‹ William Pitt et son tempsChapitre 28 sur 29 · M. PITT AU ROI · texte numérisé non relu

M. PITT AU ROI

« Downing-Street, 31 janvier 1801.

» M. Pitt aurait, en tout cas, cru de son devoir, avant la réunion du Parlement, de soumettre à Votre Majesté le résultat des réflexions les plus approfondies que les serviteurs confidentiels de Votre Majesté aient pu apporter à l'importante ques-

^ Les lettres suivantes, marquées A B G D, furent transcrites par lord Kenyon en 1801 et imprimées par le docteur Phillpotts en 1837. Les trois lettres qui suivent et qui n'avaient jamais été publiées, des 16, 18 et 90 février, mirent, pour trois ans au moins, un terme à la correspondance, car la lettre du roi qui vient ensuite dans la série est du 5 mai 1804. La lettre du 18 février 1801, commençant par « Mon cher Pitt » est la seule qui débute ainsi dans toute la correspondance; elle paraît avoir été écrite et reçufi en témoignage d'une estime particulière.

tioQ des catholiques et des dissidents, qui doit nécessairement être débattue par suite de l'union. Sachant la répugnance de Votre Majesté à tout changement des lois à ce sujet, ce devoir eut été fort pénible à M. Pitt et Test devenu bien davantage depuis qu'il a appris ces jours derniers, par quelques-uns de ses collègues et par d'autres personnes, toute la portée de ces sentiments dans rame de Votre Majesté, et avec quelle énergie elle les proclame.

» 11 espère que Votre Majesté voudra bien compter sur tous les sentiments de fidélité, de reconnaissance et d'attachement qui doivent lui faire -préférer le repos et la satisfaction de Votre Majesté à toute autre eonsidération» excepté ce qui résulte d&ses convictions à l'égard des véritables intérêts de Votre Majesté et de ses États. Sous l'impression de ces convictions, il a adopté ce qui à paru être l'avis général de la majorité dti conseil : il croit que l'admission des catholiques et des digsi-^ dents aux grandes charges, et l'admission des catholiques au Parlement (dont les dissidents ne sont pas exclus maintenant), pourraient, à de certaines conditions qu'il faudrait spécifier, devenir extrêmement utiles pour pacifier et développer l'Irlande comme dans l'intérêt général du Royaume-Uni.

» Quant à lui, après y avoir bien regardé, il est pleinement convaincu que la mesure n'aurait aucun danger pour l'Église établie, ni pour les intérêts protestants dans la Grande-Bretagne ou en Irlande. Maintenant que l'union est établie avec les nouvelles conditions qui faisaient partie du projet , ce privi" lége ne conférerait aucun ^oids dans le gouvernement ni dans le Parlement aux catholiques ni aux dissidents , et ne leur' fournirait point de nouvelles armes pour attaquer l'Église établie, y fussent-ils disposés. Les bases sur lesquelles repO' saient les lois d'exclusion qui subsistent encore se sont ré'* tréoies depuis longtemps, et l'union les a complétéftiéiit îéïi disparaître. Les principes que professaient autrefois hè catholiques, et qui les faisaient regarder comme politiquement dangereux^ ont été déclinant depuis bien des années» et n'existent

plus, furtout dans la classe supérieure. Les serments exigés dans la Grande-Bretagne, et surtout l'un de ceux qu'on a exigés en Irlande comme condition des privilèges déjà accordés^ pourraient devenir la condition des nouvelles faveurs, et ils démentent de la manière la plus formelle toute apparence des doctrines qui portent ombrage. Si ce serment, qui contient entre autres clauses la dénégation de toute puissance extérieure capable de délier le prêteur de ses obligations, n'est pas une garantie contre les catholiques, le serment sacramentel ne peut être non plus une garantie. Les circonstances politiques qui ont motivé les lois d'exclusion, tantôt les luttes acharnées des sectes hostiles et de force presque égale, tantôt la crainte d'une re^ne ou d'un successeur papiste, une succession disputée ou un prétendant étranger, tantôt la division de l'Europe entre les puis* sances catholiques et protestantes, ne sont plus applicables à l'état de choses actuel. Pour ce qui regarde les dissidents cheE lesquels on redoute certains principes dangereux pour la constitution, un serment bien net, dirigé contre les doctrines du jacobinisme moderne^ serait une garantie bien plus juste et plus efficace que celle qui existe maintenant, puisque celle-ci peut exclure des hommes consciencieux bien disposés envers l'État, et n'est pas une garantie contre les hommes d'une autre espèce «

» Quant aux catholiques d'Irlande, on pourrait se donner une autre garantie très -importante et dont Teffet irait toujours croissant, en attachant par degrés le clergé catholique au* gouvernement ; dans ce but, il faudrait établir qu'une partie de leur salaire, à des conditions convenables, dépendrait du gouvernement en les soumettant également à sa surveillance et à son contrôle.

