GEORGE III À M. PITT
(Toutes les fois que la lettre tout entière est donnée dans ces copies, la signature ordinaire du roi dans cette correspondance, G. R., y est apposée. Lorsqu'elle ne s'y trouve pas, le lecteur comprendra quMl ne s*agit que d*un extrait, et que le reste de la lettre n'offre aucun intérêt pour le public.)
c Windsor, 8 décembre 1796.
» J'éprouve beaucoup de plaisir en recevant le billet de M. Pitt, qui m'apprend l'approbation unanime qui a salué la proposition pour l'emprunt et les impôts. J'avoue que j'aurais désiré, vu l'empressement à souscrire, que l'emprunt eût été de 2 millions de livres sterl. Gela eût probablement couvert toutes les dépenses de l'année. J'espère que M. Pitt ne laissera pas plus longtemps en arrière la solde extraordinaire de mes troupes électorales. Les cris des pauvres officiers et des veuves, qui meurent presque de faim par suite des arrérages, sont quelque chose d'affreux, et il est impossible de parler du crédit du pays quand il y a tant de gens qui se plaignent de leurs pertes. J'ai signé cette semaine des bons à payer pour les Hes-
sois et les BruQswickois ; il me semble que mes sujets électoraux ont droit à la même justice.
« Windsor f6 février 1797.
» Je suppose que Tattaqùe, le débarquement et les déprédations dans le comté de Pembroke accroîtront un peu la terreur des gens timides; mais j'espère que ce sang-froid tranquille qui était naguère le trait caractéristique des Anglais va reparaître. »
« 28 février 1797.
* Si nous sôÂftmes fidèles à nous-mêAiés, qiie no6é atgîsèiéns avec vigueur, et cfue nous De nous lalssiOBs pas inquiéter par les avances insidieuses de la Prusse, que je viens de lire, j'espère encore que nous pourrons amener les choses à une conclusion avantageuse ; mais toute négodattioft èli pafx â eétte époque attirerait sur noua la ruine, car ce serait pejr'pétuer, pour obtenir mi moment ée repo», tons les maHi que sous arveM évités. »
< 4 mars 1797.
» J'espère que les bonnes nouvelles d'hier vont ramener un peu les gens pusillanimes, et que nous apprendrons, comme avant le funeste 32 iuin* à mettre quelque confiance dans le courage et la valeur anglaise pour suppléer au nombre. J'avoue que je suis trop bon Anglais pour avoir jamais adopté l'ignoble système de notre temps qui veut compter sur un nombre égal en toute occasion. Lorsque M. PiU lira les instructions données par Hoche, il sentira, j'en suis convaincu, comme je le fais., la cruauté gratuite de l'ennemi, et il se réjouira comme moi de l'échec qu'a subi la négociation de lord Malmesbury. »
« 9 avril t1!9l.
Kf Le pafrfm* que j'af reçu ce matin de M. f\X% d^Dtrande^aft Béant-
coup plus éé temps e( de réffeitioiks, ataitt d!e ^otiéf im^tf^ nioA, <3fcie ne le permet Itt presse dti mohnentr pttisqifif settMe faii'ë allusion & une déeièsièn 4u eabiâél (ffâ doH êtm^i«»^ai^
jottrd'hui à ce sojet; je désire doue que if. Pht commatiique âa conseil mes idées sur eette question avant qu'on forme aucune opinion définitive, et je demande qu'on discute ma manière de Toir sans s'inquiéter de la forme irrégulière dont je l'ai revêtue , dans l'impossibilité de rédiger convenablement en écrivant aussi vite.
» Avant d'entamer la grave question qui m'a été posée! ce matin, une réflexion naturelle me vient à l'esprit et mé Mi déplorer le système trop souvent adopté depuis quelques année», et qui consiste à agir immédiatement sur l'impulsion de la minute, sans se livrer à ce calme examen qui aurait pu souvent être avantageux au service du pays.
» Jo crois que ce pays-ci a eu recours, pour obtenir îa pait , â toutes les démarches humiliantes que puissent suggérer les i^ocats les plus zélés de cette mesure, et il a rencontré chez l'ennemi une attitude voisine du mépris qui me faisait espérer qu'on renoncerait à toute tentative du même genre, tant je craignais de voir détruire ce qui restait de vigueur à cette nation naguère si ferme.
y> Les nouvelles d'Italie sont assurément défavorables ; mais elles sont encore trop récentes pour être la base d'aucune opinion sérieuse jusqu'à ce que nous recevions d'autres nouvelles de Vienne : assurément le langage que tient sir Morton Eden d^tt faire croire que l'empereur est toujours disposé à soutenir la lutte sans laquelle il lui faudrait faire d'immenses sacrifices. IVe serait-il donc pas prudent d'attendre de plus amples détaiFs avant de jetor le dé, de dire pour toujours adieu à la gl'oire (fe ce pays -ci, et de réduire l'Autriche à une situation bietr inférieure à celle qu'elle occupait avant la guerre? le ne parler pfts de l'afiermissement de la déplorable constitution actueffcf de fa France sur des bases solides et qui l«t donneraient, dans l'é^ilibre européen, un poids et une prépondérance fort au-dessus de ce que Louis XIV avait jannals imaginé dans segr fèves Tes plus ambilieniË.
» Si les Pays-Bas restent aux ûi^im de Fa France et que les
anciennes Provinces-Unies continuent à en dépendre, on peut parler d'équilibre, mais il n'existe plus, et la série de raisonnements qui fait accepter de telles mesures n'empêchera pas la France, j'en ai peur, d'ajouter à son territoire tout l'espace qui se trouve entre ses frontières et les bords du Rhin.
» Quant à l'état de nos finances, il m'est impossible de décider jusqu'à quel point elles peuvent nous permettre d'aider l'Autriche. Je m'étais flatté, après le débat de mardi, que M. Pitt ne voyait pas de difficulté à cette mesure; mais s'il en était autrement, et que l'Autriche fût réduite à demander la paix, j'aimerais mieux, je l'avoue, qu'elle fît une paix séparée, afin de nous laisser libres de traiter avec des sacrifices moindres que eeux que nécessiterait une négociation commune dans laquelle nos conquêtes seraient employées à regagner les territoires de l'Autriche.
» Mes pensées roulent tellement sur cette question, que j'enverrai ce soir à M. Pitt quelques réflexions ultérieures.