont elles sont accueillies que pour le mode même de l'attaque. Je désire sincèrement voir cette impression se dissiper ; mais, sentant ce que je sens, j'ai cru qu'il était de mon devoir de vous l'exprimer nettement comme un homme qui est depuis longtemps et qui désire rester toujours aflfectueu-» sèment à vous,

» W. PiTT. »

M. Addington avait certainement là de graves causes d'inquiétude :

Quam timed victus ne pœnas éxigat Âjax^ Ut maie defensus!

Voici la réponse du ministre :

« Dowoing-Street, 11 février 1802.

» Mon cher monsieur,

» Votre lettre est une cruelle aggravation des épreuves que j'ai eu à supporter. J'espère cependant que je me' trouverai de la force pour soutenir tout ce qu'il plaira à Dieu de permettre. Je communiquerai votre lettre à Steele seulement. Je le ferai sans commentaires, et je le prierai de s'abstenir de me dire ce qu'il en pense jusqu'à ce qu'il ait pu vous faire savoir ses idées sur le sujet qui y a donné lieu. Je ne vous décris pas les sentiments qui m'agitent en ce moment; c'est pourtaiit pour moi une consolation de Savoir que j'ai toujours été et que je me suis toujours montré affectueusement et inaltérablement à vous,

» Henry Addington. »

Lors de son retour à Londres, M. Pitt ayant reçu .de Steele et de Long les explications annoncées, il se reconnut satisfait. Il assura à M. Addington qu*il éloignait de son esprit tout souvenir pénible, et lui proposa, dans son dernier billet, de se promener avec lui le lendemain, à pied ou à cheval, comme cela lui conviendrait. Addington, de son côté, fut sincèrement affectueux. Cependant il s'était entre eux élevé un nuage qui, bien qu'évanoui, pouvait être le précurseur de bien d*autres.

Non-seulement Fox eut à déplorer pour sa politique Féloignement, partiel au moins, de quelques-uns de ses amis, Ërskine et Tierney, par exemple ; mais la mort lui en enleva un autre^ c'était Francis, duc de Bedford. Le duc n'avait pas encore trente-sept ans, et il avait déjà acquis une grande distinction à la chambre des lords. Fox se chargea de proposer la convocation du collège de Tavistock, pour remplacer lord John Russell qui succédait à son frère dans son duché ; et, à cette occasion, il prononça un panégyrique éloquent et ému sur l'ami qu'il venait de perdre. Quelques jours après, il envoya cette oraison funèbre, comme on peut l'appeler, au « Monthly Magazine^ » en faisant remarquer à l'éditeur qu'il n'avait jusqu'alors jamais essayé d'écrire un seul des discours qu'il avait prononcés en public ^ Le texte, de l'écriture de M. Fox, est encore dans la bibliothèque de Woburn , où on me l'a montré.

A la même époque survint la mort de lord Kenyon. Sir Edward Law, légiste excellent, doué de Tintelligence la plus vigoureuse, fut nommé grand juge à sa place. M. Perceval devint procureur général, et la chs^rge d'avocat

* Note à VHistoire parlementaire^ vol. XXXVI*.

général fut octroyée à M. Manners Sutton, plus tard lord Manners.

Cependant lord Cornwallis continuait ses négociations sur le continent II était allé d'abord à Paris, où il avait été présenté au premier consul, qui ^ t avait été gracieux au plus haut point, » dit lord Cornvtrallis. De là, il se rendit à Amiens, et commença ses conférences avec Joseph Bonaparte. Les ministres d'Espagne et de la république batave vinrent bientôt les rejoindre, ce qui ne laissa pas d'accroître les difficultés de la négociation.

Je ne me propose pas d'entrer dans les détails de ces difficultés. Il était naturel que les ministres anglais regardassent avec quelque jalousie les desseins ambitieux que le général Bonaparte ne prenait pas la peine de dissimuler. Il envoyait une expédition formidable pour chercher à reconquérir Saint-Domingue; il acceptait la présidence de la république cisalpine, qu'on lui offrait, en lui donnant le nom de république italienne, indiquant ainsi ses projets ultérieurs ; il réunit ainsi dans ses mains le pouvoir souverain en France et en Lombardie.U n'était pas facile au gouvernement anglais de protester contre de pareilles mesures, bien qu'elles fussent hasardées avant la conclusion de la paix; mais, examinées à ce point de vue, les nouvelles exigences que lord Cornwallis rencontrait à Amiens devenaient enoore plus impossibles à admettre.

