CHAPITRE XXXIII
Annexions françaises. — Manque de confiance enyen le ministère d'Addington. — Conspiration du colonel Despard. — Résidence de Pitt à Bath. — Ses visiteurs politiques. — Projet de le rétablir
* au pouToir. — Il s'y oppose. — Il refuse de donner plus longtemps des conseils aux ministres. ~~ Ouverture du nouveau Parlement. — Grands discours de Sheridan et de Ganning. — Discours de Pitt sur l'état du pays. — Pitt est attaqué dans le JVtfi^^. — Budget. .— Élévation de Dundas à la pairie. — dord Gastlereagh à Bath. —Pitt revient à Londres. — Son entrevue avec Addington.
Pendant Tété et Tautomne de 4802, le peuple anglais continua de posséder les bienfaits de la paix et de s*eD réjouir. L'arrivée du général Andréossy comme ambassadeur fut saluée comme un nouveau gage du rétablissement des bonnes relations; mais les rumeurs sinistres ne tardèrent pas à recommencer. On savait combien le ton ' de beaucoup d'hommes influents à Paris était encore hostile à l'Angleterre; on savait combien le grand consul s'indignait des intrigues des émigrés français et des personnalités de la presse anglaise ; on savait que son mécontentement n'avait pas cédé devant les réponses qu'on avait faites à ses plaintes.
D'autre part, le public anglais ne pouvait voir sans des inquiétudes croissantes le système d'agrandissement territorial que poursuivait le gouvernement français. Au mois d'août, le sénat publia un décret ou sénatus-consulte pour
annexer Tile d'Elbe à la France. Aa mois de seplentbre, un nouveau sénalus-consulte annexa la totalité du Piémont, ne laissant au roi de Sardaigne d'aulre territoire que File de ce nom. Au mois d'octobre, survint l'occupatien des duchés de Parme et de Plaisance , àla suite de la mort du dernier grand-duc . En outre, à peu près à la même époque, la Suisse étant divisée par des luttes intestines^ une armée française, forte de quarante mille hommes et commandée par le maréchal Ney, entra dans ce pays. Le général Bonaparte, qui venait d*étre nommé consul à vie par un vote du peuple, avec une grande augmentation de pouvoir, devint bientôt médiateur de la république helvétique, et exerça sur ses affaires^une influence décisive.
Sans doute la concentration de tant de puissance entre les mains du général Bonaparte pouvait s'expliquer ,^aux yeux des Français, par l'éclat de son génie et son étonnante énergie; personne ne les mettait en doute ; mais on ne peut reprocher aux autres nations d'y avoir vu un accroissement de danger.
Dans cette situation, les plus sérieux et les plus prévoyants des politiques anglais commençaient à se demander s'il serait possible d'éviter longtemps un nouvel appel aux armes. Ils regrettaient de n'entendre parler d'aucune mesure efficace de protection et de défense. Ils se demandaient si Addington était véritablement bien propre à diriger le vaisseau de l'État, dans le cas où la tempête s'élèverait. ,Lord Malmesbucy qui, du mois de mai au mois d'octobre, avait voyagé de tous les côtés en Angleterre et causé avec beaucoup de gens, rapporte dans son journal l'inquiétude qu'il entendait exprimer partout. Deux hommes en charge, le duc de Portiand et lord Glen-
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bervie, lui tinreot un langage qui semblait blâmer plu** tôt que défendre la conduite du gouverneineut auquel ils appartenaient; « et» » dit lord Halmesbury, « de pressants symptômes de faiblesse et du défaut de confiance répandu dans le pays commençaient à se faire jour, »
Cependant, la tranquillité de l'Angleterre, à rintérieur, ne fut troublée que par Tétrange complot du colonel Edward Harcus Despard. Cet officier, Irlandais de naissance, avait servi le roi avec honneur et fidélité pendant trente ans. Lors de raffaire de la baie de Nootka, il oo cupait un commandement dans le territoire des Bon* duras ; maia sa conduite ayant donné lieu, sur quelques poinli, au mécontentement, il fut destitué et renvoyé en Angleterre. Alors, désappointé et irrité, il renia son ser* ment d^allégeance^ et se mit à former des projets révolutionnaires contre TÉtat'.
Ces projets Jurent bientôt découverts, en partie du moins. Le colonel Despard, arrêté sur ce simple soupçon, fut emprisonné pendant trois ans à Cold-Bath-Fields, Oa se plaignit plusieurs fois à la chambre des communes de la manière dont il était traité, et les faits furent discutés pendant qu'il était en prison. Lorsqu'on le rel&cba, son caractère était aigri par le sentiment des injus* tioes qu'il croyait avoir subies, il est probable que $on intelligence avait également un peu souffert, Il corn* mença à fréquenter les cafés les plus infimes de Londres et à se lier avec des misérables. Il forma avec eux, sous un serment secret, un complot pour assassiner le roi et la famille royale» et s'emparer de la Banque ,, de h ïour et autrea étabUasements publics.