» Outre ces prescriptions, il pourrait y avoir avantage, pour les intérêts généraux de l'Église établie et pour la sécurité de la constitution et du gouvernement, à exiger le serment politique dont je viens de parler, de tous les prédicateurs devant les congrégations catholiques ou dissidentes, et de tous les hommes enseignant danales écoles de toutes dénominations.

» C'est d'après ces principes que M. Pitt croit humblement possible d'acquérir, pour la constitution civile et ecclésiastique de ce pays, de nouvelles garanties plus applicables aux circonstances actuelles, moins sujettes aux objections et plus efficaces en elles-mêmes que celles qui existent présentement. Cette mesure permettrait en même temps d'étendre les privilèges qui peuvent concilier les classes supérieures des catholiques ; en donnant à une classe nombreuse des sujets irlandais de Votre Majesté une preuve de la bienveillance du [Parlement uni, elle nous fournirait la meilleure chance de donner un plein effet au grand but de l'union, l'espoir de tranquilliser l'Irlande et de l'attacher à ce pays-ci.

» C'est avec un inexprimable regret, sachant maintenant à quoi s'en tenir sur les sentiments de Votre Majesté, que M. Pitt fatigue ainsi Votre Majesté du long développement des raisons générales qui ont formé son opinion, et qu'il se voit forcé d'ajouter que cette opinion est irrévocablement fixée dans son esprit. Sa conduite politique doit être définitivement réglée làdessus, s'il convient à Votre > Majesté , maintenant qu'il s'est permis de lui ouvrir ainsi son cœur, de le laisser au poste responsable dans lequel Votre Majesté a depuis si longtemps la gracieuse condescendance d'accepter favorablement ses services. Ce serait pour lui un grand soulagement et une grande satisfaction de pouvoir espérer que Votre Majesté daignera peser mûrement ce qu'il lui a humblement exposé, et lui demander les explications que certaines parties pourraient exiger à ses yeux.

» Dans l'intervalle que Votre Majesté pourrait désirer pour y réfléchir, M. Pitt n'importunera pas Votre Majesté en revenant inutilement sur ce sujet, et il croira de son devoir de s'abstenir de soulever cette question au [Parlement, en cherchant autant que possible à faire tenir la même conduite à d'autres. Si, après mûre réflexion, lès objections de Votre Majesté à la mesure qu'on lui propose ne disparaissaient pas, ou ne diminuaient pas assez pour lui permettre de la présenter

avec le plein concours de Votre Majesté, et tout le poids du gouvernement, ce serait personnellement le premier yœu de M. Pitt que de se voir délivré d'une situation qu'il ne pourrait continuer à occuper dans de pareilles circonstances sans le plus grand désavantage.

En même temps, après la gracieuse communication que Votre Majesté a bien voulu lui faire faire récemment de ses sentiments en cette matière, on n'accusera pas M Pitt de présomption s'il ajoute que, dans le cas où les difficultés principales de la crise actuelle ne seraient pas encore surmontées ou du moins considérablement diminuées, si Votre Majesté continuait à penser que sesbumbles efforts pussent contribuer en quelque manière à les amener à une heureuse conclusion, il serait prêt à accepter toutes les difficultés personnelles possibles plutôt que de se retirer, à un pareil moment, du service de Votre Majesté. Dans ce cas, il continuerait, même pendant le court intervalle qui pourrait se trouver nécessaire, à s'opposer à toute agitation ou à toute discussion de la question, autant que cela lui serait possible en restant fidèle à la conduite dont il ne se croit pas permis de s'écarter, en se réservant pleine latitude sur le principe même, et en n'admettant les objections que sur l'opportunité, les dispositions et les circonstances actuelles. Mais il désire qu'il soit bien entendu, dans ce cas, qu'il ne pourrait rester au pouvoir plus longtemps qu'il ne serait nécessaire pour attendre l'issue de la crise (qui, sous tous les rapports, ne se prolongerait pas trop, il l'espère); Votre Majesté serait alors en mesure de prendre plus facilement de nouveaux arrangements, et elle permettrait à M. Pitt d'emporter dans la retraite cet attachement affectueux et reconnaissant que la bonté de Votre Majesté, depuis tant d'années, a fortement empreint dans son cœur, ainsi que ce zèle inaltérable pour le repos et l'honneur du gouvernement de Votre Majesté, et pour le service public, qui gouvernera toujours sa conduite.

