M. PITT AU ROI
< Downing-Street, 9 avril 1797.
» M. Pitt n'a pas manqué d'obéir aux ordres de Votre Majesté en déposant hier devant le conseil le papier que Votre Majesté avait eu la bonté de lui communiquer. Il était impossible que les ministres ne fussent pas vivement frappés de l'importance et de la valeur des considérations qui y sont suggérées, en même temps que profondément pénétrés des nobles sentiments et de la gracieuse condescendance qui l'ont inspiré; mais leur conviction des exigences impérieuses de la situation, à l'intérieur comme à l'extérieur, leur fait envisager comme un devoir indispensable, bien que pénible, la nécessité de soumettre à Votre Majesté les avis exprimés dans la minute que Votre Majesté recevra de lord Grenville.
» M. Pitt peut, en conscience, assurer Votre Majesté que son opinion actuelle, en tant que dépendant des événements
récents* n'a pas été formée sans de longues et sérienses réflexions. Mais elle repose plos encore sur ce qui fait depuis longtemps l'objet de ses préoccupations, les embarras graduels et constants des finances, les dangers sérieux et pressants qui pourraient résulter de l'accroissement de ces embarras, et l'effet que la situation financière pourrait produire sur le Parlement et sur le public. Les obstacles que ces embarras ont déjà amenés quant au secours en argent pour rAtitrichei l'état précaire dans lequel ils placent nécessairement ces secours , viennent s'ajouter aux difficultés évidentes de guerre et à l'extrême péril auxquels est exposée cette puissance. Sans rendre désespérée toute chance de coopération de sa part, cette position rend au moins impossible d'y compter. Gela étant, M. Pitt croit également qu'une paix séparée conclue par l'Autriche augmenterait les dépenses de l'Angleterre au lieu de les diminuer, tandis qu'elle tendrait à. alarmer et à décourager le pays en le laissant peut-être sans ressources suffisantes pour soutenir la lutte; nous nous verrions peut-être obligés de recourir à des moyens sur lesquels on ne doit compter qu'à la dernière extrémité, et qui ne peuvent être efficaces que lorsqu'on a fait toutes les démarches prudentes qui peuvent en écarter la nécessité.
» M. Pitt ne peut donc s'empêcher d'exprimer sa sincère conviction que les moyens qu'on suggère pour le moment sont absolument indispensables si l'on veut éviter de faire courir de trop grands risques à la paix et à la sûreté permanente et définitive de ce pays. Il sait que personne ne partage cette conviction plus décidément que ceux des serviteurs de Votre Majesté qui ont été les plus ardents à résister, tant qu'ils l'ont cru possible, aux sacrifices qu'on propose aujourd'hui ; ils ne peuvent accepter ces sacrifices par aucune autre raison que la nécessité publique qui les impose aujourd'hui ; et ils ne pourraient, dans aucun C9S, se résoudre à conseiller et à exécuter de semblables mesures s'ils ne se croyaient tenus, par leur devoir envers le pid>lic comme par leur reconnaissance et leur dévouement en-
i30 WILIÎAM PITT BT SON TBMPS.
Yws Voir» llajMté, â*aoc«pter toutes l6s difficultés ou mortifiiHitJons pernonnelle» qu'ils pourront renoontrer plutôt que de risquer l'existence du ministère aetuel, tant que Votre Majesté daignera ooasidérer son maintien comme essentiel à sa satisilsction et k son repos personnel, ainsi qu'aun intérêts généraux de son royaume, :»
« 10 avril 1797.
» En recevant hier au soir le billet de M. Pitt avec la nou- Telle que le conseil avait adopté à Tunanimlté, bien qu'à regret, Une résolution analogue au papier qu'il m'avait envoyé le matin, je n'ai pas cru utile de continuer la seconde pièce que j'étais en train de rédiger, ie n'en adopterai pas la mesure avec moins de chagrin, puisque les ministres la regardent comme une affaire de nécessité, et non de choix. M. Pitt ne s'étonnera pas» j'en suis sûr, d'apprendre que l'opinion qui me portait à résister aux difficultés de la guerre n'a pas changé che2 moi ; mais je sens que mon opinion restant isolée, je ne puis faire autrement que de consentir à une mesure que je déplore du fond de mon codur; si les maux que je prévois n'accompagnent pas cette mesure, je serai bien heureux d'avouer que j'avais vu les choses sous un jour plus sombre que l'événement ne l'aura prouvé.
> Je suis convaincu que l'esprit de M. Pitt souffre autant que le mien en cette occasion, et qu'il a passé bien des moments pénibles avant d'en venir à son opinion actuelle. Le sort en étant jeté. Il faut regarder en avant, et chercher tous les deux à faire de notre mieux pour remettre ce pays-ci en bon état, sans avoir recours à des systèmes nouveaux qui pourraient nous égarer, et pour conserver ainsi une constitution qui a fait l'admiration des siècles.
« 9 mai 1797, 7 h. 50 m du matin* » En retenant du spectacle hier au soir, j'ai trouvé ie billet de M« Pitt sur ma table; mais comme Je n'avais pas lu ies piôees
i^\m àsi Vrniirmts, j'igPora}^ Qûïx^\Mmm% U révolte swi- 4Ai6|^8e qui vmt d'écl^t^r pour la saço^de fois h bord de l» flotte de la UaaehS. J'ai lu les pièoes depuis lors» 6t je ne puis pa§ le mo^s du monde me faire une opinion ^ur les mesures nécessaires ponr rétablir la discipline ; je ne sais pas non plus q$ qu'on i^eut convenablement jouter aux augm^nûtions de pay0 #t de vivres qu'on a d^jfr pleinement aocordéess je me rangerai donc vplontiers ^ui^ avis que le conseil pourra émettre djMM cetti» déplorable oacasion,
« Il mai 179t.
» Le billet de M. Pitt d'hier au soir est une nouvelle preuve de l'injustifiable conduite des chefs de l'opposition: le moindre grain d'esprit public aurait dû les empêcher d'exprimer un blâme cfUelconque dans un moment où le silence est seul convenable. Les nouvelles de Portsmouth, quelque désagréables qu'elles soient, ont cependant meilleure mine qu'on n'espérait il y a deux jours. Je compte donc que l'arrivée du comte Howe aujourd'hui rétablira un peu d'ordre.