^ Le colonel Despard projetait de charger secrètement à boulet le gros canon de St-James*s«Park» de Tentourer d'une troupe de conspii^teurs lorsque le roi irait ouvrir le Parlement au mois de novembre, et de tirer sur la yoi« turedu roi au passage. L'un des conspirateurs, plus hu^ main que les autres, fit remarquer que ce système coûteteraitlavie à une quantité de gens parfaitement inno* cents ; mais le colonel répondit tranquillement : € Ils n*ont qu'à ne pas se trouver sur le cheftiin. »
Cependant quelques-uns de ses complices le trahirent. Les ministres surent à temps à quoi s*en tenir sur ses projets, et prirent leurs mesures en conséquence. Le 20 novembre, trois jours ayani que le roi dût aller ouvrir le Parlement up fort détachement de la police de Londres, du comté de Surrey et du comté de Kent entouraient les Armes-d*Oakley, petit café de Lambeth. Ils arrêtèrent là le colonel avec trente^deux de ses complices, tous gens de la classe la plus inférieure. Au mois de février suivant, Despard fut traduit devant les tribunaux. Il fut habile-* ment défendu par M< Best, qui devint plus tard grand juge sous le nom de lord Wynford. Quelques témoins du plus haut rang, entre autres sir Alnred Clarkeet lord Nelson déposèrent en faveur da la bonne réputation qu'il possédait naguère et de ses services passés. Mais Tévi^ dence du complot était positive t el il fut condamné. En définitive, le colonel Despard fut pendu en compagnie de six de ses complices, choisis pour )e sup^plice comme ce qu'il y avait de plus mauvais dans ce ramassis de scélérats.
Vers la fin d'octobre, M. Pitt tint la promesse qu'il avait faite à sir Walter Farquhar, et partit pour Bath. Il ve-* nait d'acquérir une nouvelle résidence ^ Londres. Le bail
de sa maison de Park-Place étant expiré, il en loua une autre tout aussi petite, n. U, York-Place, Portman-Square. York-Place n'est, à vrai dire, qu'une continuation de Baker-Streét. Accoutumé comme l'était Pitt à Downing-Street et à Whitehall, il dut trouver quelque économie, mais beaucoup d'inconvénient à demeurer si loin de la chambre des communes.
En se rendant de Londres à Bath, M. Pitt fit, en passant, une visife, à Richmond, à M. Addington, qui la raconte ainsi dans une lettre adressée à son frère Hiley : « Pitt a dîné et couché ici dimanche (le 24) en se rendant à Bath. Il n'a plus de symptômes d'indisposition, et son visage en porte peu de trace ; ni son appétit ni sa conversation ne s'en ressentent. »
De là M. Pitt continua sa route vers Bath. En y arrivant, il loua une maison dans Pulteney- Street, et commença à boire ces eaux auxquelles son père avait si souvent eu recours, mais qu'il n'avait jamais essayées jusqu'alors. Son séjour fut égayé par la présence à Bath de ses amis lord Camden et lord Carrington ; lord Malmesbury et lord Mulgrave ne tardèrent pas non plus à l'y rejoindre.
D'autres politiques venaient quelquefois à Bath pour un jour ou deux, afin de causer avec lui. Hiley Addington, par exemple, arriva le 6 novembre de la part de son frère. Pitt lui expliqua en détail ses idées sur la politique étrangère, à laquelle il pensait toujours, et, le 4 4 , il écrivit luimême au premier ministre le résultat définitif de ses réflexions : € Je ne puis former que très-imparfaitement mon jugement sur l'état général des affaires, mais je crains fort, d'après les nouvelles du continent, que vous n'ayez peu de chance d'y trouver un secours efficace pour
le moment, soit pour sauver la Suisse, soit pour tout autre objet utile. Dans ce cas, j*avoue qu*en y pensant bien, je révoque en doute la prudence, pour ne pas dire la justice, qu'il y aurait à prendre, & tout risque, le parti de refuser les restitutions qui restent à faire. Ce doute conçu, je me suis senti pressé de vous le communiquer, attendu que j'étais très-décidément porté vers Tavis contraire, quand j*ai causé avec vous, et même lorsque j*ai vu votre frère & son passage. » M. Pitt conseille ensuite à M. Addington de se borner plutôt, et il souligne les mots, à augmenter constamment tous ses préparatifs de guerre, sur une grande échelle.
Il est bon de remarquer que dans cette occasion le gouvernement se conforma promptement et implicitement aux conseils de M. Pitt. Le 7 octobre, lord Hobart avait envoyé dés instructions pour conserver le cap de Bonne- Espérance. Le 40 novembre, cinq jours après la lettre de Pitt, de Bath, Tordre de le restituer fut expédié :