Lord Cornwallis s'opposa énergiquement aux prétentions de Joseph Bonaparte, qui tendaient à remettre en question plusieurs points déjà réglés par les articles pré-

*■ Correspwdance de iord CamwaltiSy yoL IH. Dans une autre lettre particulière, lord Ck)mwallis dit : « Il est yif, animé, et il parle en roi» »

liminaires, et il fiDit par remporter. Dès le premier abord, Malte fui le principal sujet de discussion. Le gou** vernement anglais avait consenti à abandonner Vile; mais on tenait à régler les conditions de manière à empêcher les Français de s'en emparer de nouveau à la prex: mière occasion. Il n'était pas aisé de trouver un État qui offrit assez de garanties pour accorder la protection re* quise, et qui eût cependant trop peu de force pour exciter la jalousie. L'Espagne, Naples et la Russie furent tour à tour proposées et refusées;- mais, après bien des négociations, on imagina un autre expédient. Il fut convenu que rtle de Malte avec ses petites dépendances, Gozzo et Comino» seraient restituées à Tordre de Saint-Jean pour les conserver aux mêmes conditions qu'avant la guerre, mais avec des stipulations nouvelles. Les forces anglaises devaient évacuer les îles trois mois après l'échange des ratifications, plus tôt s'il étail possible, pourvu que le grand-maître ou des commissaires amplement autorisés par lui se trouvassent à Malte pour entrer en possession ; pourvu également que les deux mille hommes fournis par le roi de Naples, et qui devaient servir de garnison pendant la première année, fussent arrivés dans l'île. On stipula la garantie des principales puissances de l'Europe, et la neutralité de Tordre et des tles à tout jamais fut déclarée. .

Avec cet arrangement à l'égard de Malte et le renou* vellement des autrçs stipulations contenues dans les articles préliminaires, le traité de paix entre l'Angleterre, d'une part, et la France, l'Espagne et la Hollande, de l'autre, fut définitivement conclu à Amiens, le 27 mars 1802.

A peine leà conditions du traité furent-elles connues que lord Grenville et M. Windham renouvelèrent leur*

attaques dans le Parlement; mais elles n*eurent pasbeau* coup d'effet. Sans vouloir faire tort aux grands talents de ces deux hommes politiques, on peut dire que le bon sens du pays était contre eux dans cette circonstance. Il n'était pas difficile aux mécontents de faire remarquer des concessions pénibles ou des dangers qu'il était raisonnable de prévoir. Mais la question pratique restait toujours la même. N'élait^il pas sage de faire la paix aux meilleures conditions possibles plutôt que de persévérer seuls dans une lutte presque désespérée? Ce fut d'après ce principe que M. Fitt continua de prêter un ferme concours au gouvernement; ce fut d'après ce principe que

lord Grenville, lorsqu'il essaya d'en venir aux voix dans la chambre* des lords, se trouva battu à une majorité écrasante, 422 voix contre 46. Â la chambre des corn-mânes, la majorité fut plus forte encore. L'adresse proposée par H« Windham fut rejetée par 376 voix contre âO.'

Causant un jour avec lord Malmesbury, à cette époque, M. Pitt dit, en parlant de Windham : « Personne ne peut avoir de meilleures intentions ni être plus éloquent que lui. Ses discours sont les plus belles productions d'imagination et de talent qu'on puisse voir. Cependant je lui reprocherai toujours les passages où il vante les Français comme la première nation du monde dans la politique et dans la guerre, et, par conséquent, ajuste titre, comme la première nation de l'Europe. Je blâme énergiquement ce langage, que je ne trouve ni exact ni convenable dans la bouche d'un Anglais ^ »

La paix obtenue, il fallait penser aux finances. M. Addington présenta son budget le 5 avril. Il proposa d'abo*

1 Journaux de lard Malntesbwryf vol. III.

lir sur-le-champ un grand nombre â*impôls ; il rapporta rimpôt sur le revenu qui ne produisait pas six nïillionspar ans, et il ajouta aux 3 pour 4 00 environ 56 millions sterling de dettes non consolidées. Cette somme, ajoutée à remprunt de 23 millions fait dans Tannée, se montait à 97 millions, valeur énorme que M. Âddington, par une résolution hardie, ajouta tout d*un coup au capital dans une seule année. « M. Pitt fut consulté au sujet de ces divers arrangements , et les approuva tous, » écrit M. Yansittart, qui était, à cette époque, secrétaire de la Trésorerie ^