» Il lui reste à prier Votre Majesté de lui pardonner s'il insiste encore sur un autre point, et s'il prend la liberté de sou-

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tneUre explioUement, mais très^respectueusement à Votre Majesté la nécessité indispensable d'interdire, dans cet intervalle, toute tentative de se servir du nom de Votre Majesté pour ififluer sur l'opinion des individus ou des corps à ce sujet» sous quelque rapport que ce soit. »

c Qaeen's-Hottse, 1er février iSOi.

» Je ne suivrais pas le premier mouvement de mon cœur si j'entamais ce désagréable sujet sans dire d'abord que la cordiale aiïection que j'ai pour M. Pitt« comme la haute opinion que j'ai conçue de son talent et de son intégrité^ accroissent fort mon çmbarras dans ce moment ; mais le sentiment de mes devoirs religieux et politiques, depuis que je suis monté su^ le trône, m'a toujours fait regarder le serment que la sagesse de nos pères a imposé aux rois de ce pays-ci au moment de leur couronnement et qui est confirmé, dans le cours de la cérémonie, par la participation au sacrement comme une obligation religieuse de maintenir les maximes fondamentales sur lesquelles repose notre constitution. D'après ces maximes, l'Église d'Angleterre est l'Église établie; ceux qui occupent les charges de l'État doivent en être membres, et par conséquent ils sont obligés, non-seulement de prêter serment contre le papisme, mais encore de recevoir la saiute communion selon les rites de l'Église d'Angleterre.

» Ce principe de devoir m'empêche donc de discuter aucune proposition tendant à détruire le fondement de notre heureuse constitution, et plus encore celle que me présente maintenant M. Pitt, et qui n'est rien moitis que le renversement de l'édifice tout entier.

» Lorsque les propositions pour l'Irlande m'ont été transmisses par un message commun des deux chambres du Parlement anglais, j'ai dit, aux lords et députés délégués à cette occasion, que je les enverrais sur-le-champ et avec plaisir en Irlande, mais qu'en leur qualité personnelle, je ne pourrais m'empêcher

de leur faire savoir que mon désir d'une union avec l'Irlande re < posait surtout sur cette conviction qu'en unissant les Églises éta<blies des deux royaumes, on fermerait à jamais la porte à toutes mesures ultérieures à l'égard des catholiques romains,

» Ces deux faits prouveront à M. Pitt que mon opinion n'est pas récemment formée, mais que je la nourris depuis qua^ rante ans, et que par conséquept je ne puis l'abandonner. 1|. Pitt connaissant mes sentiments, puisqu'il m'assure qu'il lais*sera de côté l'unique question sur laquelle nous ne nous entendrions jamais (à ce que je crains d'après sa lettre), vu Tavan* tage et le repos qu'il y aurait pour moi à o))n8erver ses avis et ses efforts dans la direction des affaires, je m'abstiendrai certainement de parler du 8^jet le plus cher h mon cœur. Je ne puis éviter que d'autres prétendent deviner un des sentiments que je n'ai jamais déguisés; mais si ceux qui différent malheureusement de moi à ce sujet veulent garder le silence, je reste* rai fidèlement tnuet de mon côté. Je m'imposerai cette conduite par affection pour M. Pitt; mais je ne puis aller au delà ni sacrifier mes devoirs à quelque considération que ce soit.

Bien que je n'aie pas la prétention de modifier les opinions de Ht Pitt, lQ3quelles sont malheureusement fixées, eepen-* dant j'espère que le sentiment de ses devoirs l'empêchera de quitter le poste qu'il occupe avant la fin de ma vie, car je puis affirmer très- sincèrement que j'éprouverais un grand re^ gret. par toutes aortes de raisons publiques et partioulières, si je me voyais jamais obligé, par le sentiment de mes devoirs po« Utiques et religieux, de Ixù. accorder sa demande de quitter sa place au conseil de la trésorerie.

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