Deux autres débats excitèrent quelque attention à cette époque, plutôt à cause des attaques personnelles qui s'y rattachaient que par leur importance. Le 42 avril, sir Francis Burdett proposa que la chambre tout entière se formât en comité pour examiner la conduite du dernier ministère. Il attaqua particulièrement M. Pitt dans un long discours, déblatérant avec amertume contre la direction donnée à la guerre : « Je demande une enquête, > dit-il, « afin que le châtiment suive le crime, pour servir d'exemple aux ministres à venir. »

On peut imaginer combien cette attaque choqua la grande majorité des membres qui avaient soutenu M. Pitt dans toutes ses mesures. Lord Belgrave se fit Tinterprëte de leur indignation. Il proposa un amendement pour demander, au contraire, que la chambre remerciât les ministres sortants de leur utile et sage conduite pendant toute la guerre. L'opposition soutint que cet amendement était contraire au règlement parlementaire; mais l'orateur déclara qu'il était régulier, quoique fort inusité, et qu'on pouvait le discuter. *

* Notes dans la vie de lord StdmoutK^ yoI. II.

Ici Pitt se leva. Il dit de son ton le plus hautain qu*il n*ayait pas un mot à dire sur la proposition primitive, mais qu*il demandait la permission de soutenir que Tamendement, faute d*avertissement , était certainement en dehors de la manière de procéder ordinaire à la chambre, et, qu'en conséquence, il valait mieux le retirer. Lord Belgrave le retira donc ; et, après quelque débat, la chambre en vint aux voix. La motion de sir Francis Burdett fut rejetée à une immense majorité, 39 voix pour et S146 voix contre. Là-dessus, lord Belgrave prévint la chambre qu'après les vacances il proposerait un voté de remercimentspour le dernier ministère.

Ce fut sans doute pour devancer cette motion qu'on essaya une seconde attaque. Cette fois, Tassaillant était M. JohnNichoUs, et Tassant eut lieu le 7 mai. Le discours de M. Nicholls, comme cela lui arrivait d'ordinaire, était grossier, ce qui ne Tempéchait pas d'être très-insignifiant. Par exemple , M. Nicholls décrivit ainsi la retraite de M. Pitt: « LorsquUl ne se sent plusla force de se maintenir au pouvoir, il jette des appâts, des espérances, des tentations sur le chemin d'une partie considérable el respectable des sujets de Sa Majesté ; il leur apprend à le regarder comme leur unique chance de salut ; il cherche à mettre en mouvement tout le corps des catholiques et à faire perdre au souverain leur affection. Je maintiens, monsieur, que ceci est un crime de la plus noire espèce, et dont Tatrocité tout entière pèse sur lui. » Comme déduction logique de ces prémisses, M. Nicholls terminait en proposant une adresse de remerctments à Sa Majesté pour avoir bien voulu écarter de ses conseils le trèshonorablè William Pitt.

Comme celle de M. Francis Burdett, cette proposition

m tk

fut appuyée par M. Tyrrwbitt Jones. Alors se leva lord Belgrave. Il fit observer que les bases de l'adresse pro* posée étaient absolument fausses. Le roi n*avait pas des«* tituéM. Pitt; ce ministre avait donné sa démission de lui-môme; en sorte qu'en admettant ce vote, la chambre des communes remercierait le roi de ce qu'il n'avait pas fait*

Mais lord Belgrave avait d'autres objections non moins graves et qu'il avait déjà exposées dans le premier débat. Il les reprit de nouveau, et termina en proposant, sous forme d'amendement, la motion qu'il avait annoncée , exprimant l'opinion de la chambre en faveur de la sa^ gesse, de l'énergie et de la fermeté des conseils de Sa Majesté pendant la lutte p.énible qui venait de se terminer.

Pitt lui-même ne prit aucune part i la discussion ; il n'y assista même pas. Mais les membres de l'ancienne opposition sentaient que l'approbation donnée au dernier ministère était en quelque sorte une censure pour eux ; ils firent donc tous leurs efforts contre la résolution de lord Belgrave. Us soutinrent d'abord que régulièrenient la proposition ne pouvait être présentée en amendement ; puis, lorsque l'orateur eut décidé contre eux, plusieurs discours très-vifs^ pour s'opposer à la motion, furent prononcés par Grey et par Erskine, par Fox et par Tierney. D'autre part, non -seulemenMes hommes indépendants, comme Wilberforce et sir Robert Peel, mais lord Hawkesbury et Âddington parlèrent vivement en faveur de la proposition. En définitive, la résolution fut adoptée à une majorité accablante, 232 voix pour et 52 voix contre.

Ce vote triomphant ne suffit pas aux amis de M. Pitt.

WltLUM PîTt Éï SON ÏEMî^g. â^îl

Slf Betiry Mildmây se levà isuMe-champ, ôt proposa une seconde résolution, atissi nette dans Téiôge que celle de M. Nieholls dans le blâme, c'était un toté de remerctmeuts nominativement adressés à M. Pitt^ L'opposition ^ fut fort troublée. Ils n'avaient pas la force de résister êu face, et ils cherchèrent k éviter le coup par une rna*^ nœuvre détournée. M. Fox proposa un amendement pour comprendre dans la proposition lés noms de lord orenvlllc, de lord Spencer et des autres collègues de Pltt dans la conduite de la guerre. Mais la majorité de la chambre ne se laissa pas ainsi détourner de son but : t Je ne puis croire, » dit M. Thomas Grenvillej « qu'on propose sérieusement cet amendement comme une mar^ que de respect pour mon noble parent. )f L'amendement fut rejeté sans en venir à la division.

M. Grey présenta alors une seconde proposltioû* Il demanda qu'on limitai les remerctmeâts à un seul sujet par l'ftâdition de cette phrase : t aràce auquel le gouver^ nement actuel a pu conclure une paix sûrerhouorable et glorieuse. » Cet amendement fut également rejeté. Alors la chambre, en venant aux voix iur la question principale, vota à une majorité accablante, toujours contre une minorité de 5î voix, la résolution suivante ; « Le trésbonorable William Pîtt a rendu à son pays de grands et importants services qui lui méritent spécialement la reconnaissance de la chambre. » Après ce dernier vote, la chambre se sépara à six heures du matin. ^

Ce fut ainsi que l'animosité imprudente de ses ennemis, en provoquant des dômurches auxquelles ses amis n'auraient jamais pensé d'eUX-mémés, v^lUt â M. Pîtt l'honneur de recevoir, dans sa situation privée^ ielémoignage le plus éclatant de la reconnaissance publique « favéur dont il se^

rait difficile de trouver un exemple parfaitement analogue dans notre histoire ou dans celle de tout autre pays.

Avant la fin du mois, les amis de M. Pitt s'entendirent pour lui offrir une autre preuve de leur respect affectueux. Ils donnèrent, le 28, un grand dîner pour célébrer son anniversaire. M. Wilberforceétait souffrant, à ce qu'il parait, et ne put pas rester tout le temps .11 alla voir les préparatifs, et décrit ainsi la scène dans son journal : € 28 mai, à la salle, des marchands tailleurs, grande célébration de l'anniversaire de Pitt. — • Lord Spencer président. 823 billets, autant de convives. On avait demandé près de deux cents billets de plus. Je me suis retiré au moment où l'on servait le dîner, a{vis m'étre promené une heure dans la salle et avoir vu tout le monde. Tout s'est bien passé. Pitt n'était j)as là. »

Ce fut pour cette fête, et en l'honneur de celui qu'on fêtait, que M. Canping composa une chanson célèbre qui a déjà été imprimée plusieurs fois ; la biographie de M. Pitt serait incomplète si je ne la donnais pas. La voici :

Ll PILOTB QUI A DOMINA Là TEMPÉTI.

Si le vtnt furieux qui souleyait les ondes yient à s'abattre, si la sombre tempête ne défigure plus le ciel, si le péril est passé , notre gratitude sommeillera-t-elle? Non! Vive le pilote qui a dominé la tempête !

Que la flatterie se prosterne devant le marche-pied du pouvoir; que la faction exalte son idole Jusqu'au ciel; les accents de la reconnaissance peuvent s'élever sans reproche vers la vertu rentrée dans une modeste retraite!

Sa mémoire ne restera-t-elle pas chère à l'Angleterre, lui que toutes les nations nous envient; uo homme d'État insensible à l'intérêt et à la crainte, resté pur au pouvoir et inaccessible aux richesses!

Celui qui a soutenu le cœur et l'espoir de la patrie lorsque la terreur et le doute régnaient dans l'univers entier ; celui qui a défendu notre

royaume au miliea du naufrage du monde, pendant que la rapine et la trahison déployaient leurs étendards!

Sans y penser et sans en rendre gr&ce, nous nous réchauffons aux rayons du soleil dans toute sa majesté ; mais lorsqu'il s*éteint dans lo crépuscule, nous le suivons avec tendresse, et nous contemplons « le doux éclat qui accompagne son déclin.

Ainsi, nous nous rappelons tendrement tes talents et tes vertus, ô Pitt, maintenant que la course de ta grandeur est achevée ; maintenant nous t'estimons à ta juste valeur, en déplorant ta perte; nous t'admirions au faite du pouvoir, nous t'aimons dans ta chute !

Accepte, accepte donc les remerctments d'un peuple que ta fermeté a sauvé, pour les dangers que ta sagesse a repoussés, pour les maux que ta fermeté et ta constance ont bravés, pour le trône que tes conseils ont soutenu!

Et si l'orage s'élevait de nouveau, si de nouvelles ténèbres venaient obscurcir l'aurore de la paix, les regrets des bons et les craintes des sages se tourneraient vers le pilote qui a dominé la tempête !

La session se termina par on diiicours du roi, le 38 juin, et le lendemain, le Parlement, qui touchait au terme de la période septennale, fut dissous. Pitt avait eu Tintention de revenir de Walmer plusieurs jours auparavant. Il écrivit à Addington le 24 : « J'arriverai en ville dimanche, à cinqiieures au plus tard, et, s'il vous convient que notre engagement subsiste, je serai enchanté de dtner tranquillement chez vous, à si^ heures. Peut-être, si vous n'avez rien de particulier à faire faire à votre voiture et à vos chevaux, serez-vous assez bon pour les envoyer à Park-Place à six heures moins un quart, pour m*amener. »

Je fais observer, en passant, que, d'après d'autres correspondances comme d'après ce billet, six heures paraissent avoir été alors l'heure généralement adoptée pour le dtner, dans la classe supérieure.

Pitt cependaitt se décida à prolonger de deux ou trois jours son séjour au bord de la mer, et on le consulta par

374 WlilUM FITT ET SON T^MPS^.

lettre sur les termes du diacoart du roU C'est ce que prouve sa réponse à M. Addington, citée par le doyen Pellev :

« Walmer^astle, M Juin 18M.

» Je ne perds point de temps pour vous renvoyer le projet de discours qui me parait excellent et sans aucune trace de lampe ni de bonnet de nuit. Je me suis permis cependant de fortifier un peu la principale tirade par quelques changements de mots, et surtout en y insérant, le plus brièvement possible, deux ou trois points spéciaux qui me paraissent assez importante pour mériter un mot. »

Aux élections générales qui allaient avoir lieu, M. Pitt disposait au moins d*un siège, comme le prouve la lettre suivante :

M. PITT A M. ROBKRT WARD.

n Park-Plaee, 9$ Juin ISOS.

« Monsieur,

» J'ai écrit vendredi à. lord Mulgrave de Walmer-Castle, pour lui faire savoir quelord Lowther a eu la bonté de me proposer de nommer, à ma recommandation, un membre du Parlement pour le bourg de Cockermoutb, seulement pouf les trois premières années, après quoi il ré* serve ce siège pour son neveu, lord Burgbersh. Je lui ai dit aussi que j'espérais être débarrassé des seules préten* lions qui pussent m'emp4cber, ai cela vous convient, de me donner la satisfaction de voua proposer comme çan*

didat. L'élection ne présentera, dit-on, aucune difficulté^ et la dépense sera insignifiante. Bien que la proposition ne soit pas aussi avantageuse que s*il s'agissait de la durée tout entière du Parlement, j'espère qu'elle vous paraîtra trop utile pour être refusée. J'ai donc cru qu'il valait mieux vous adresser personnellement ces détails, puisque lord Mulgrave n'est pas à Londres et que le temps presse. Je pars à l'instant pour Short-Grove en allant à Cambridge; si vous pouvez me répondre par le courrier d'aujourd'hui, je vous en serai fort obligé, parce que lord Lowther attend ma réponse.

» Je suis, Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,

» W PiTT

» Mon adresse, pour le courrier d'aujourd'hui, est chez M. Joseph Smith, Esq. , Short-Grove, Saffron Walden, ensuite à Pembroke-Hall, Cambridge. »

Pour expliquer l'allusion à lord Mulgrave dans la pre^ miëre ligne de cette lettre, il faut dire que M. Ward était son beau-frère.

Cette offre bienveillante fut acceptée avec empressement, et M. Ward devint l'un des représentants de Cockermoutb au nouveau Parlement. Il acquit quelque réputation politique, mais la littérature était son triomphe, et la postérité se rappellera surtout son nom comme l'auteur de Tremainê.

Les élections prouvèrent combien la paix était populaire partout dans le pays. Ni les brillants talents de H. Windham ni son influence locale ne purent lui épargner UQê défaite à Norwicb. Il fut obligé de se réfugier à

aBBBMIMl

Saint-Mawes» petit bourg à la disposition du duc de Buo kingham.

Une lettre de M. Pitt, écrite de Bromley-Hill, maison de campagne de son ami H. Long, donne son appréciation du résultat général des élections:

Page 1